L'héritage laissé par l'album « Straight Outta Compton » en France

Aelpéacha, Driver, Hype, Madizm, Metek, Weedy et Sidi Sid nous ont parlé de leur rapport à N.W.A.

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sept. 10 2015, 12:00pm

Depuis que Straight Outta Compton, le biopic du groupe N.W.A, a entamé la phase active de sa promo, on reparle fatalement (quasi tous les jours, et alors ?) beaucoup de l'impact historique de la bande sur l'ensemble du rap. Comme toutes les autres rédactions de Noisey à travers le monde, on est allés demander à plusieurs acteurs du milieu rap local ce que leur évoquaient les lettres : N, W et A. Et on n'a pas été déçu des réponses, qui sont forcément meilleures que celles des autres pays, on ne va pas se le cacher. De Driver à Aelpeacha, de Metek à Weedy, ils avaient tous leur mot à dire sur l'héritage de Eazy, Cube, Dre, Ren et Yella.



MADIZM (beatmaker)

, j'avais le vinyle en double et je faisais des passe-passes avec sur les platines, je l'ai massacré ce disque. Les suivants j'ai continué, jusqu'à Niggaz4Life, que je prononçais "EFIL4ZAGGIN" d'ailleurs, parce que la moitié des mecs en France n'avaient pas forcément capté directement qu'il fallait déchiffrer le titre à l'envers sur la pochette (rires) donc comme ça dans les conversations j'étais sûr de me faire comprendre. J'ai achété Straight Outta Compton pour 2 raisons : j'avais vu le clip de "Fuck The Police" et j'avais entendu un interlude de l'album, et à l'époque même si j'étais novice, parfois, j'avais des coups de cœur sur une musique, et j'allais chercher l'album. Je suis à la FNAC, celle de Bastille je crois, et je tombe par hasard sur le disque, c'était super incongru de le trouver là. C'était la première fois que je l'ai acheté, après je l'ai repécho 3 ou 4 fois tellement je le massacrais comme je t'ai dit.

La boucle utilisée dans "Fuck The Police" m'obsédait ! Pour moi c'était l'instru parfait absolu. J'ai écouté ça encore et encore... En plus ils se démarquaient : à l'époque t'avais de tout dans le rap, des mecs en costard, des mecs sapés afro, des mecs à poil sur des bateaux à la Big Daddy Kane, y'avait Biz Markie qui bouffait ses céréales. Mais y'avait pas des mecs en casquette Raiders comme ça. Ça nous a marqué et on s'est vite mis à mettre des Starter, des bombers etc. Ils ont un peu fait la pluie et le beau temps niveau sapes, depuis NWA et même après.

Parce que c'est ça le truc : NWA s'arrête pas au groupe, il y a toute une galaxie derrière. Il y avait plein de mecs presque aussi importants que Dre, comme Cold 187um, mais qui sont moins connus ici. D'autres plus tard comme DJ Quikont prolongé l'héritage de leur côté. D'ailleurs pour moi, NWA c'était finalement court en tant que groupe. A l'époque, on n'était pas si nombreux que ça à les écouter, c'est avec le développement des personnalités du crew chacun de leur côté que le grand public les a vraiment découverts.

Même moi, si je préfère Ice Cube, c'est surtout via sa carrière solo. MC Ren, je le voyais un peu comme un sidekick, j'aimais pas trop les voix aiguës donc Eazy E c'était pas trop mon truc non plus. Par contre il a eu vite mes faveurs quand j'ai appris qu'il était dans la prod avec Dre. Bien sûr, Dre, sans être parano j'ai toujours senti qu'il y avait une faiblesse niveau texte. C'est un mec de studio, pas un mec de rue, et en ça, on est proches. C'est aussi pour ça qu'il a pris la première place pour moi, je le respecte infiniment, pour son côté réalisateur, sa manière de voir la zic et son parcours.

L'autre truc marquant c'était le côté gangsta, qui les différenciait de tous les autres. Les autres étaient conceptuels, eux leur concept c'était la vraie vie. C'était neuf. Nous, de loin, on voyait pas le côté hollywoodien, on achetait les yeux fermés. C'était une belle chose à l'époque. Aujourd'hui, on les jugerait différemment, je serais pas aussi extatique, même devant Dre. Ceci étant, ça reste un dieu vivant.

Le petit Blanc que j'étais ne pensait pas à s'identifier aux mecs ou au côté gang. J'ai jamais été le mec qui se dit "merde c'est les mecs qui me volent mon pain au chocoloat". J'ai jamais tenté de m'accaparer le truc, je ne racialisais pas la question. Donc au-delà d'acheter et d'écouter un groupe de Noirs, j'écoutais un groupe de mecs qui étaient putain de doués, le reste était secondaire. En plus, autour d'eux y'avait plein de Juifs, notamment le groupe Blood Of Abraham, aujourd'hui des trucs comme ça ce serait plus possible ! Donc avec mon cerveau de l'époque, je me disais que dans la vraie vie ça pourrait être des potes le temps d'une soirée, si j'allais à Compton et que je leur disais que j'avais acheté leur disque (rires). Ce qui m'attirait c'était la musique avant tout : j'allais pas essayer de me faire des bouclettes hein (rires).


Et quand je dis la musique, c'était pas pour pomper comme on peut le faire aujourd'hui. Même si on avait tenté un copier-coller du son NWA de l'époque, on se serait foirés parce qu'on n'avait pas la culture musicale et l'héritage qu'il y a derrière. Straight Outta Compton est incontournable. Je ne peux même pas dire que c'est un album qui m'a donné envie de faire de la musique, parce qu'il est trop inaccessible. Mais il a été majeur dans ma construction... ça fait partie des albums que je connaîtrais par cœur jusqu'à la fin de mes jours. »

WEEDY (Expression Direkt)

« À l'époque je faisais partie de STK, posse de Mantes-La-Jolie, et on avait un ancien, Elliott, qui faisait un peu notre "éducation" musicale, c'est lui qui nous a ramené ça. Quand est arrivé NWA, c'était la jeunesse, le je-m'en-foutisme, et les paroles vraiment ghetto, le slang à mort, ils parlent de leur quotidien d'une façon bien plus abrupte que les textes d'espoir des autres. Nous, on a été tout de suite grave marqués par le concept du groupe, les paroles. "Straight Outta Compton", "Fuck The Police", "Dopeman"... Cet album était fou. Et bien sûr les prods : complètement novatrices par rapport à New York, c'était dark, lancinant, avec les fameuses sirènes. D'un seul coup on se sentait dans "le côté obscur", tu vois ? Ça nous a marqués. Ça fait partie des pièces culturelles afro-américaines qui restent dans la mémoire collective. NWA a été un point culminant avec cet album, et je te parle même pas de la suite.

Pour les gens qui comme nous, marchaient en équipe, avec ce côté en rébellion contre la société, ce groupe a fait évoluer les choses. On n'était plus obligés de se définir uniquement en mecs conscients qui parlent de la condition des minorités, etc. On était aussi des mecs qui pouvaient parler de leur quotidien, et ce quotidien était hardcore : les rapports avec la police, les discriminatioins... "Fuck The Police", c'est aussi tout le reste derrière ; fuck Babylone, fuck l'establishment, fuck tous ces gens qui nous regardent de haut et qui nous humilient dès qu'ils peuvent. Donc avant même la réussite internationale des carrières solos, NWA était déjà un gros symbole.

En plus, il y avait le côté américain, cinématographique : ça rigolait pas, ni dans les sons, ni dans l'attitude, ni dans la tenue, rien n'était laissé hasard. Ça a permis aux gens de changer de style. Même côté vestimentaire : nous on avait notre particularité mais c'était pas anodin de mettre le bonnet Lacoste comme Ice Cube portait le sien (rires).

D'ailleurs mon préféré dans le groupe ça a toujours été Ice Cube et je me suis dit que j'avais vu juste quand j'ai appris qu'il écrivait ses textes lui-même ! On sentait quelque chose, rien qu'à la voix. Ren était un peu en recul donc je retenais surtout le musicien, Dre, le gangster, Eazy E, street à mort. Lui c'est pareil, rien qu'en le voyant, tu sentais le truc : un mec qui a ce petit corps, cette petite voix, et autant d'arrogance et d'attitude, ça cache quelque chose, tu peux pas avoir tout ça sans être un danger, il faut s'en méfier (rires). C'est le genre de petit gars qui n'a pas froid aux yeux. Et Cube, c'était toujours un côté gangster mais avec la conscience sociale en plus. C'était la différence avec Eazy. Derrière toute l'imagerie, il y avait une sorte de rappel... ça renvoyait à des sortes de rejetons des Black Panthers mais qui auraient mal tourné et qui seraient devenus... des Niggers With Attitude. C'est ce que j'ai ressenti. Quand Cube est parti, cette dimension a disparu.

Dès leur premier album, on était fans, on peut le dire. Pour moi en tout cas, la West Coast ce sera toujours NWA. J'avais aucun doute sur la pertinence du gangsta rap. Les gens qui voient ça d'un mauvais œil oublient que ça reste des mecs qui vivent à Compton. Le contexte est important, c'est les USA, tout est basé sur l'argent, les gens sont prêts à tout, c'est le western. C'est un thème universel, les jeunes dans tous les quartiers du monde vivent aussi ce truc là.

Dans notre cas, on ne peut pas dire qu'Express D était différent. Ils nous ont fait prendre un tournant dans notre façon de voir le rap. Avant le gangsta rap, on faisait du conscient, quoi ! Et d'un seul coup, on a pu se lâcher, c'était plus facile pour nous, de faire le rap de notre inconscience ! Et celui-là, on le vivait tous les jours.

Pour finir, Dre est revenu et il montre qu'il est toujours le chef de file d'un état d'esprit, de NWA à Chronic, à 2001 et son dernier. C'est lui et NWA qui ont fait comprendre à tout le monde que tu ne fais pas du rap pour dire aux gens « ouais je vais vous prouver que je suis intelligent ». Nan, nan, on est intelligents, l'autre est même devenu milliardaire, mais tu peux parler de ton quotidien simplement. Ça peut déranger le public d'un côté, tout en le divertissant de l'autre, mais les mecs parlent de ce qu'ils connaissent. La violence quotidienne. Le monde est violent. »


DRIVER

« Je devais avoir 12 ans et le père d'un pote bossait à la Fnac. Un jour il a ramené plein de cassettes de rap dont Straight Outta Compton. C'était ça mon tout premier contact avec NWA, mais ce n'est que bien plus tard que j'ai réalisé ce que c'était. C'est devenu mon troisième groupe de chevet, aux côtés de Public Enemy et Run DMC. Ça m'a mis une sérieuse claque. Le morceau éponyme fait mal. Forcément, c'était mon époque rebelle, j'aimais quand ça criait, Ice Cube était très vénère dans son couplet. Eazy E n'était pas mon préféré malgré son côté légendaire... Pour moi, c'étaient Ice Cube et MC Ren, puis Dre. Du coup au début, je ne comprenais pas vraiment pourquoi Eazy E était à ce point mis en avant : je lisais les premiers fanzines sur le rap et il y avait marqué "Eazy E & NWA", c'est plus tard que j'ai capté qu'il avait sorti son LP solo le même jour, etc.

En ce qui concerne le fond, je ne comprenais pas toutes les paroles, donc pour moi P.E., Run DMC ou NWA c'était le même délire. Sauf que... ils avaient des curly (rires), c'était bizarre, les Jheri curls, ça ramenait à Michael Jackson. Alors dans un premier temps ce n'était pas "dur" à mes yeux, c'était gentil, je ne percevais pas l'imagerie gangsta, je retenais surtout l'énergie, je ne savais pas où situer leur ville sur une carte non plus, ça m'intéressait pas. Les prods avec le mélange de samples, de guitares et de vraies batteries, ça m'a marqué aussi.

Par contre, j'écoutais aussi beaucoup Ice-T et au bout d'un moment j'ai capté, grâce à Rapline, que c'était la même famille tout ça. Je me souviens aussi d'une interview de Kid Frost, un rappeur d'origine mexicaine, qui expliquait qu'en gros, avant de faire un sale coup, les gangstas mexicains écoutaient du NWA. C'est là que j'ai vraiment compris. Même dans "Express Yourself", le son était gentil pourtant, bonne ambiance, mais ce qui me marque c'est l'arrivée en déchirant la bâche « I have a dream »... Par contre pour le passage où Cube est en prison, la prison était carrément mal faite !

Ensuite, tu as "Fuck The Police", là ça correspondait parfaitement, c'était la bande originale de la jeunesse violente, chez eux, chez nous, partout. D'ailleurs, le prolongement de tout ça, jusqu'à Death Row, etc, ça a traumatisé tout le monde à Sarcelles. Je dirais que le premier album du Ministère Ä.M.E.R c'était influence Public Enemy, mais leur second c'est complètement NWA.

Avec du recul, y'avait un truc niveau texte, qui était leur spécialité, absente chez les autres : dire des trucs durs tout en en rigolant. Straight Outta Compton finit quand même par "Merci d'avoir acheté le disque, je suis riche grâce à vous, je vais m'acheter une nouvelle Testarossa", les mecs sont hyper détendus ! Ce côté vanneur, c'était le vrai visage de la rue. Tu passais du son anti-police à "I Ain't The 1" où c'est simplement Ice Cube qui te parle de meufs. C'est devenu un de mes morceaux préférés.

Ce que j'ai aimé dans cet album c'est l'absence d'utopie. Avec Public Enemy, il y avait ce côté "OK les Noirs, faut qu'on s'entraide". Plus tard, quand KRS-1 a perdu un membre de son crew et qu'il a réuni tout le monde pour lancer le mouvement Stop The Violence, Ice Cube a refusé en disant qu'un son n'arrêterait jamais la violence. C'était dur mais ces mecs étaient dans la réalité. »


HYPE

« Là, c'est gênant, NWA pour moi c'était déjà dans le rétro... J'ai commencé à écouter du rap vers 93 moi. Donc à l'époque de Chronic et du premier Wu-Tang. Alors NWA, j'ai tenté d'écouter mais ça me soûlait quand j'étais petit. Si, j'aimais bien le clip "100 Miles and Runnin", parce qu'ils faisaient la misère aux condés. Moi quand j'ai débarqué, Dre détestait déjà Eazy-E. J'ai plus connu les membres à travers leur carrière solo. Donc j'vais pas faire le mec, "NWA pour moi c'est comme Run DMC". Je respecte mais j arrive pas à écouter. Tirez moi dessus, ô gens d'Internet, je vous attends.

Ensuite pour moi, Dre, c'est une légende. C'est quand même un mec qui n'a aucun style, qui lace archi-serré ses Air Force 1 comme les Allemands, mais le mec te fait rêver quand même. Que des prods de légende sur tous les albums Death Row, j'ai pas de morceau préféré car tout est excellent. Je l'ai respecté quand il a dit à Suge Knight d'aller niquer sa mère et qu'il a fait Aftermath. En plus, il met pas de chaînes Dre, il parle de chronic mais je l'ai jamais vu bédave. Je le vois comme l'ancien que tout rappeur aimerait avoir. Oh et les gens qui disent qu'il y a 0 tube dans la B.O de Compton sont des enfants de putain. Quand y'aura les clips, ils vont chanter les paroles comme à l'époque des 2be3. »

SIDI SID (Butter Bullets)

« L'album Straight Outta Compton m'évoque les bases du gangsta rap, écrites par un groupe (ou un super boys band) aux carrières toutes aussi différentes qu'incroyables. J'ai découvert NWA via le clip de "Straight Outta Compton" sur MTV, je ne comprenais pas ce qu'ils racontaient mais je sentais une certaine pression, un truc hyper froid qui était en opposition avec le Los Angeles que nous montrait la TV, la série Beverly Hills en tête. J'ai de suite capté qu'ils avaient un style bien à eux et identifiable au premier coup d'œil. C'était ça pour moi NWA, un gang de mecs révoltés, habillés tout en noir, qui détestaient les flics et avaient une putain d'attitude.

Selon moi, en tant que petit Blanc de province qui regardait MTV le soir en cachette, c'est ce clip, cet album, qui à dessiné les bases de ce rap-là. Regarde, cette année sortait l'album de Vince Staples, le mec dit les mêmes trucs sur les mêmes sirènes, porte les mêmes Cortez avec les mêmes Dickies, les mêmes Chuck Taylor avec les mêmes coach jackets, plus de 20 ans après. C'est vraiment ça le style de la West Coast, dans le reste du pays c'est aujourd'hui beaucoup plus difficile de savoir d'où un mec vient selon comment il s'habille et ce qu'il raconte. Regarde Drake, il s'habille comme un mec qui sort en boîte un vendredi à Poitiers et te raconte ses problèmes comme un ado emo de Bastille, comment tu pourrais savoir d'où vient ce con exactement, hein ?

Ce genre de rap est né avec NWA et perdure depuis ce jour avec exactement les mêmes codes, c'est beau. »

METEK

« La première fois que je suis tombé sur NWA, ça devait être dans Rapline ou en Guadeloupe sur Canal 10 qui était une chaîne encore pirate dans les 90's. Ils captaient des trucs de Yo! MTV Raps qu'ils diffusaient à moitié crypté, au hasard dans la nuit, entre un film de vengeance avec Steven Seagal et un autre film à fusillades ; des K7 qui sortaient du vidéo club… J'ai pas accroché plus qu'au reste. J'adorais absolument tout ce qui était du rap, anyway.

En 92, quand The Chronic de Dre est sorti en mode "fuck Eazy", j'étais dedans, bien sûr. J'étais dans le Predator d'Ice Cube aussi. Ils se sont réconciliés après leur beef mais j'étais pas au courant. J'avais jamais écouté l'album de NWA, pour moi c'était les Ministère A.M.E.R cainris, plus ou moins. Mon vrai premier choc NWA est arrivé au cinéma, en 1993, quand on est allés voir Menace II Society. La scène avec Too $hort, derrière c'était "Dopeman" tiré de Straight Outta Compton. Caine cuisine sa dope, gros plan sur l'eau qui chauffe, la flamme qui s'allume, la coke dans la jarre. Gestuelle ultra cool, regard perçant et T-shirt propre, bref on était fourrés grave comme chacun sait. Il fallait que je retrouve cette chanson. C'est marrant… la chanson dit "If you smoke 'caine you're a stupid motherfucker" et à la fin du film ils fument Caine. »


AELPEACHA

« "Gangsta Gangsta" est à mettre au Panthéon. Strong beat, Ice Cube au top du storytelling et Eazy-E en straight/dealer - street/finish, on fait pas mieux pour moi. La pochette de Straight Outta Compton, une tuerie, best cover ever.

J'ai eu l'album sur le tard, début 90, et ma claque c'était donc "Gangsta Gangsta", "If It Ain't Ruff", "Dopeman"... Les autres, sans plus. Le son de Straight Outta Compton était encore un peu préhistorique pour mes oreilles reggae. Mon album préféré reste Niggaz4Life : l'essence de leur son dans celui-là c'est le P-funk, la soul, des refrains chantés... c'est la genèse de tout ce qui va venir de L.A. jusqu'au tournant de Chronic 2001.

Avec deux Maximator et Niggaz4Life dans le walk-man, je peux tuer au moins 3 personnes sur les Grands Boulevards. C'est de très loin mon groupe préféré. Mais sans Eazy-E, c'est juste un low ride en 3 wheel motion. C'est spectaculaire certes, mais tu fais pas une ride complète comme ça. NWA, ce sont les sons de Dre qui tabassent, un Ice Cube qui déboule comme un taureau, un Eazy-E qui te met en orbite avec sa voix et son style qu'en a rien à foutre et un Ren qui en finit de t'achever de son cynisme et son flow qui cogne chaque caisse claire. C'est le monde du divertissement poussé à son paroxysme, une vraie drogue musicale. Certains parlent beaucoup de Crack Music, et bien NWA c'était de la vraie Crack Music. Pas de NWA, pas de GTA. Entre autres...


Dans les années 90, on vivait le truc, on ne se posait pas la question de savoir si c'était historique ou pas. On attendait juste la prochaine bombe, le prochain album, le prochain single, le prochain remix, le prochainbBeef. Et puis est venu ce truc Tupac/Biggie... On était dedans parce que Tupac, parce que Death Row. Avec toute la qualité de rap que ça comporte... Mais au fond, le cœur n'y était plus trop. La magie pour moi c'est le son de 91 à 94, de Niggaz4Life à Bone-Thugs-N-Harmony en passant par The Chronic, Uncle Sam's Curse, Doggystyle et bien sûr notre outsider préféré à la chevelure d'apache Tree Top Piru, DJ Quik.

La mort de Tupac a mis un terme assez violent à tout ça. Parallèlement, Snoop finit chez No Limit Records et on donne Dre pour fini, terminé, mort. Puis il fait le mariage musical East/West (commencé sur The Firm) avec Chronic 2001 et relance tout le game Rap/RnB. Je pense que c'est là où on a vraiment commencé à l'ériger en légende vivante. Additionné à la mort de Eazy, ça faisait beaucoup de légendes pour un seul groupe, donc NWA a repris de sa superbe lors de la déferlante 2001 et le Up in Smoke Tour. Cube a une très belle carrière, mais jene suis pas sûr qu'on parlerait autant de NWA si Dre n'avait pas fait 2001.

Le monde a compris que c'était LE producteur n°1 et ça lui a permis aussi de remettre Eazy à sa place de grand manitou concepteur. Avec le beef de l'époque, la lumière streetique était sur les Real Compton City G'z, mais la lumière médiatique était sur Death Row, Dre, Snoop, Tupac, donc Eazy est mort un peu dans l'oubli des médias. Hormis le disque de Yella et le single de Bone, il n'a pas été célébré en bonne et due forme par les membres de NWA. Après The Chronic 2001 et les guerre d'ego aux oubliettes, André a souvent donné une tribune à Eric, des hommages... Je pense qu'ils avaient beaucoup de respect l'un pour l'autre. J'aurais aimé rider une journée avec ces deux déconneurs... »


Le film Straight Outta Compton sort en France le 16 septembre.

Yérim Sar est sur Twitter.