Tour de France : Le Mans

De Jean-Luc Le Ténia à Hélène Rollès en passant par Cerebral Necrose, No Time To Lose et le Fury Fest.

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mars 11 2015, 11:30am



Parce qu'à l'époque où les supermarchés vendent des bananes en sachet individuel, il est important de renouer avec ses valeurs et ses racines, nous avons proposé à des contributeurs Noisey et des invités de nous présenter une playlist exclusivement constituée d'artistes de leur ville d'origine, dans le cadre d'une rubrique intelligemment baptisée « Tour de France ». Après Bayonne, La Rochelle, Reims, Brest, Lyon, Tours, Poitiers, Rouen et Bordeaux, Toulon, Pau, Angers et une escale francophone à Montréal, voici Le Mans, présenté par notre contributeur marathonien Matthieu C.

Le Mans est dans l’absolu une ville idéalement située : 54 minutes de Paris en TGV, à quelques foulées d’Angers, de Tours et de Rennes. Cette grande proximité additionnée à un passé d’ancienne cité ouvrière qui s’est mutée sur le tard donne une ville certes, à taille humaine et conviviale, mais que les autochtones, et les autres, n’apprécient pas à sa juste valeur. Bon, ok, les années de disette culturelle sous le mandat de Robert Jarry, maire communiste, n'ont pas été forcément très propices au lancement de scènes musicales qui ont déferlé sur le pays malgré les apparitions de quelques groupes importants dans le paysage des années 80 et 90 comme Nuclear Device. Depuis, comme dans beaucoup de villes, un maire énarque a pris les rênes de la municipalité avec la folie des grandeurs et la déconnexion du réel qui va avec. Ce qui n’a toutefois pas empêché les Manceaux de froisser de la taule et de monter quelques groupes.

JEAN-LUC LE TÉNIA
Dur d’être Manceau et de ne jamais avoir vu Jean-Luc Le Ténia sur scène (très mal) chanter son anti-folk corrosive et incongrue. On peut le dire, ce mec était punk même sans ampli, chansons faites sur deux accords et provoc’ en prime. À chacun de ses concerts, il se passait forcément quelque chose et il finissait bien souvent torse nu, voire plus, et très proche son public, pour le plus grand plaisir de ceux qui le connaissaient. Prolifique auteur d’une flopée d’albums, il faut l’avouer inégaux mais toujours spontanés, JLT avait eu le droit à son hommage dans la discographie des Wampas. Repose en paix Jean-Luc, maintenant que tu as emporté le secret de tes compos dans ta tombe…



Grosse session rap dans les locaux de Radio Alpa.

LE BIDUL & RADIO ALPA
S’il y a bien un indicateur de ce qui se passe au Mans, c’est le Bidul’. Et dix ans après la fin de mon cycle universitaire, je suis bien content de voir que cette feuille d’info améliorée fait toujours le boulot et tient la jeunesse en alerte des trucs à faire, d'une vie culturelle en marge des évènements majeurs comme l'Europa Jazz Festival ou le festival BeBop qui ravissent chaque année les dingues de culture toutes générations confondues. En plus du Bidul, Radio Alpa m’a permis deux choses : découvrir d’autres styles de musique que le metal (je pense à l’écurie Ninja Tune, et ne riez pas, à une époque ce label était cool) et découvrir encore plus de groupes de metal lors des émissions dédiés au sujet ! À l’époque où je donnais dans l’orga de concerts avec mes potes de PROxTEST, Internet ne pesait que 56k dans nos vies et il était coutume d’appeler les animateurs pendant les morceaux pour faire sa promo de promo. Unity quoi. Ca se passe toujours sur 107.3.

CEREBRAL NECROSE
Un nom qui fleure bon la finesse, hein ? Aucune erreur sur la marchandise ici. De Civil Desobedience à leur split vinyle en compagnie de Soldableurktal, ces gaziers ont sauvagement salopé l’année 2000, l’année 2001 et l’année 2002 en prime avec leur mélange de grindcore, de brutal death metal nourris de constats à l'emporte-pièce (écoutez le morceau ci-dessus) et d'une légendaire bonne humeur. Aucun manceau ne portait mieux le T-shirt Napalm Death et Obituary que ces mecs-là.

NO TIME TO LOSE
Punk hardcore à la fois mélo, moderne et old school, une éthique DIY à fond alliée à la fougue de la jeunesse, que reste-t-il aujourd’hui de NTTL ? Des souvenirs cool, leur Free Edge Fest, qui de 2005 à 2009, du Mans à Joué-Les-Tours, servait de point de ralliement annuel à la scène hardcore hexagonale et fit les belles heures du forum Warmzine. Leur vision tranchée du punk mériterait d’ailleurs toujours d’être relayée par plus de groupes actuels. EN plus de ça, ils ont laissé des disques. Join The Party leur premier album et surtout les morceaux enregistrés juste avant leur split, Before We Go, un disque qui les plaçait clairement en tête des charts indie français.


Le flyer du premier Free Edge Hardcore Festival ; que de souvenirs.

LA MJC PRÉVERT
Ouais, bon, je sais. Malgré son nom identique à 327 autres maisons des jeunes et de la culture de France, au sous-sol de la MJC Prévert, il y avait cette salle dénommée L’Inventaire, dans laquelle on pouvait tout voir, TOUT. Du jazz-rock, du thrash, du slam, des trucs affreusement chiants et parfois, des trucs incroyables, tout ça au cœur du Vieux Mans. La politique d’ouverture de la programmation permettait d’y organiser facilement des concerts, même en s’y prenant comme des manches. Comme nous quoi.

LE LÉZARD
Les anciens combattants se souviendront qu’il y avait des concerts Au Caveau et Au Lézard. Sauf que Le Lézard était tenu par des mecs cool et qu’hors des concerts de metal ou des concerts de ska (que j’essayais d’éviter au maximum), ce bar bien placé était et est toujours un haut-lieu de sociabilisation de la vie mancéenne, pour tous ceux qui voulaient voir au-delà que les rencontres dans les boîtes de nuit de province, finissant soit dans le fossé, soit dans le vomi, soit les deux en même temps. Je ne me suis d’ailleurs jamais remis du concert qu’avait donné Underground Society dans ce rade !

HÉLENE ROLLES
On ne peut pas parler du Mans sans évoquer Hélène, la star de AB Productions et chanteuse habituée des come-backs. Je me ne m'attarderais pas sur sa carrière et sur ses textes, tout le monde connaît, mais je retiendrais surtout son côté « sympa ». Les princes et princesses de la nuit se souvienent des soirées agitées au bar Le Saint Pierre, tenu par son compagnon, où les apparitions de la « star locale » faisaient toujours jaser. Quelques années plus tard, les deux ont quitté le centre-ville et sont partis s’installer à quelques kilomètres du Mans, pour tenir une pizzeria. Une pizzeria qu'ils ont revendu quand Hélène a décidé de revenir en force dans la chanson. Prends-ça Cyril Hanouna. Les ponts sont depuis coupés.

LE FURY FEST
Les deux éditions du Fury Fest (le pré-Hellfest pour ceux qui ne suivent pas) ayant eu lieu au Parc des Expositions du Mans en 2004 et 2005 resteront de grands faits d’armes de la ville, notamment l’édition 2004 avec la présence entre autres de Fear Factory, Morbid Angel ou encore Slipknot, qui avaient subi un de leur plus grand lynchage public. Tout ce qui passait dans les mains des festivaliers finissait sur scène, c’était la mort d’un truc, mais c’était marrant. C'était aussi l'occasion de voir à quelques encablures de chez soi des groupes comme Blood For Blood, Ignite, Unsane, Jr Ewing, 8control, Skinless et Terror (quand ils étaient encore crédibles). C’était aussi la grande époque de la NWOAM (la New Wave Of American Metal) et du metalcore en général, qui nous abreuvait de groupes comme Caliban, Chimaira, Stamping Ground, Killswitch Engage et autres Walls Of Jericho. Dieu nous en garde. Depuis, ce festival est retourné dans ses terres nantaises et est devenu la fête annuelle que vous connaissez tous. Et aujourd’hui, tout le monde a jeté ses skate shoes à énorme languette et a rasé son bouc taillé. C’est sûrement aussi bien comme ça !


Matthieu préfère préparer des marathons que de traîner sur Twitter.