Interviews

Die Selektion ont encore beaucoup d'amour à donner

Le trio allemand d'EBM revient cette semaine en France pour présenter son nouvel album dont on vous diffuse le premier extrait, « Der Himmel Explodiert », en featuring avec Drangsal.

Rod Glacial

Rod Glacial


Découverts en 2011 avec leur excellent premier album sorti via le label grec Fabrika, les trois de Stuttgart osaient des choses que personne d'autre n'osait à l'époque, une ère défigurée par les clones minimal-synth qui avaient pris la plateforme Bandcamp en otage. À l'aide d'une trompette (plutôt rare au royaume des goths), de paroles sensibles chantées dans leur propre langue et d'une esthétique homo-arty-sado, les mecs brouillaient les pistes tout en s'inscrivant dans l'héritage de DAF ou de Chris & Cosey. Et puis plus rien. Ces dernières années, le trio a purgé un de ses membres et revient enfin ce printemps avec un deuxième album, Deine Stimme Ist Der Ursprung Jeglicher Gewalt (désolé, j'ai pas mon Harrap's sous la main), 9 titres qui les font monter en division EBM de stade et qui sortiront le 30 mai chez aufnahme + wiedergabe. Le groupe sera en tournée française (voir dates plus bas) toute cette semaine, l'occasion de prendre leur température et de vous présenter le premier single du disque, « Der Himmel Explodiert », en feat avec le Lescop de Leipzig, j'ai nommé Drangsal.

Noisey : Il y a 5 ans, vous m'aviez dit que vous bossiez dans des stations service. Vous en êtes où aujourd'hui ? Vous conduisez une berline comme tous les Allemands de votre âge ?
Luca : Aujourd'hui, on a un peu évolué, on bosse dans des magasins de vélo, dans des restaurants 5 étoiles, ou comme promoteurs de concerts. À part ça, on étudie toujours, que ce soit la musique, l'histoire, l'art, les médias ou la biochimie. Voilà pourquoi on n'a pas eu trop de temps à consacrer à notre musique ces dernières temps.

Vous bossez sur ce deuxième album depuis 2012 ?
Ouais. Pas besoin de préciser qu'on est méga excités à l'idée de le faire entendre à tout le monde et de le jouer quasiment en entier sur cette tournée. On a tout enregistré en une semaine. C'est le premier disque qu'on sort avec notre nouveau boss des machines, Samuel Savenberg, qui s'occupe également de la production globale. On a vidé un bon million de bouteilles de Prosecco durant les sessions. Je pense que celui-ci a une vibe plus pop et EBM que nos disques d'avant, on a aussi des invités comme le génie de l'indie wave Drangsal qui vient chanter sur un titre, et le héros de la techno underground Thomas P. Heckmann qui a masterisé l'ensemble. On est méga satisfaits du résultat.

Est-ce que vous avez de nouvelles influences musicales depuis os débuts ?
Ouais, je crois qu'on est plus inspirés qu'avant par les groupes contemporains. Même si je ne peux pas te dire lesquels ont eu le plus d'impact sur nous au moment d'enregistrer ce nouvel album, vu qu'on écoute tous des trucs très différents. Le seul disque, la seule chanson même, qui nous a accompagné durant tous ces derniers mois n'est par contre pas un truc récent, c'est « Rush » de Depeche Mode, tiré de l'album Songs of Faith and Devotion. Quelle bombe !

Le son de ce nouveau disque pourrait parfois s'apparenter à de l'EBM de stade, sans offense, hein. Vous composez avec le même matos et la même routine qu'avant ?
C'est toujours Samuel qui ramène une structure brute de chanson et Hannes tente d'y ajouter de la trompette, des voix et parfois quelques synthés. C'est comme ça qu'on procédait aussi par le passé et c'est la méthode qui a le mieux fonctionné jusqu'à maintenant. Parfois, Hannes ou moi trouvons une mélodie ou une note de synthé qu'on veut utiliser et on se pose tous les trois pour voir comment assembler tout ça.

Vous continuez à chanter en allemand parce que vous n'avez « pas honte d'être compris » m'avais tu-dis. Il y a beaucoup plus de groupes français qui chantent également en français aujourd'hui, même s'ils n'ont rien à dire. Et vous, vous avez quelque chose à dire ?
Nous ne sommes pas un groupe politique, comme nous n'avons pas non plus de vrai « message ». Nos paroles sont liées à quelques thèmes généraux : l'amour, la haine, le sexe, la peur et la détresse. Elles sont toutes écrites à la première personne. C'est ce qui nous permet de penser que nos textes ont une signification, parce qu'ils en ont une pour nous, et peuvent peut-être même toucher des gens. En tous les cas, on ne se prend pas trop au sérieux non plus, et on a une forte tendance à l'exagération.

C'est quand la dernière fois que tu as dit « Ich liebe dich » ?
Il y a 5 minutes, à ma mère au téléphone.

La grande majorité des artistes et des gens n'en ont plus rien à foutre de rien aujourd'hui, même si Depeche Mode et Facebook essaient de nous faire croire le contraire. Et vous ?
Nous non plus, nous ne sommes plus en colère. On a laissé la pose « ado-énervé » derrière nous. Nous sommes des adultes maintenant ! 

Tu ne portes donc plus de cape sur scène ?
Non, cette époque est révolue.

Vous avez perdu votre fun ?
On n'a jamais été fun, jamais. Simplement goths. 

On trouve toujours autant de jeunes écolières à vos concerts ?
Plus que jamais. Elles viennent en masse.

Quand est-ce que la Berlin Fashion Week diffusera du Die Selektion ?

Quand la paix tant attendue dans le monde aura été déclarée, ou quand Rick Owens et Dolce & Gabbana auront enfin la bonne idée de nous inviter.

Finalement, et contrairement à d'autres, vous avez crânement survécu à la tendance minimal synth qui faisait encore rage en 2011. Vous en êtes fiers ? Est-ce que vous survivrez aussi à la trap et à l'EDM ?
On est fiers de présenter une nouvelle forme de hooligan techno, de stoner goth et de Prosecco wave. Il n'y a rien d'autre à ajouter. Ce sont ces trois sous-genres qui nous décrivent le mieux et qui devraient donner une idée à tout le monde de ce qu'on fait, ou comme tu l'as simplement résumé, le « Stadium EBM », que je renommerai plutôt « Arena EBM », en tout bien tout honneur.

Ok, marché conclu. Un dernier mot ?
« Besieg deine Ängste, und leide um zu lieben. »


Les dates de Die Selektion :

22/03 : Bruxelles- Magasin 4
23/03 : Paris - Point Ephémère
24/03 : Rennes - Le Cartel Loco
25/03 : Lorient - Le Galion 
26/03 : Lille - Le CCL

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Rod Glacial aimerait parler couramment allemand. Il est sur Twitter.