Frédéric D. Oberland n'a pas encore fini de parcourir le monde

Le frontman d'Oiseaux-Tempête vient d'accoucher d'un nouveau projet qui mêle photographie et musique.

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nov. 18 2015, 2:00pm


Photo : Nicolas Despis

« Hyperactivité, nom féminin : État d'activité constante et d'instabilité de comportement. »

Ôtez la notion d'instabilité à cette définition avancée par l'intemporel dictionnaire Larousse, et vous obtiendrez un bon résumé de la carrière de Frédéric D. Oberland. Au cours des dernières années, il a pris part à FOUDRE!, Oiseaux-Tempête, Le Réveil des Tropiques et à de nombreux autres projets aux intitulés emplis d'errance et de voyages. Aujourd'hui, ce musicien et photographe basé à Paris nous gratifie d'un album composé de six titres, accompagné d'un photozine réalisé par ses soins.

Visible/audible aux Balades Sonores tout au long du mois de novembre, ce curieux objet s'intitule « Peregrinus Ubique » – référence à une citation de Pétrarque, qui signifie « voyageur partout », mais aussi « étranger partout ». Rendu possible par la collaboration entre Gazzar(r)a, société de microédition, et VoxxoV, ce disque visuel est limité à 250 exemplaires, disponibles ici. On a été rendre visite à Frédéric pour en savoir un peu plus sur cette bizarrerie automnale.

Noisey : Au début du tout premier morceau, on entend une porte se fermer, puis des bruits de pas – comme si quelqu'un débarquait dans un appartement. Alors que ton projet semble s'articuler autour du voyage, n'est-ce pas contradictoire ?
Frédéric D. Oberland : C'est marrant, parce que cette ouverture me paraissait naturel en fait. Le voyage n'est pas simplement le départ, l'utilisation de moyens de locomotion – on peut voyager tout en restant chez soi. Alors oui, mes field recordings et mes photographies sont surtout issus de séjours à l'étranger, mais cela ne doit pas constituer l'unique définition de ce qu'est « le voyage ». Aujourd'hui, avec la consommation de masse, le voyage est devenu un moyen de se changer les idées. La notion de performance y est omniprésente. Je m'inscris à rebours de cette tendance.

L'utilisation de nombreux instruments vernaculaires, comme le bouzouki, entre-t-elle dans ce cadre ?
Pour tout te dire, j'ai avant tout voulu sortir de ma zone de confort. J'en veux pour preuve mon utilisation du pantophone d'Altagor, qui est un instrument « français » – une sorte de caisse de résonance à cordes pincées ou frottées avec lequel on peut créer de multiples sonorités. J'ai la chance d'avoir pu accéder à des objets assez uniques. Le pantophone m'a été prêté par une galerie, tandis que Stéphane Pigneul – membre, entre autres, de Oiseaux-Tempête – m'a filé le bouzouki que tu évoques.


Photo : Pamela Maddaleno

Comment as-tu appréhendé le passage d'un travail de groupe à un projet solo ?
Je n'y ai pas vraiment réfléchi. Au début de ma carrière, j'enregistrais des musiques de films. Je bossais tout seul, j'ai appris à composer de cette manière, d'ailleurs. Le travail de groupe m'a surtout permis de comprendre comment une communauté était susceptible de faire naître et de partager une certaine énergie. J'ai abordé Peregrinus Ubique comme j'abordais mes premiers enregistrements. J'ai procédé par couches successives, certaines étant improvisées, d'autres pensées en amont. Pour ce projet, le plus difficile a été de trouver la note adaptée. Si tu écoutes bien, un do dièse est présent du début à la fin. C'est cette note qui m'a posé problème, et c'est par hasard que je l'ai « découverte ». Des potes de FOUDRE! avaient laissé dans mon appartement un tuyau d'orgue, qui correspondait à un ré. À force de le laisser trainer, ce tuyau s'est cabossé, et ça a changé la note – qui est devenue un do dièse.

Avec Oiseaux-Tempête, vous aviez repris le thème de Scarface. Aujourd'hui, tu persistes dans la création de morceaux très filmiques.
Il est vrai que les différentes plages de Peregrinus Ubique ressemblent à ce que proposent certains compositeurs de musiques de films, avec l'idée omniprésente d'un mouvement à peine perceptible. En réalité, c'est en trouvant ce do dièse que j'ai remarqué à quel point cette note véhiculait des émotions que l'on retrouve dans le domaine cinématographique. En mineur, on a affaire à une tonalité mélancolique, alors qu'en majeur, on se situe dans le champ musical de l'appel mystique. Toi, tu parles de morceaux « filmiques ». Moi, je dirais que l'on est très proche de la nocturne n°20 de Chopin.

Le jeudi 19 novembre, rendez-vous aux Balades Sonores pour un showcase gratuit avec FOUDRE!, et le 26 novembre avec Christine Ott.

Vous pouvez vous procurer un exemplaire de « Peregrinus Ubique » sur ce lien.