Existe-t-il des morceaux dance avec des paroles valables ?

Mais surtout : est-ce vraiment un problème ?

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20 janvier 2016, 1:25pm



Existe-t-il des morceaux dance avec des paroles valables ? S'il faut répondre très rapidement, la réponse est « non ». S'il faut répondre plus longuement, la réponse sera toujours « non » mais avec quelques « mais » et un ou deux « peut-être ».

Lorsque vous étiez plus jeunes, plus naïfs et que vous tentiez désespérément d'établir un contact avec le monde, les paroles de vos morceaux préférés signifiaient tout pour vous. C'était une forme de poésie à part entière. Votre poésie à vous. Et puis un jour, votre carte 12-25 a expiré et vous avez réalisé que tout ça était, au mieux, terriblement maladroit, au pire, atrocement complaisant. Les adolescents voient la poésie comme quelque chose de mystique, comme une manière d'élever leur conscience à des hauteurs insoupçonnées. Mais en vieillissant, vous réalisez que ces hauteurs sont, en vérité, délimitées par un plafond composé de grandes tartines de merde et, déstabilisé par cette découverte, vous trébuchez et tombez dans les abîmes sans fond de la vie adulte.

S'il y a bien un type de personne auquel vous ne devez en aucun cas faire confiance, ce sont les adultes qui continuent à bloquer sur des paroles de chansons. Ou des « songwriters de génie. » Qui se pointent au bar en T-shirt Bob Dylan. Qui, dans n'importe quelle conversation, sont capables de vous glisser une référence à Taxi Girl, Noir Désir ou NTM. Et qui ne valent pas mieux, au final, que ceux dont l'unique talent se limite à ressortir inlassablement des lignes de dialogues des Simpsons ou des sketches de Jamel Debbouze. Parce que dans un cas comme dans l'autre, ce sont des types dont la vie se base sur la référence et non sur l'expérience. Les paroles de chanson, se sont des mots et une voix, dans un contexte précis. Et c'est très bien comme ça. Lisez ces paroles et elles perdront tout leur intérêt, tout leur impact et toute leur pertinence. Ce seront juste des mots sur du papier. Alors que dans leur contexte initial, elles ont le pouvoir de vous arracher le coeur et l'estomac.


Ce qui nous amène à la question posée plus haut : « Existe-t-il des morceaux dance avec des paroles valables ? » Retranscrites sur un morceau de papier, les paroles des morceaux que vous entendez en club sont absolument ridicules. Mais elles n'ont pas été écrites pour être lues sur un morceau de papier. Elles ont été écrites pour un titre dont la fonction première est de retourner des milliers de personnes amassées dans un entrepôt. Elles n'ont donc rien à voir avec de la poésie, mais elles n'ont rien à voir non plus avec les paroles d'un morceau pop traditionnel. Elles peuvent très bien vous faire rire ou pleurer mais elles sont là avant toute chose pour vous faire danser. Et si ces paroles vous empêchent de danser, on a un problème. Un gros, gros problème.

Depuis l'âge lointain où nous avançons vers l'inconnu armés de lances, où nous dessinions des animaux sur les murs de grottes en Dordogne, où nous mangions des chèvres crues à pleines mains en attendant patiemment que les Grecs ne créent le concept de divertissement et que les Romains n'inventent le chauffage, nous dansons. Danser toute la nuit au son d'un beat immuable est une activité que nous pratiquons depuis des centaines de milliers d'années. Et on n'a jamais eu besoin de paroles pour ça. Et c'est une des raisons pour lesquelles aucun morceau dance sorti après le « On And On » de Jesse Saunders n'a eu de paroles valables.

Les paroles de morceaux dance se divisent en trois catégories. Et chacune de ses catégories est complètement merdique. Vous avez 1/ l'Ordre, 2/ la Discussion Entre Fonce-dés et 3/ le Grand N'importe Quoi. Intéressons-nous un instant à ces trois catégories.


L'Ordre est indiscutablement la plus simple des trois. Elle regroupe tous ces titres qui vous demandent inlassablement de JACK YOUR BODY, de MOVE YOUR BODY, de JACK TO THE GROOVE OF THE BEAT WITH YOUR BODY ou de MOVE TO THE JACKING BEAT TOUT EN SUIVANT LE GROOVE DE VOTRE BODY, JE VOUS EN CONJURE. Pourquoi ces ordres ? Parce que vous êtes motivés, remontés à bloc et probablement sous substances et qu'il y a donc de grandes chances que vous y obéissiez aveuglément. Quand Paul Johnson vous demandera de GET DOWN, vous le ferez. Quand Byron Stingily vous invitera à C'MON GET UP, vous le ferez aussi. En club, vous ferez tout ce que ces morceaux vous demanderont. Mais quand vous rentrerez chez vous et que vous écouterez à nouveau ces morceaux, vous n'y entendrez probablement qu'une suite d'injonctions absurdes et passablement débiles. Le genre de trucs qui n'ont de sens qu'en club ou dans une discussion entre deux types défoncés. Ce qui nous amène à la deuxième catégorie.

La drogue n'a réellement d'intérêt que pour deux types de personnes : celles qui en prennent tout le temps et celles qui n'en ont jamais pris. Si votre consommation se limite, comme la plupart des gens, à quelques prises irrégulières ici et là, vous savez qu'il n'y a rien de plus chiant que les discussions sur la drogue et que les types qui glorifient ou, pire, intellectualisent leur consommation, sont les plus gros boulets du Système Solaire. C'est pour ça que les disques qui parlent ouvertement de ça sont ultra-ultra-ultra-ultra-chiants et que ceux qui en parlent en se planquant derrière un jeu de mots ou des références que seuls vos grands-parents ne comprendront pas sont encore pire.

Et puis il y a le Grand N'importe Quoi. Ce truc qui n'a ni queue ni tête mais que tu peux accepter comme tel parce que tu n'as plus 11 ans et que tu es en mesure de laisser passer des trucs aussi stupides que « It's a lovely day / And the sun is shining / Everywhere I go / I see children smiling » parce que le titre en question est un putain de classique. Ce genre de paroles sert à vous rappeler que vous êtes en club, isolés du monde réel, il sert à vous déconnecter temporairement du quotidien, il vous donne les clés pour transformer l'endroit où vous vous trouvez - un club dégueulasse, un entrepôt sordide - en un putain de paradis sur Terre.



En un mot comme en cent : il n'y a jamais eu de paroles valables sur un morceau dance. À part peut être « Just The Way You Are » de Milky. Et c'est très bien comme ça.


Josh est sur Twitter.