© Universal

In draps de satin with Kali Uchis

On a rencontré la pop star hispanique pour parler de rêve américain, de Tyler, The Creator, de son épatant premier album « Isolation », et de ce que ça fait de ne pas se sentir comme une petite machine de guerre dans l'enfer de l'industrie musicale.

|
août 30 2018, 10:58am

© Universal

Isolation, le premier album de Kali Uchis, a un peu agi sur nous comme une infusion lente, qui a pris au printemps pour se propager tout l'été. D'année en année, l'artiste américano-colombienne, révélée notamment par Snoop Dogg ou Tyler, The Creator, a su prendre son temps, avant de sortir un disque à la hauteur des attentes, rempli jusqu'à la moelle d'un casting de luxe (Thundercat, Tyler, Bootsy Collins, Jorja Smith...), mais aussi d'un sentiment diffus d'été indien, à cheval entre une langueur de fin de vacances et une mélancolie crâneuse - laquelle arrive à mêler doo-wop, bossa nova, r'n'b et pop sans que la barque ne tangue une seule fois.

C'est justement en plein été que Kali Uchis était de passage à Paris pour faire un peu de promo. On en a profité pour essayer de savoir si les pop stars élusives existaient bien encore, compte tenu de la réputation réservée de la jeune femme. Ça s'est vérifié de prime abord, avec un entretien qui s'est un peu déroulé comme l'effet que provoque sa musique : d'abord réticente, faite de réponses monosyllabiques et les yeux dans le vague, Kali Uchis s'est peu à peu détendue, jusqu'à nous confier son peu de considération pour une industrie de moins en moins incarnée, son amour d'Astrud Gilberto, de musique qui parle d'expériences vécues, mais aussi de son refus de jouer éternellement le rôle de la femme éplorée. Et de constituer, sans avoir l'air d'y toucher, une sorte de récit du désenchantement.

Kali Uchis : Je ne sais pas vraiment d'où viennent ces sentiments mêlés. Je fais juste de la musique sur la seule foi de ce que je ressens. Je ne sais pas non plus quand ni pourquoi je vais être inspirée. Tu ne sais jamais quand ça arrive, ces choses-là.

Noisey : Tu as un morceau avec Kevin Parker de Tame Impala sur cet album, et on retrouve ce même sentiment un peu contradictoire chez vous, où la musique est très sophistiquée, ambitieuse et ornementée, tandis que les paroles sont souvent très introspectives, comme repliées sur elles-mêmes.
Oui, je suis d'accord.

On retrouve ça aussi dans ton morceau « In My Dreams » avec Damon Albarn, un morceau assez up tempo, joyeux, contrebalancé par les paroles du refrain : « The moments we are happiest / Are the moments that we don't exist » . J'ai l'impression qu'on ne trouve pas trop, ou plus trop, cette forme de dualité, de tristesse sous-jacente dans la pop music aujourd'hui. Tu en penses quoi ?
Je ne sais pas. J'écris tout moi-même, donc j'imagine qu'il y a ça aussi. Je suis très honnête par rapport à mon expérience, et ce dont je parle. Les choses que j'ai en moi, que je vois qui se passent aussi chez les autres, autour de moi, j'écris juste dessus. Alors que dans la pop music aujourd'hui, la plupart des morceaux sont tous écrits par une bande de personnes qui ne se connaissent pas forcément, et il y a des gens différents dans le studio, alors que moi et Kevin, c'était juste lui qui écrivait la mélodie, moi le morceau, et puis voilà. C'est toujours comme ça que je fonctionne : moi, ma musique et le producteur. Ma musique vient de mon propre journal, et de mes propres pensées, il n'y a pas vraiment d'intermédiaire.

Et de ce point de vue, je ne pense pas que je considère ma musique comme de la pop music. Les trucs que t'entends à la radio, tu as toujours l'impression que tu les as déjà entendus, parce que ce sont des professionnels de la musique qui sont derrière, ce sont toujours les mêmes gens. Qui utilisent, ou réutilisent, les mêmes idées. Et ils travaillent ensemble pour essayer de faire fonctionner des recettes, qui vont pouvoir être jouées dans des pubs, ou dans des magasins, des choses comme ça. Et ma musique, de ce point de vue-là, est différente.

Tu as l'impression que c'est de plus en plus le cas, cette commercialisation de la pop music ? De la musique intrinsèquement faite pour être jouée dans des pubs (commercials) et à vendre des trucs ?
Peut-être. Je pense que c'est parce que c'est là qu'est la thune, aujourd'hui. Et la plupart des gens - pas tous - sont plus concernés par le fait de faire de l'argent que de faire de la musique. Parce que c'est une industrie, ça l'a toujours été, et je pense que ça le sera encore plus.

Tu parles directement de ça d'ailleurs, dans un de tes morceaux, « Teeth in My Neck ».
Ouais. Ce morceau parle du capitalisme, en gros, et du fait de travailler constamment, juste pour survivre. Les 1% des gens qui ont tout, qui capitalisent sur le travail de ceux qui triment toute la journée. Encore une fois, c'est juste des choses que j'ai vécues.

C'est-à-dire ?
Ma famille vient de la classe ouvrière, ils habitent tous en Colombie, je suis américaine de seconde génération. J'ai beaucoup vu cet aspect des choses. J'ai travaillé dans une épicerie, et j'ai vu en direct que lorsque t'enchaines les petits boulots, sans arrêt, tu t'épuises physiquement et mentalement. Et tout ça pour à peine avoir d'argent pour bouffer. C'est très désagréable de voir tout ça, puis de te demander combien coûte le travail humain, tu vois ce que je veux dire ? Est-ce que tu peux vraiment mettre un prix dessus, est-ce que tu peux vraiment chiffrer le temps que tu passes dessus ? Parce que c'est la seule chose que l'on a dans la vie avant de mourir. Ça et l'énergie qu'on met à faire des choses. Et là, tu vois qu'on te retire toutes ces choses, ou en tout cas qu'on t'en prive. Et on y met un prix dérisoire dessus. Ça parle de ça, en gros.

Au-delà de l'aspect narratif, des tas d'histoires qui s'entremêlent, on entend énormément de musique différente, de la bossa au r'n'b en passant par la musique brésilienne, le reggaeton, la synth pop, le doo-wop... Ça écoutait quoi, à la maison ?
Que ce soit maintenant ou avant, j'ai toujours écouté énormément de choses différentes, comme tout le monde aujourd'hui. J'ai grandi en écoutant de la bachata, des choses comme Helenita Vargas, des chansons introspectives, qui parlaient de vraies expériences vécues. Mon père et ma tante écoutaient beaucoup de musique d'avant, qui était plus vieille qu'eux. Quand j'étais plus jeune j'étais une grosse nerd, je cherchais toujours pleins de trucs, j'étais à fond dans la musique brésilienne. De la bossa nova aussi, un moment je suis tombée amoureuse d'Astrud Gilberto. Et des écrivains qui semblaient écrire depuis un endroit authentique. Et pas juste de l'amour, ou de « Mon amour est brisé », ce genre de choses. Pas mal de musiciennes femmes jouent encore facilement le rôle de la meuf au coeur brisé, la femme éplorée. Ça m'ennuie. J'aime que les femmes montrent leur face la plus complexe, tout ce qu'il se passe dans ta tête quand ce genre de situation arrive, pas juste le chagrin. Être une femme, ce n'est pas juste avoir une relation avec un homme. Mais c'est de la survie, de la constitution. Tout ce que tu traverses quand tu es adulte, en gros. Et j'imagine que c'est le genre de choses dont j'avais envie de parler. À la place de, juste, une « histoire d'amour », tu vois ?

Tu as été comparée à Lana Del Rey, pour le côté « cinématique » disons, mais de mon point de vue, sa persona est assez unidimensionnelle, justement dans ce sens-là : le trope de la femme fatale, éplorée, etc... Je trouve qu'il y a plus de matière dans ta musique.
Merci.

On a souvent dit que sa musique était lynchienne, ce qui est un peu paresseux. Étrangement, je pense que ça s'applique plus à ta musique : il y a un attrait pour l'imagerie hollywoodienne classique, et en même temps, tu ne sembles pas du tout dupe du côté factice de la chose.
C'est vrai. En dehors de ça j'adore David Lynch, bien sûr. J'ai toujours utilisé la musique comme force créative, mais j'ai toujours aimé les films et les arts visuels. Quand je crée de la musique, je m'immerge toujours dans un univers visuel. Quand j'ai commencé à en faire, j'en faisais vraiment uniquement pour moi. Mais j'en fais aussi pour d'autres, je fais mes propres vidéos, je faisais des reprises, je faisais des vêtements, j'en vendais, mais j'ai toujours aimé faire des choses.

Tu penses que c'est ce dont on attend d'un artiste aujourd'hui ? De ne plus n'être qu'artiste, mais d'être avant tout entertainer, ou en tout cas d'avoir tout le packaging derrière ?
Je ne pense pas que ce soit forcément nécessaire. Après, tout le monde a besoin d'un boulot. Il y a des tas de vocalistes incroyables qui ne savent pas écrire de chansons, ou des performers qui n'ont pas de vision créative, et c'est là qu'on prend des gens qui ne sont pas forcément incroyables techniquement, mais qui sont de très bons auteurs. Et c'est comme ça qu'on crée une équipe qui va piloter l'artiste. Ça marche pour certains, en tout cas.

Et toi ?
À la base, en grandissant, je ne rêvais pas spécialement d'être chanteuse. Je n'ai pas pris de cours de chant, de danse ou autre étant jeune. J'aimais juste écrire, que ce soit de la musique ou de la poésie ou autre. Quand j'ai réalisé que je voulais être chanteuse, et que je voulais faire ça, c'était il y a cinq ans. Et c'est seulement au cours des cinq dernières années que j'ai appris comment utiliser ma voix, comment chanter, comment performer, toutes ces choses. Et là je suis encore en train de rattraper mon retard, surtout par rapport à toutes ces petites machines qui font ça depuis qu'ils ont trois ans. Et qui ont tout le soutien financier de leur famille pour prendre des cours de danse, soit dit en passant. Et maintenant je suis là : « Ok je vais prendre des cours de danse aussi, je vais voir comment utiliser ma voix pour ne pas la casser en tournée », tu vois ? Je n'avais jamais fait ça, je n'avais jamais fait de chorégraphie, tout ça est très étrange - et relativement nouveau - pour moi.

Pour revenir à ta question précédente, je me suis plus toujours vue comme une artiste que comme une entertainer. Je n'ai jamais voulu utiliser ma personnalité pour vendre des disques, ou un gimmick. J'ai juste toujours voulu faire des choses, et que ces choses soient reçues pour ce qu'elles sont - et pas pour le gimmick qu'elles renvoient. Je ne me vois pas sur scène avec, je ne sais pas, cinq danseurs qui se la donnent, tu vois ? Ça n'a jamais été moi, ça ne m'a jamais parlé. J'ai toujours trouvé ça ringard. Mais maintenant que je dois hausser mon niveau de performance, j'ai juste besoin de trouver des choses plus raffinées. Comment utiliser ma voix, mon corps. Je dois juste m'entrainer plus. Et au final, ça n'a toujours été que ça. Je n'essaie pas de suivre le chemin de qui que ce soit d'autre.

© Universal

Il y a un aspect assez générationnel là-dedans je trouve, qu'on retrouve chez pas mal des gens avec qui tu collabores sur l'album : Tyler, The Creator, Steve Lacy, Kevin Parker... Tous ont ce point commun d'avoir un univers très fort, qu'ils ont eu le temps de laisser mûrir pendant des années sans l'aide de personne. Tout en ayant cet aspect un peu insulaire justement, comme fermé sur lui-même.
Je pense que tout vient de l'intention. Certains grandissent en étant des vrais fous de musique, d'autres s'en foutent. Et d'autres veulent juste être, je ne sais pas, Beyoncé. Comme je t'ai dit, je n'avais pas spécialement envie d'être chanteuse, ni d'être sous les projecteurs. C'est juste quelque chose qui m'est arrivé. J'ai sorti un truc en ne sachant pas ce qui allait se passer, et tout est arrivé d'un coup. Je ne sais pas si c'est générationnel, mais c'est clair que ça dit quel genre d'artiste tu es. Je ne pourrais jamais avoir une équipe qui vienne me dire comment m'habiller par exemple. Parce qu'à la fin je ne serais pas heureuse. Et ça se reflète beaucoup chez Tyler. Il a juste grandi en écoutant et en aimant la musique et en voulant faire des choses. C'est pas comme s'il avait grandi en voulant être une superstar.

Même s'il en meurt d'envie depuis toujours. J'ai tout de même l'impression que ce ne serait pas possible pour lui d'avoir eu son succès, ou en tout cas les moyens qu'il a à disposition, il y a, disons, dix ans. Tu crois que c'est lié à Internet ? À la fois à la facilité d'accès, de partage, de capacité d'assimilation des auditeurs, mais aussi des moyens technologiques ?
Les gens ont bien plus accès à ce qu'il se passe qu'avant, c'est clair. Avant, tu avais besoin de beaucoup d'argent ou de sponsors pour être vu. Alors que maintenant, une vidéo à la con peut devenir virale. Mais il y a toujours des tricks d'algorithmes pour rendre tout ça biaisé, bien sûr. Ma musique est venue de moyens plus « normaux », d'un bouche à oreille, en tout cas j'aime le penser. C'est pour ça que tout a mis un certain temps aussi : chaque année je suis juste un peu plus grosse que l'année d'avant, c'est pas comme si ça m'était arrivé d'un seul coup. Je n'ai jamais voulu être la meuf d'une seule chanson.

Ça devient presque un luxe de prendre son temps, aujourd'hui.
Ouais. Et puis je n'ai pas envie de sortir des trucs juste pour sortir des trucs, genre « une nouvelle chanson chaque semaine », tu vois ? Par contre j'ai envie de sortir le prochain album plus vite, même si je ne pense pas être le genre de personne qui se repose sur les singles.

Il y a énormément de collaborateurs sur l'album. Comment tu as fait pour garder tout ça cohérent ?
Comme c'était mon premier album, je voulais juste que ce soit une galerie, dans un sens. Pour quelqu'un comme moi, je ne pensais même pas que j'aurais l'opportunité de pouvoir faire un album un jour. Et je me suis dit : « Wow, c'est un rêve devenu réalité », du coup j'ai voulu mettre tout ce que j'avais, tout ce que j'aimais, dedans. Je voulais mettre des gens qui m'avaient inspirées, comme Bootsy Collins, ou Damon Albarn. Et mixer ça avec des gens nouveaux, qui allaient devenir gros, ou que j'aimais beaucoup, comme Steve Lacy, ou Jorja Smith. Pouvoir mélanger la veille garde avec la nouvelle, Tame Impala, Tyler, qui sont déjà énormes, mais qui ont encore tellement de choses à dire et à faire. Des gens qui évoluent dans différents styles et à différentes étapes de leur carrière, et ma mission c'était de rendre tout ça cohérent. Je voulais que mon premier album représente ça, ce que je peux faire, et je voulais montrer tous les gens avec qui j'avais envie de faire partie. Thundercat, tout ça. Je voulais vraiment que tous ces gens en fassent partie, parce que je voulais que ce soit mon histoire. Parce qu'ils veulent dire quelque chose pour moi. Pour mon deuxième album, je pense que ça va être différent.

Tu travailles déjà dessus ?
Oui. J'ai enregistré pas mal de trucs, surtout des démos.

Ça va, ça se passe ?
Oui, c'est différent. J'aime juste que chaque projet soit différent.

Dans un sens, Isolation sonnait comme le premier projet que tu veuilles partager avec tout le monde, ne pas juste garder pour toi. Il y a un côté presque crâneur que tu n'avais pas avant.
Exactement. Parce que Por Vida, mon premier EP, n'était pas enregistré dans un studio, c'était la première fois que des producteurs m'envoyaient des beats, genre Kaytranada, ou Tyler. Mais je ne savais pas vraiment ce que c'était de faire de la musique, alors que sur Isolation, on jouait des instruments, et on faisait venir des violonistes, comme sur le morceau « Killer ». C'était autre chose que d'avoir des beats envoyés par mail. Mais sur le prochain, je ne pense pas avoir autant d'instrumentations.

Ce sera plus électronique ?
Pas nécessairement. Plus... Je ne sais pas, je n'ai pas envie d'en dire plus.

On retrouvera encore ce goût pour les années 60 ?
Je ne sais pas... Peut-être.

D'où vient ton intérêt pour cette période ?
Comme je t'ai dit, ma famille écoutait beaucoup de vieux trucs, genre Leo Dan, des artistes vraiment populaires dans les 60's. Ma tante avait un vieux tourne-disques et elle écoutait tout le temps ça, du coup j'en ai écouté à fond aussi, plus ou moins malgré moi. Et j'ai commencé à être obsédée par tout ce qu'il y avait autour, les pochettes, la manière dont tous les créas concevaient les pochettes, la typo, les caractères, les couleurs. Je trainais beaucoup chez les disquaires, juste pour m'imprégner de tout ça. Ça me semblait bien plus créatif que tout ce que je voyais alors, que les étagères pleines de CDs. Je me suis vraiment plongée là-dedans, et ça m'a fait ça un peu avec les vieux films aussi. J'imagine que j'ai toujours été attirée par ça parce que j'aimais les fringues de cette période, les 70's et les 60's. Je suis passée par une grosse phase mod, aussi, au lycée - ou juste après, je ne sais plus.

Tu habitais où, à l'époque ?
J'étais en Northern Virginia, en dehors de D.C. Et quand je suis arrivé à L.A j'étais super mod aussi, et tout était spécial là-bas, les couleurs, les motifs, les patterns. Je pense que ça compte quand tu trouves des vêtements qui ont une histoire, un passé. Ça a toujours eu une valeur particulière pour moi, plutôt que les tous les trucs manufacturés et surproduits.

Ça a un peu défini ta manière d'envisager la musique, non ?
Oui. Au bout d'un moment je me suis rendu copte que je grandissais comme les gens que je détestais. Je me souviens toujours de ce moment où en classe je tombais sur une fille avec le même chemisier que moi. Et ensuite, je me disais : « Jamais je ne rachèterai quelque chose dans ce centre commercial. » À partir de là, j'ai bien fait attention à ce que chaque fringue que j'achète soit unique à mes yeux, et que personne autour de moi ne porte la même chose que moi. On parle juste d'individualisme, là, du fait d'être ta propre personne. Et c'est ça la différence : il y a les gens qui veulent porter la même chose que tout le monde, ceux qui veulent s'intégrer, avoir les cool shoes que tout le monde a. Et ceux qui pensent que les cool shoes sont chiantes, parce que tout le monde les porte. Moi je fais partie de la deuxième catégorie. Mais bon après, tout ça, c'est une question de point de vue.

Le premier album de Kali Uchis, Isolation, est sorti en avril dernier chez Universal.

Marc-Aurèle Baly est sur Noisey.