La Ramasse Pour Tous

USA 2016 - France 2017 : les soutiens musicaux des candidats aux élections présidentielles.

par Genono
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15 février 2016, 10:45am



À chaque présidentielle, les candidats français prennent un malin plaisir à s'afficher avec des chanteurs en errance dans le but de récolter quelques voix supplémentaires. Doc Gynéco ou Faudel avec Sarkozy, Diams avec Ségolène Royal, Joeystarr avec Olivier Besancenot, voire des associations de pure science-fiction comme George Moustaki et Philippe Poutou, ou encore Björk et Eva Joly. La plupart du temps c'est dégradant pour tout le monde : le candidat, qui s'affiche avec des artistes qu'il n'aime pas ; l'artiste, qui se met à dos la moitié de son public et qui se fait jeter comme une ordure dans les mois qui suivent l'élection ; enfin et surtout, l'électeur, qui est clairement pris pour un imbécile.

Le constat est à peu près le même aux États-Unis, à la différence que les américains ont une tendance naturelle à la démesure, et un vériable sens de l'entertainment. En gros, le principe est le même, avec une légère nuance : l'électeur est pris pour un imbécile, certes, mais au moins on lui offre du spectacle. La dernière édition des présidentielles offre, comme tous les quatre ans, son lot de soutiens improbables, et l'occasion de découvrir la fibre politique insoupçonnée d'artistes comme Lady Gaga, Snoop Dogg ou Mariah Carey. Petit tour d'horizon des soutiens musicaux des principaux candidats à l'investiture présidentielle :

BERNIE SANDERS



Comme souvent, c'est le génial Jon Stewart qui a le mieux résumé la candidature de Bernie Sanders : « nous sommes telle­ment habitués à des candi­dats asep­ti­sés que l'authen­ti­cité de Sanders s'apparente à de la folie ». Le candidat « le plus à gauche », et principal rival d’Hillary Clinton dans la course à l'investiture démocrate, traine évidemment derrière lui une belle nuée de mouches attirées par ses idées d'égalité, de gratuité des universités, et d'augmentation des petits salaires. Des principes simples qui séduisent l'électorat jeune autant qu'elles dégoutent les conservateurs -qui n'hésitent pas à le traiter de communiste- et qui retiennent forcément l'attention des grands humanistes qui se cachent dans les hautes sphères de l'industrie du disque.

La liste est longue comme un bras, très éclectique, et beaucoup moins mainstream que celle d'autres candidats. Si l'ensemble des musiciens soutenant Bernie se réunissaient pour une compilation, le succès serait probablement plus critique que commercial. Au hasard : Duke Robillard, Brian Baker, Corky Siegel, Bob D’Amico, les Red Hot Chili Peppers, Jello Biafra, ou encore Killer Mike. Ce dernier est même allé bien plus loin qu'apposer une simple signature en bas d'une liste de soutien et s'est distingué en s'impliquant activement à ses cotés, entre discours et dégustation de poulet frit. Si Bernie Sanders n'est pas élu, espérons au moins qu'il envisagera de faire fructifier ses contacts artistiques pour monter un label qui, pour le coup, aurait plutôt de la gueule.

HILLARY CLINTON



La pauvre Hillary a longtemps été considérée comme la « femme de », humiliée par l'affaire Lewinski, et dont l'image publique a été résumée en cinq mots par Rohff : « tu sais pas pé-pom, comme Hillary ». Mais comme dans tout bon scénario hollywoodien, l'heure de la revanche a désormais sonné. Favorite à la présidence, elle peut compter sur tout un tas de suceurs soutiens de la part des plus gros poids lourds de l'industrie musicale, de Lady Gaga à Beyoncé, en passant par Katy Perry, Cher, Jon Bon Jovi, Pharell Williams, 50 Cent, Stevie Wonder, Snoop Dogg, et même Kanye « sourire à l'envers » West.

Monsieur Kardashian semble être bien plus qu'un simple appui pour Hillary, puisqu'elle a récemment émis l'idée -complètement farfelue mais malheureusement réaliste dans ce pays- de lui confier le poste de vice-président. Simple boutade, ou manipulation à la House of Cards dans le but d'écarter Kanye de la course à la présidence 2020 ? Quoi qu'il en soit, l'éventuelle grande compilation de soutien à Miss Clinton pourrait entrer dans la légende façon « We Are The World » -en utilisant les bénéfices pour financer sa campagne plutôt que pour aider les enfants des pays pauvres. On imagine déjà le featuring incroyable entre Ricky Martin et 50 Cent, avec Cher au refrain.


MARCO RUBIO



Fils d'immigrés cubains, le bon Marco rêve de devenir le premier Président latino des États-Unis. Un peu sur le même modèle qu'Obama -un mec issu d'une minorité, qui a gravi les échelons politiques en quelques années seulement- mais en Républicain, et surtout, en moins hip-hop friendly. Il n'hésite cependant jamais à prendre position sur des sujets qui divisent, comme lorsqu'il a expliqué préférer Tupac à Biggie, ou qu'il a classé « Straight Outta Compton » parmi ses chansons préférées. Malgré ce profil plutôt séduisant, les soutiens musicaux de Marco Rubio se comptent sur les doigts de pieds d'une vache : Babyface, Johnny Van Zant (chanteur de Lynyrd Skynyrd)... et officiellement, c'est tout. Il y a bien Jenna Jameson, mais c'est une actrice porno, pas une chanteuse. Ceci dit, Clara Morgane et Paris Hilton se sont toutes deux lancées dans la chanson, donc on peut aisément imaginer un trio Babyface - Van Zant - Jenna en concert pour la soirée d'investiture à la Maison Blanche.

JEB BUSH



Parce qu'une course à la présidentielle sans membre de la famille Bush c'est franchement monotone, Jeb a pris le taureau par les couilles et a déposé sa candidature aux primaires républicaines. Pas franchement différent de son père George H.W et de son grand-frère George W, le 43e Gouverneur de Floride se montre tout de même un brin plus ouvert sur la question de l'immigration. Il faut dire qu'il est marié avec Columba Garnica de Gallo, une mexicaine naturalisée qui doit lui mettre de sacrés coups de pression à la maison. Malgré cela, Jeb Bush est supporté par des gens... qui lui ressemblent : de bons gros cowboys patriotes. Sachant que la grosse majorité de ces boeufs a suivi Donald Trump, plus grand monde n'ose s'afficher à soutenir publiquement la famille Bush, si ce n'est Toby Keith, chanteur de country qui joue pour les troupes et qui met un point d'honneur à toujours faire apparaitre le drapeau étoilé dans chacun de ses clips. En grattant un peu, on peut aussi compter Ja Rule, qui est officiellement dans le camp d'Hillary Clinton, mais qui a tout de même déclaré : « Jeb Bush est un bon candidat ».


DONALD TRUMP



On n'a plus vraiment besoin de présenter Donald Trump, mais il est toujours bon de rappeler que ce mec porte le même prénom qu'un canard qui passe son temps à se balader cul-nu, ce qui situe tout de suite le niveau politique du bonhomme. Parmi ses soutiens artistiques, le même genre de sudistes qui ont soutenu depuis trois décennies la dynastie Bush : Loretta Lynn, Wayne Newton (a.k.a Mr Las Vegas) ou l'infernal Ted Nugent, qui tente depuis des années d'incarner « les valeurs de la chasse et du patriotisme américain », et qui est connu pour être un fervent défenseur de la peine de mort, du port d'armes, et du port du chapeau de cowboy.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, Azealia Banks préfère Trump, mais uniquement parce que selon elle, « seul un diable peut diriger un pays diabolique dominé par le capitalisme, la consommation et le racisme », ce qui est probablement l'argument le plus lucide qu'on ait entendu dans toute la campagne du mec. Bon, le truc vraiment marrant avec Donald Trump, c'est qu'il y a quasiment plus d'artistes qui lui ont interdit d'utiliser leurs chansons pour sa campagne que de soutiens publics affichés. Adele, Aerosmith, Neil Young ou encore REM se sont ainsi opposés à voir leurs titres joués lors de ses meetings. Là où ça devient génial, c'est que Donald n'en a absolument rien à foutre, ce qui est clairement la qualité principale de tout bon président US.

ET EN FRANCE ?

Comme on le disait en introduction, la France est souvent à la traine sur l'entertainment, se contentant de prendre Faudel dans le rôle de l'arabe de service, alors qu'un bon Samy Naceri complètement défoncé aurait dix fois plus d'impact. Comme nos candidats nationaux manquent bien trop souvent d'imagination, voici quelques propositions pour les aider à mettre à profit leurs meilleurs soutiens musicaux.

JEAN-LUC MÉLENCHON



Jean-Luc, c'est le genre de mec qui plait aussi bien aux classes populaires qu'aux bobos effarouchés. En somme, Jean-Luc, c'est un peu la version politique de PNL. Inspiré par la stratégie de non-communication des deux frangins des Tarterets, il arrête les meetings, tourne ses clips de campagne à Naples, et refuse tout débat en public. Il pousse même le vice jusqu'à se lisser les cheveux, porter des t-shirts moulants, et se mettre à la musculation. Tout fonctionne tellement bien que Mélenchon récolte des louanges de toutes parts : OKLM diffuse ses vidéos, l'Abcdrduson lui consacre une émission spéciale, Le Monde, Madmoizelle et The Independent décryptent le phénomène. Fascinée par le personnage, Christine and the Queens lance une campagne de soutien via ses réseaux sociaux. Le 7 mai 2017, elle devient la Première Dame de France. Entre nous, Christine Mélenchon, ça a quand même beaucoup plus de gueule que Carla Sarkozy.

MANUEL VALLS



Même si la course à la présidentielle 2017 n'est pas encore officiellement lancée, Manu compte pour l'instant beaucoup plus de détracteurs que de soutiens dans le domaine artistique - pour tout dire, jusqu'ici, le mec le plus classe de la liste, c'est Kendji Girac. Lancé dans une croisade politique pour la défense des valeurs de la République, l'actuel Premier Ministre pourrait tenter de rapatrier tous les chanteurs exilés pour des raisons fiscales, et se créer une dream-team de patriotes : Florent Pagny, Johnny Hallyday, Michel Polnareff ou encore Patricia Kaas. Le 23 avril 2017, Valls est battu dès le premier tour de la présidentielle, déchu de sa nationalité française, et condamné à l'exil. Il trouve refuge en Espagne, son pays natal, se lance dans la chanson en featuring avec Kendji Girac, et se venge des français en squattant les ondes avec des tubes de merde pendant tout l'été 2018.


NICOLAS SARKOZY



Faudel, donc, mais aussi Enrico Macias, Doc Gynéco ou Gilbert Montagné ... Pour un mec qu'on s'est empressé de surnommer « le Président bling-bling », la liste de ses soutiens est quand même bien fauchée. Inspiré par Obama, Nico pourrait miser sur le capitale sympathie du hip-hop, en s'entourant de Kaaris, qui le trouve fascinant et le considère comme « la plus grosse caillera de France », allant même jusqu'à le comparer à Tony Montana, ce qui est clairement le plus grand compliment possible de la part d'un rappeur français. Le grand chantier de l'ex-président pourrait ainsi être de réconcilier Booba -le rappeur de droite par excellence- et Kaaris, ce qui serait une démonstration éclatante de ses capacités diplomatiques. Et puis, Sarko pourrait ainsi impliquer son fiston Pierre, dit DJ Mosey, ami de Puff Daddy, un autre roi du bling-bling et de l'entertainment.

PATRICK SÉBASTIEN



Les États-Unis ont Kanye, la France aura Patrick. Perpétuant la grande tradition des artistes se lançant en politique, le beau Patou pourrait profiter de son aura populaire pour fédérer autour de lui la France joyeuse, celle qui préfère un bon apéro à une boite d'antidépresseurs. Encouragé par l’intelligentsia du petit écran (Cyril Hanouna et Philippe Bouvard en tête), par les ténors de la chanson française (Cartman ou encore Annie Cordy), et encouragé par le lobby des Patrick (Bruel, Juvet, Fiori), Patoche sonne la révolte. Il transforme les meetings politiques en bals dansants, promet d'interdire la mauvaise humeur, et d'autoriser le topless en public. Bien lancé dans la course à la présidentielle, tout s'écroule quand Alkpote révèle le passé libertin de Patrick.

MARINE LE PEN



C'est indéniable : Marine plaît aux classes populaires et à une bonne partie de l'électorat « déçu par les autres partis ». Seulement, remporter une élection, c'est comme vendre un album : il ne faut pas se contenter de satisfaire sa fan-base. Il faut aller chercher le public, et le forcer à vous aimer d'une manière ou d'une autre. Pour ce faire, rien de tel que de collaborer avec des artistes qui pourront vous apporter de la visibilité auprès de leur public. Et quel est l'artiste le plus populaire auprès des jeunes non-votants ? Jul, évidemment. Et Jul a un grand souci : il est beaucoup trop gentil, il est absolument incapable de dire non. Résultat, quand Marine vient le chercher, il n'arrive pas à refuser, malgré son dégoît profond pour les idées du parti nationaliste. En quelques mois, le FN explose les scores des sondages comme Liga One a explosé les charts. A quelques semaines du premier tour, le Marseillais quitte pourtant le navire bleu-marine et lance son propre parti, en totale indé : D'Or et de Démocratie. Le 7 mai 2017, Jul est élu avec 84 % des voix. Il défile sur les Champs en cross volé, prononce son premier discours en survêtement de Chelsea, et remixe « La Marseillaise ». Merci Marine.

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