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Goths de tous les pays, unissez-vous !

Andi Harriman et Marloes Bontje ont publié « Some Wear Leather, Some Wear Lace », la bible de tout vrai goth qui se respecte.

La culture goth vous renvoie à une vague idée coincée entre une paire de New Rock, un logo Joy Division et une coiffure fun qui vous a fait la semaine sur Tumblr ? Stop, arrêtez tout : Some Wear Leather, Some Wear Lace est le livre qu'il vous faut. Chapeauté par l'Université de Chicago et assemblé de janvier 2012 à septembre 2014 par deux fanatiques de musique sombre,Andi Harriman et Marloes Bontje, le bouquin est un condensé de 200 pages (qualité supérieure) de tout ce que le mouvement goth a pu produire dans les années 80 : pochettes d'albums, flyers exotiques, leçons de maquillage, coiffures rocambolesques, bottines plus que pointues, bijoux sans fantaisie, tenues en tous genres et évidemment des kilomètres de photos, d'anonymes, de groupes, de clubs, d'Allemagne à l'Amérique en passant par la Hollande, l'Espagne, l'ex-URSS ou la France. Pour les trve goths qui en ont marre de voir toujours les mêmes photos de Bauhaus ou de Siouxsie (rassurez-vous, celles de Pierre Terrasson ont leur place dans le livre aussi) et les mêmes sujets rebattus, le bouquin est aussi pour vous. Il est pour tout le monde. C'est pour cette raison qu'on demandé à ses deux auteurs de nous en parler 5 minutes.

Noisey : Quand avez-vous décidé d'assembler ce livre ?
Andi Harriman : J'ai commencé à titiller l'idée en 2011... à l'époque où j'entrais en maîtrise en fait. Savannah, en Géorgie, là où je poursuivais mes études, était un endroit vraiment à l'écart – seule la musique goth me réconfortait là-bas. Je faisais des recherches tout autour de cette culture et j'ai trouvé une faille, que j'ai eu envie de combler en me focalisant sur la culture goth des années 80. C'est à ce moment que j'ai contacté Marloes qui tenait le blog Now This is Gothic.
Marloes Bontje : J'ai eu l'idée de faire ce livre vers 2010, alors que je bossais sur mon blog, à collectionner des tonnes e photos de goths des 80's. Je me disais que le « monde entier » avait oublié où le goth avait réellement commencé, et qu'il n'avait pas toujours été aux mains des « cyber goths ».


Kim & Val - USA, 1983 (Photo : Susan Richman)

Les autres bouquins traitant du sujet ne vous convenaient pas ?
Andi :
Il y en avait quelques uns d'intéressants mais tout le temps focalisés sur la scène britannique où sur les goths des années 90 ou 2000 – la plupart des trucs qui ont été écrits sur le sujet datent de la fin des années 90. Personnellement, j'avais besoin d'un livre qui parle à fois de Bauhaus mais également de groupes français obscurs, autant des fringues que des pochettes d'albums.
Marloes : De mon côté, je n'étais clairement pas satisfait de ce qui se faisait en la matière. Les bouquins existants sur les goths étaient soit incorrects, soit sur-psychologisants, soit vraiment embarrassants pour toute la sous-culture.


SPK - Rotterdam, 1983 (Photo : Sinan Revell)

Je suis tombé sur le livre un peu par hasard. Vous avez fait de la promo autour ou justement voulu garder un côté élitiste ? Comment a t-il été accueilli d'ailleurs ?
Marloes : Le livre n'a peut-être pas encore atteint le journalisme (musical) mainstream ou autre, ce qui n'est pas très surprenant. Je dirais qu'il a été très bien reçu jusqu'à maintenant. Sur notre site, il y a une rubrique presse à ce sujet. On a atteint la plupart de nos lecteurs via Facebook et Tumblr. On a également organisé quelques soirées promo à New York, Londres et Berlin, où a eu lieu la soirée de lancement officielle du livre. Cette année, on espère vendre le bouquin lors d'évènements goth, et il sera de toute façon disponible sur le site.
Andi : Ce n'est pas une question d'élitisme du tout, j'aimerais que le mainstream connaisse l'existence du livre ! Some Wear Leather a des racines populaires, depuis le début... Du Kickstarter à la recherche d'un éditeur jusqu'à l'organisation des soirées. De nombreux livres musicaux bénificient de ressources (financières) de la part de leur éditeur mais hélas, ce n'était pas notre cas, donc on a dû se débrouiller tout seuls. Moi ça me va, puisque c'est exactement l'esprit des goths originels !


Synthetiki - Grèce, 1985 (Photo : Dionysis Avgerinos)

Quelles ont été les archives les plus difficiles à dégoter ? Il y a des choses que vous avez choisies de ne pas publier ?
Marloes :
Celles provenant de contrées où la scène était vraiment underground ou alors de pays dont je ne parle pas le langage, comme la Russie ou le Japon. Nous n'avons d'ailleurs pas évoqué les pays sur lesquels on n'avait pas ou peu d'archives. Ouais, c'est une honte, j'aurais vraiment voulu en apprendre plus et aborder plus longuement le Japon et les pays d'Europe de l'Est.
Andi : Il y en a des tas qu'on a choisi de ne pas publier, à cause de leur qualité ou de leur présence sur Internet avant la publication du livre. C'était aussi une question de préférences personnelles et de coopération entre nous deux.


The Naked And The Dead - New York, 1985 (Photo : Sue Fasolino)

Les culture goth aux États-Unis et en Europe n'ont clairement pas eu la même résonance et le même impact. D'après vous, qu'est-ce qui diffère entre les deux ?
Andi : Je ne peux pas trop m'étendre là-dessus parce que j'ai vécu uniquement à New-York et je n'ai visité que quelques villes d'Europe. Je ne peux pas parler au noms des goths des années 80 vu que je n'y étais pas non plus mais certains anciens que j'ai interviewés m'ont dit que Londres ne rigolait pas du tout au niveau de la mode et de la musique en club comparé à New York. J'imagine que c'est encore le cas aujourd'hui.


Catalogue Bogey's - Royaume-Uni, années 80

À ce propos, la mode était une part importante du mouvement et aucun livre ne l'avait jamais réellement documenté avant le votre.
Andi : Il y avait beaucoup de photographes de rue à l'époque, qui ont immortalisés les différentes modes liées aux sous-cultures et ont sorti leurs propres livres (je pense à Ted Polhemus notamment) donc non, le notre n'est pas une première en la matière. En revanche, c'est peut-être le premier à combiner des photos à la fois professionnelles et personnelles de goths du monde entier avec des backgrounds très différents, ce qui le rend, d'une certaine manière, unique.

Cette créativité exacerbée et ces looks extravagants ne laissaient pas indifférents, atteignant parfois des réactions disproportionnés, comme cette anecdote dans le livre où un Français raconte ses déboires avec les skinheads. C'était un truc fréquent ?
Marloes : On est plutôt habitués à ça depuis le punk, non ? Peu importe les sous-cultures, leur polarisation et leur hostilité entre elles dépendent souvent en fonction des pays. Dans certaines zones, ils ont plus l'attitude du « vivre et laisser vivre » envers les gens qui s'habillent et pensent différemment. Et d'autres, tristement, voient encore les gens « alternatifs » ou « gays » comme une seule et même entité, et pensent que leur haine pour la seconde leur donne le droit de cogner les deux. Par exemple, j'imagine que ça ne doit pas être très agréable d'être alternatif et/ou gay en Russie actuellement.
Andi : Les gens seront toujours bolossés pour le seul fait d'être différent, et ce n'est malheureusement pas prêt de changer.

Flyer - Paris, 1986 (Archives : Thierry Boucanier)

Est-ce que la culture goth est morte avec les années 90 ? La faute à la techno ?
Andi :
Je reviens sur ce chapitre dans le livre, mais pour moi, et d'après mes recherches, le vrai esprit goth s'est évaporé au milieu des années 80, quand l'industriel et le gothic rock se sont scindés en deux genres distinctifs. Évidemment, plus tard, l'avènement d'internet a aussi changé la donne.
Marloes : Les artistes se sont mis à expérimenter d'autres sons (de la techno au metal) et d'autres ont commencé à s'habiller dans des styles auxquels ceux des années 80 ne se reconnaissaient plus. Certains n'ont pas ressenti le changement, d'autres affirment que le son et le look originels ont clairement décliné en 86/87. Honnêtement, à la fin des années 80, le goth avait déjà été dilué, mais les thèmes sombres et la couleur noire eux, n'ont jamais disparus.


Cinamon Hadley - USA, fin des années 80 (Archives : Cinamon Hadley)

Vous pouvez m'en dire un peu plus sur les « Gruftis ».
Marloes :
Le nom vient de « gruft » qui veut dire « crypte » en allemand. Ils avaient leur propre look si je puis dire : leur sens du style les a conduit du look punk aux fringues noires très larges ou aux robes spectaculaires, toujours noires, mais ils ont gardé les vestes en cuir et les bottines pointues que les goths (anglais) avaient introduit en premier. Ils ont inventé leur propre coupes de cheveux : beaucoup de gruftis adoptaient cette coupe rasée sur un côté avec les cheveux du dessus en l'air faço, crête molle. J'appelle ça le « air strip hair », mais je ne suis pas sûr que les gruftis aient baptisé ce truc ! Dès le milieu des années 80, l'Allemagne a repris le flambeau du goth, surtout après que l'Angleterre ait assisté au déclin du mouvement à la fin des années 80.


Devant le Voltereta Club - 1990, Alcorcon (Photo : Miguel Trillo)

La scène goth était très bien représentée en Espagne aussi.
Marloes : Je ne dirais pas qu'elle était sur-représentée en Espagne plus que d'entre d'autres pays d'Europe (occidentale), mais c'est vrai que l'Espagne avait des raisons d'attirer les goths. Le mouvement n'était pas populaire chez eux parce que c'était « trendy » dans la musique underground. L'Espagne venait de sortir du règne de Franco en 1975 et avait besoin de plusieurs années pour récupérer (culturellement) et trouver une nouvelle liberté dans des genres comme le punk ou la new wave. Ce mouvement s'est d'abord traduit par La Movida Madrileña et a produit des tas de musique et d'autres arts inspirés par le passé, les développements sociaux, les droits civiques, la modernité et la détresse personnelle. Il y a eu un développement similaire en Argentine après la répression de la dictature militaire entre 1976 et 1983.


F.O. System - Hongrie, 1987

Soyons francs : une quantité de groupes goth n'étaient en fait que des parodies de Depeche Mode, Bauhaus ou Sisters Of Mercy. Est-ce que la qualité a décliné tout au long des années 80 ?
Andi : Oui, il y a eu énormément de « rip-offs » mais je ne dirais pas que cette qualité a décliné au fur et à mesure que les années 80 progressaient. Pour moi, plus nous sommes nombreux mieux c'est, et au moins, il y aura toujours quelque chose à écouter. Ceci étant dit, ceux qui ont témoigné d'une vraie créativité se sont hissés tout en haut et sont désormais reconnus pour la musique qu'ils ont créé. Je pense que les copies prouvent la qualité des groupes initiaux (liste à laquelle on peut ajouter Joy Division, The Cure et New Order). Tout ça en dit long sur l'impact qu'ils ont produit à l'époque.
Marloes : Quand on a demandé aux groupes par qui ils étaient influencés, ils ont tous répondu tous la même chose, Siouxsie en plus. Les groupes ont résisté à l'épreuve de la qualité quand ils faisaient quelque chose de créatif et de « nouveau » au sein de ce son new wave. Ces groupes ont toujours obtenu la reconnaissance, parfois bien plus tard, si on repense au Skinny Puppy et au Clan Of Xymox du milieu des années 80. À la fin des années 80, cette culture de la parodie est devenue fatiguante. Il y avait tellement de groupes qui essayaient de sonner comme Sisters Of Mercy... L'Europe de l'Est a semble t-il eu moins de problèmes avec ça. Ils ont eu leurs propres clones de Depeche Mode durant deux décennies !

Quels artistes goth vous appréciez aujourd'hui ?
Andi :
Je suis un traditionaliste en matière de musique – j'écoute principalement de la musique des 80's. Mon nouveau groupe favori dans le délire, qui embrasse totalement l'esprit goth old school, s'appelle Qual. Tout, de sa voix à son atmosphère en passant par ses lyrics transpirent le trve goth.
Marloes : Plein de mes potes goths évoluent maintenant dans la minimal-synth, et je dois dire que ça ne me déplaît pas !

Vous pouvez commander le livre ici.

Rod Glacial n'a pas oublié les thèmes sombres et la couleur noire. Il est sur Twitter.