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Youth Code va t'apprendre la discipline

Le duo EBM le plus brutal de Los Angeles est un parfait petit couple dans la vraie vie.



Youth Code n'est pas seulement une crème raffermissante, c'est aussi le nom d'un duo forgé dans les flammes du chaos il y a deux ans à peine. Ryan George et Sara Taylor forment un couple sur scène comme à la vie et sont le premier groupe à avoir sorti un disque sur l'obscur label de Psychic TV, Angry Love Productions - un EP 2 titres d'electro-industriel aussi sexy que punitif. Leur premier album, sobre et brutal, est sorti en septembre dernier sur Dais Records. Depuis, ils n'arrêtent pas de jouer et viennent de rentrer d'une tournée américaine de 20 dates. Ils ont pris cinq minutes pour me parler de leur amour des machines, de l'amour qui peut exister entre deux êtres humains et d'André Malraux -non je déconne.


Noisey : Qui est Youth Code ? Comment ça a commencé ?
Sara :
Youth Code c’est moi, Sara Taylor, et Ryan George. Deux personnes amoureuses qui font de la musique industrielle ensemble. Le groupe s’est formé complètemen tpar hasard. Le magasin de disques où je travaille (Vacation Vinyl à Silverlake, Californie) avait organisé un showcase uniquement destiné aux employés. J’ai menti en disant que j’avais un groupe. Et nous n’avons pas arrêté depuis.
Ryan : Je composais de la musique électronique depuis des années mais je n’avais rien fait de vraiment concret jusque là. Sara a pensé qu’on devait monter un groupe et nous a inscrit à ce fameux concert. J’ai, d'une certaine façon, été obligé de mettre sur pied ce qui allait devenir plus tard Youth Code. Et je suis content qu’elle m’ait poussé à le faire. C’est un truc qui nous permet de voyager ensemble et ça nous fait une passion à partager. Et puis Youth Code réussit toujours à me captiver, d'un point de vue technologique. C’est excitant et ça nous laisse un champ infini pour l’expérimentation. J’ai passé ma vie entière au milieu des guitares et des batteries, avec les synthétiseurs, je trouve de nouveaux sons à chaque fois que je me pose. Ils me captivent en permanence. Youth Code est le groupe qu’on avait envie d’écouter et qui, selon nous, manquait au monde de la musique underground.

J’ai découvert votre groupe sur Noisey. Une sombre histoire de copinage ?
Ryan : Non. Tu penses qu’on ne mérite pas cette attention ? On a eu suffisamment de chance pour se retrouver sur le meilleur label en activité (DAIS Records) et on a bouffé pas mal de kilomètres depuis notre courte existence. On a joué à Los Angeles, San Francisco et même à New York dès les premiers mois où l’on s’est formé. Tout ça juste avec une démo. On a ensuite sorti un 45 tours sur Angry Love Productions et fait une tournée américaine quand notre LP est sorti. On a fait en sorte de jouer avec tous types de groupes pour ne pas rester confortés dans une seule scène. Crois le ou non, le travail paie.



Je n’en doute pas une seconde. Ryan, tu faisais partie du groupe hardcore Carry On il y a quelques années, une nouvelle preuve qui appuie ma théorie sur le fait que tous les anciens mecs du hardcore se sont désormais mis à la musique industrielle.
Ryan : Je ne connais personne du hardcore qui fait de la musique industrielle. Je crois que Jesse de Hoax commence un nouveau truc… mais à mon avis tu connais des gens que je ne connais pas. Certains types issus du hardcore font des trucs synth pop/indie rock, mais de l’EBM ou de l’indus, aucun.

Mouais. Votre album est un des disques électroniques les plus brutaux sortis cette année. Et c’était pas gagné de faire de l’EBM sans tomber dans les abysses goth ou le grand-guignol cybernétique. Vous vous y prenez comment ?
Sara :
L’album est à l'image de ce qui nous influence. On aime le punk et le hardcore, et on aime aussi les premiers disques sortis sur Wax Trax!, quand tout était très brutal… Donc naturellement, tout ça a forgé notre son.
Ryan : On ne pourrait pas faire autre chose que ce qu’on fait actuellement. Je sais que Sara a un léger faible pour la musique de club, mais quand on se met tous les deux à composer, on pousse nos capacités et notre matériel au maximum. La plupart des groupes EBM sont des feignasses et se reposent trop sur les ordinateurs, et c’est bien triste, parce que ça ôte toute substance à leurs morceaux. Evidemment, il y a des exceptions, mais je trouve ça déconcertant de voir qu’aucun mec n’utilise de claviers et de bon vieux MPC. Ça sonne tellement mieux, et la limitation matérielle t’oblige à te servir de ton imagination. On écoute aussi beaucoup de power electronics, et bien qu’on ne donne pas du tout dans ce style, le côté primitif a tendance à s’infiltrer dans notre musique. Plus nous jouons ensemble, plus notre musique se bonifie, se structure et devient agressive.

Qui écoute encore Skinny Puppy et Front Line Assembly aujourd’hui ?
Sara :
Beaucoup de gens je crois. Les deux groupes viennent de sortir un nouvel album qui est plutôt bon, et Skinny Puppy préparent une énorme tournée américaine.
Ryan : Honnêtement, ce sont plutôt les vieux qui écoutent des trucs comme FLA et Skinny Puppy. On espère que grâce à ce qu’on fait, les plus jeunes redécouvriront aussi ces vieux groupes. L’EBM a vraiment été négligé, et il possède encore un gros potentiel à explorer.



Quel genre de public vous avez aux USA ?
Sara :
Un public très varié, qui va des rivetheads cyber-goth aux hardcore kids. Je crois que l’on n’appartient à aucune scène en particulier, et c’est pareil pour notre public.

Vous écoutez de la musique non-agressive ?
Sara :
J’écoute toutes sortes de musique. J’adore mettre Robyn et danser à la maison. Ce serait idiot d’écouter que des trucs durs tout le temps. La vie est synonyme de variété.
Ryan : Oui. On écoute des trucs tellement différents.

De quoi traitent vos lyrics ?
Sara : Des problèmes liés au changement, à la frustration… Des choses de tous les jours.
Ryan : De la condition humaine. L’amour, la perte.

Ah ouais, comme André Malraux. Peut-on dire que votre logo est d’inspiration runique ?
Sara :
Non, pas vraiment. Je me suis inspiré des dessins de dague de Chris Conn, j’ai changé le manche du couteau en Y et glissé un C en dessous.
Ryan : C’est Sara qui s’occupe de tout l’artwork. Et utiliser des runes ne nous intéresse pas.

Qu’est ce qui vous intéresse et vous préoccupe ?
Sara :
Ce qui me préoccupe le plus : mener une vie heureuse et épanouie. Ce qui se passe dans le monde est important aussi, mais je me focalise surtout sur ce qui se passe dans mon foyer. Est-ce que notre chien va bien ? Comment se porte notre créativité ? Qu’est ce qu’il y a dans notre emploi du temps ? Voilà.
Ryan : Les rares fois où j’écris des lyrics, il est souvent question de politique. Mais je la réduis à quelque chose d’infime et dissimulé. La santé de mes proches est ma principale préoccupation, ça et essayer d’être la meilleure personne possible. Penser globalement, agir localement, comme dit l'expression.

La vie n’est pas trop chiante à L.A. ?
Sara : Vivre à L.A. est tout sauf chiant. J’ai vécu quelques temps à Londres, c’était vraiment super, mais je n’aime pas être trop éloignée de ma famille, qui est ici.
Ryan : Los Angeles est la meilleure ville sur cette planète. Quand les gens pensent à L.A., ils pensent à une minuscule partie de la population sur laquelle les médias se focalisent. En réalité, les gens de notre communauté m’inspirent constamment.


Youth Code est sur Facebook, comme tous les groupes de hardcore, et revient bientôt avec de nouveaux morceaux.

Rod Glacial tape du pied dès les premières notes de « Join in the Chant ». Il est sur Twitter - @FluoGlacial