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Une sélection des meilleurs morceaux indie de 1980 à 1988 par Sam Knee

Le collectionneur-styliste-auteur nous rappelle comment les Écossais ont réinventé la pop avec des guitares pourries et des anoraks dans les années 80.


Bottines pointues et Peugeot 304, le rock vu par Loop. Bristol, 1987. (Copyright James Finch, avec sa permission)

Sam Knee a été disquaire dans l'Essex, journaliste pour 19 Magazine, fripier à San Francisco puis à Portobello, il a compilé les plus rares t-shirts de rock dans un gros annuaire co-écrit avec Lisa Gardner et publié chez Harper & Collins en 2006 (réédité et amélioré en 2011) avant de devenir styliste pour Topman et The Village Green. Autant dire que question chiffons et veille de tendances, il sait de quoi il parle. Et quand il s'agit de jangle pop c'est pareil. Sam est récemment revenu à ses premières amours dans A Scene In Between (un livre de photos publié chez Ciccada Books) où il analyse les rapports étroits entre la scène indie anglo-écossaisse et les fringues, du début à la fin des années 80. Vous pouvez d'ailleurs lire son interview à ce sujet sur VICE. En bon nerd, j'ai demandé à Sam de me faire une sélection année par année, de 1980 à 1988, soit la période abordée dans son livre. En bon nerd, il m'a répondu et m'a même envoyé une photo inédite de Loop qui n'était ni dans le livre, ni sur internet. Cheers à lui.



1980 – Television Personalities – « Look Back In Anger »
Dur de choisir un seul morceau dans la discographie des TVP’s, ils ont une pelleté de tubes, mais celui-là sort vraiment du lot je trouve. J’adore les accords moddy et les notes descendantes, c’est très Pop Art. Dan Treacy est vraiment un guitariste sous-estimé, il avait cette approche mid-60s britannique complètement naturelle, sans jamais que ça sonne cliché ou trop pompé. Le chant à moitié amorphe est cool aussi… Un classique ultime pour la jeunesse !


1981 – Josef K – « Sorry For Laughing »
Un excellent morceau jangle pop rapide et nerveux du groupe phare écossais. Le titre affole toujours les dancefloors des clubs indie aujourd’hui. Quand je suis allé signer mon livre A Scene In Between à Berlin, tous les kids indie sont devenus dingues quand ce morceau est passé à la soirée.




1982 – The Pastels – « Songs For Children »
Là où tout a commencé pour les pionniers écossais. Ces deux morceaux sont aussi primitifs que sublimes, et laissaient entrevoir le génie à venir. Pour la jouer nerd du disque, ce EP est sorti sur le label ultra cool de Dan Treacy, Whaam! Records. D’ailleurs, chers lecteurs, je suis toujours à la recherche d’une copie décente de ce vinyl, juste au cas où quelqu’un qui passerait par là aurait envie d’être généreux.




1983 – Scientists – « Blood Red River »
Ouais ok, les Scientists ne sont ni anglais ni écossais, mais ils avaient déménagé ici à l’époque et ont eu un effet cataclysmique sur mon cerveau, donc ça compte quand même non ? Des chants funèbres paralysants, une ambiance marécageuse, et un putain de groupe cool à regarder. Impossible de résister aux solos complètement débiles de Tony Thewlys, de la folie sauvage !




1984 - The Jesus and Mary Chain – « Vegetable Man »
Une version dérangée du Pink Floyd époque Syd Barrett, on dirait que le groupe a sniffé la colle la moins chère qu’ils aient trouvé avant d’enregistrer ce truc. D’ailleurs, leur premier disque, sur Creation Records, est probablement le meilleur disque indie anglo-saxon sorti en 1984… Non ce n’est même pas probable, c’est certain. Un magnifique merdier proposé par ces névrosés qui remporteront le gros lot, des années plus tard.




1985 – Meat Whiplash – « Don't Slip Up »
Encore un produit originaire de East Kilbride en Ecosse. Et ça sonne encore plus Mary Chain que les Mary Chain, comment est-ce possible ?! Apparemment, Douglas Hart, bassiste des susnommés, traînait avec ces types avant de rencontrer les frères Reid. Avons nous à faire à cette bonne vieille histoire de l’œuf et de la poule ? En tous les cas, c’est un classique fuzz pop, un délicieux déchiquetage qui nécessite de tourner le treble au maximum. Ce single est toujours relativement abordable, chaque foyer devrait en posséder un exemplaire.




1986 – My Bloody Valentine – « Lovelee Sweet Darlene »
Voilà qui incarne parfaitement la combinaison entre une romance léthargique et un détachement de la réalité, deux minutes de béatitude crasseuse. Certainement leur plus grand moment ! Le groupe ouvrait tout le temps leurs concerts avec cette chanson avant que Dave Conway ne se barre à la fin des années 80 et qu’ils migrent vers le prog rock spatial.




1987 – The Sea Urchins – « Pristine Christine »
Fantastique début de ces lycéens de West Brom (Birmingham), et aussi le tout premier disque du maintenant mythique label Sarah Records de Bristol. Ça ressemble à un mélange entre du vieux Love et les premiers singles de Primal Scream, ces gars ont vraiment imposé ce mélange jangle-folk rockisant comme un sous-genre indie à part entière entre 85 et 87. Les copies de ce disque s’arrachent aujourd'hui à des prix exorbitants, prépare-toi à aligner 300 livres si tu veux mettre la main dessus !




1988 – The Vaselines – « Dying For It »
Le dernier grand groupe indie de l’époque. J’ai toujours aimé le style d’Eugene Kelly, c’était une sorte de Peter Fonda écossais, un Sterling Morrison 20 ans après, avec ses bottes de moto, ses vestes Levi’s en velours et ses putain d’ourlets surdimensionnés à la Joe Orton. Tu croisais peu de types avec un tel look en Grande-Bretagne vers 87/88. Ce mec était bien allumé. Un peu plus tard, un triste trio de stoner metal officiant chez Sub Pop désacralisera quelques uns de leurs morceaux, immortalisant les Vaselines pour toujours dans le folklore américain.


Tous les groupes cités ici (et d'autres, comme Felt, House of Love, Orange Juice, Primal Scream, les Smiths, Spacemen 3... mais pas Simple Minds, non) sont évoqués et/ou photographiés dans A Scene In Between. Sam planche actuellement sur un documentaire inspiré du livre.


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