Tour de France : Brest

De Matmatah à Brutal Combat en passant par Alton Belton, Burial Vault et l'inoxydable Miossec.

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août 22 2014, 11:45am
Parce qu'à l'époque où les supermarchés vendent des bananes en sachet individuel, il est important de renouer avec ses valeurs et ses racines, nous avons proposé à des contributeurs Noisey et des invités de nous présenter une playlist exclusivement constituée d'artistes de leur ville d'origine, dans le cadre d'une rubrique intelligemment baptisée « Tour de France ». Après Bayonne, La Rochelle et Reims, direction Brest en compagnie de notre contributeur Donnie Ka.


GOOD FRIDAY

À vrai dire, je ne sais même plus comment j'ai récupéré le CD gravé de leur EP B.e.w.a.R.e, mais il m'avait tellement foutu sur le cul que j'avais emmerdé absolument tout le monde autour de moi en l'écoutant partout, tout le temps. Pendant un trajet en bus au retour du collège, j'en avais même parlé à mon connard de voisin, qui m'avait soutenu que Good Friday passait sur Europe 2. En fait, il avait confondu avec Good Charlotte. Je lui ai pardonné, vu qu'il avait une sœur qui était MÉGA-bonne. C'était la bonne époque. Ou la mauvaise, si vous ne supportiez pas le look baggy+tresses à élastiques dans les cheveux (celui du chanteur de Good Friday, en fait). Musicalement, c'était du sous-System Of A Down / sous-KoRn, avec des lyrics du genre « I want to piss on your eyes », et l'apport non négligeable d'une guitare chorusée et d'une snare qui sonnait comme une assiette en plastique. Parfait en tout point. Formé en 1997, le groupe a splitté en 2002 et certains des membres ont démarré des projets aux noms aussi improbables que Ys Theory ou Les As. Des années plus tard, j'ai uploadé cette vidéo en espérant déclencher un buzz interstellaire et un revival Nu-Metal. Comme vous le voyez, ça a pas mal marché.


MATMATAH

Quoiqu'en dise Matmatah, le quartier de Lambézellec valait le coup, surtout pour les fruits et légumes de chez Mauricette, ainsi que pour avoir donné naissance à des tarés dont l'activité principale consistait à boire (alcool, pisse, au choix) ou à jouer un hardcore sans concession et, Dieu merci, sans aucune référence à Converge, dans chaque skatepark qu'ils trouvaient (jusqu'en Belgique et aux States) : les légendaires Thrashington D.C. Quelques années plus tôt, des milliers de gens faisaient un triomphe à Matmatah dans cette bassine de gerbe format familial que sont Les Vieilles Charrues. Final grandiose sur « L'Apologie », un ska-zouk celtique totalement incohérent, avec au chant, Lestat, le vampire enculé par Ozzy Osbourne période Sabotage. Cela dit, ils ne sont pas si chiants que ça, en vrai. Solos de batterie ingérables, vrais/faux concerts d'adieux, annulations, rumeurs d'albums, condamnations, label perplexe : Matmatah pourrait presque être considérés comme des pré-Death Grips, si Zach Hill avait bossé dans une crêperie. Leur voisin était dans mon lycée et avait voulu me traîner à leur local de répétition. Au final, mon seul contact physique avec eux se résumera à avoir bousculé le chanteur à la sortie d'une séance du Retour Du Roi au Celtic. Ouf. L'honneur est sauf.


BLUE SHADES

C'est pas que je veuille absolument intégrer un groupe garage/pop 60's à la liste, mais ce morceau est vraiment bon, juré. Une reprise yaourt, speed et lo-fi parfaitement exécutée de « Suzie Q », qui rappelle Ty Segall, voire les défunts Harlem. D'après ce que je sais, les « Blue Shade's » (oui, avec la faute) ont passé 10 ans à jouer dans des bals avant de se séparer sans prévenir, complètement vannés. Dommage. Enfin, si la scène garage brestoise compte se rallumer pour arriver au niveau (minable) de celle de Rennes, comptez sur moi pour pisser dessus en essayant de l'éteindre. Les festivals Elixir et Rock Sur La Blanche n'existent plus mais l'esprit du rock est toujours vivant (comprendre : en soins palliatifs) au bar l'Horizon, tenu par Kim, réincarnation asiatique de Richard Ramirez, toujours ok pour un standard unplugged. Le bar est cool en plus, entre les dessous de verre décorés par les clients et la bande de pakistanais en train de jouer au mahjong dans l'arrière-cour. Niveau pop par contre, il reste plus grand-chose dans le coin, à part Im Takt/Falabella. Ah si, il y a aussi Bantam Lyons (excommuniés à Nantes pour une bonne raison, 44=44) et leurs morceaux sans aucune fausse note et sans aucune substance, qui ferait passer la scène stoner quasi-inexistante de la ville pour un truc excitant-si seulement elle n'était pas composée uniquement de plumeaux fans de Queens Of The Stone Age ayant fumé 2 joints dans leur vie.


THE NIGHT STALKERS

Je fais toujours la même blague sur The Night Stalkers : leur discographie entière dure environ 30 secondes. Des fois, j'ai vraiment l'impression qu'ils se sont formés juste pour vérifier qu'ils pouvaient jouer plus vite que Thrashington D.C. (et c'est probablement vrai). Le chanteur est le mec le plus infernal que je connaisse, et entre foutre le feu à son lit en étant défoncé aux pilules, demander du speed aux mères de familles pendant les tremplins de La Carène, faire une fellation à une banane moisie avant de la recracher sur les mecs de Coke Bust, je crois qu'il remporte sans problème le titre de Michael Jordan des potes foireux. En ce moment, je crois qu'il prévoit de tout arrêter et de monter un tribute band à Tommy Wright III-flingues compris. Il tient aussi un fanzine (Sex Before Suicide) qui recense par exemple toutes les affaires de meurtre et de pédophilie ayant eu lieu dans les environs de la Place Sanquer (et il y en a un paquet, putain). Jamais avare niveau sales plans, le reste du milieu punx de Brest a entretenu un quota respectable d'histoires invraisemblables et bien shlagées tout au long de son histoire, du nez cassé de Raskal des Collabos aux histoires d'amour placées sous le signe de la came. Aujourd'hui, c'est un peu plus calme, ça se partage entre Litovsk, qui font du post-punk, et Syndrome 81, qui font la gueule.


MIOSSEC

J'ai un peu honte mais je crois que mon premier souvenir musical est l'écoute de son album Baiser (tout s'explique). Légende invaincue de la liche, il démontre par A+B et 0+0 que la déprime n'est qu'une affaire de pull en laine et de sales gueules dans le clip de son tube « Non Non Non Non (Je ne suis plus saoul) ». Sa biographie, En Quarantaine, est franchement trop bien. On y apprend qu'il a joué au basket avec ces enculés de l'Étoile Sportive de Kerbonne, ou encore qu'il a eu un patch Gong collé sur son futal. J'ai accompli l'exploit de ne l'avoir absolument jamais vu en concert. Pour tout vous avouer, ça me fait un peu chier qu'une grosse pipe ait cru bon de peindre sa tronche en format géant sur un mur de la place Guérin, mais j’ai des tonnes de respect pour ce mec. Longtemps avant le running gag voulant que Brest soit l'équivalent français de Detroit (ok pour les cheminées d'usines et les voitures cramées, par contre, on n’a pas encore fait faillite, et notre âge d'or économique n'a pas eu lieu dans les années 50 grâce à l'industrie mais au XVIIIe siècle, quand la bourgeoisie de négoce régnait sur la Penfeld) et le slogan ultra-ploucos « Tout commence en Finistère », Miossec et Olivier Borel (qui, lui, formera Panzer Musik avant de décéder au début des années 2000. Ses cendres seront d’ailleurs dispersées à Ouessant par Christophe) définissaient parfaitement Brest pendant une interview de leur groupe de növos flippants Printemps Noir. L'Architecture stalinienne de la Mairie et de la Place de la Liberté leur donne raison à 100%.


BURIAL VAULT

Brest = Tampa ? Plus obscur que l'obscur, Burial Vault a eu le mérite de sortir 4 démos de pur Death floridien entre 91 et 93, au moment où tout le monde commençait à être lassé par Grip Steel et leur repompe des insupportables Judas Priest. Notons un line-up interchangeable gravitant autour de Fred Tari et Tonio Salaune, et des solos qui se terminent invariablement par un bend hurleur à la Obituary. En 2004, le flambeau sera repris de main de maître par Suddendeath, avant qu'un ampli 400 watts n'ait raison des finances du bassiste. Heureusement pour tout le monde, ils avaient pris le temps de sortir un EP aux titres pas du tout death et complètement hardcore de type « Express Your Hate » ou « Pissed ». La force, l'unité, et aucune concession niveau look : soit un T-shirt Puma, soit un pull en laine (toujours).


NICO

J'ai beau ne pas pouvoir piffrer sa musique en règle générale, à chaque fois que j'écoute ce morceau, j'acquiesce lentement, l'air perdu. Je m'imagine au concert qu'elle a donné au Stella, un ancien cinéma poussiéreux avec une scène tout en parquet qui grince. L'ambiance devait être comme Nico : mortellement chiante et droguée. Les deux seules exactes raisons d'aimer Nico, en fait.


ALTON BELTON

Il y a légèrement moins de stars de la techno ayant vu le jour à Brest qu'à Détroit, mais la ville peut se targuer d'être le lieu où se déroule le plus ancien festival de musiques électroniques de France : Astropolis. Ils ont d'ailleurs fêté leurs 20 ans cette année, avec un max de conférences et d'expositions. J'ai toujours pas compris comment ils ont fait, mais à AUCUN moment n'a été évoquée la quantité effarante de drogues ingérée par les personnes impliquées de près ou de (très) loin dans l'histoire du festival. Chapeau. Pour moi, l'un des highlights du festival fut sans hésiter le off Nazeem In The Street en 2011 : une rue entière bloquée pour que des mecs puissent graffer, le soleil, les potes qui jouaient. Dont Alton Belton. C'était l'époque où il se faisait encore appeler Recou 87 (d'après Recouvrance, le quartier où les deux attractions principales sont un distributeur de seringues et une pizzeria qui, même à 4 heures du matin, pourra vous servir si vous foutez un coup dans le rideau de fer), il sortait juste d'une période deep dub/samples de mouettes. Il avait un peu moins de drum machines chelous et un peu moins de cheveux blancs. Aujourd'hui, il a sorti un EP de techno étrange sur mon label, il compose aussi de la new wave et des trucs presque kraut, on fait parfois des sets ensemble (que j'écourte toujours en passant « Bodybuilding » de Ich Bin), et il se prépare à une année faste avec les srabs de BR│ST.


BRUTAL COMBAT

L'un des premiers groupes de RAC français venait effectivement de Brest. J'ai jamais entendu quelqu'un le dire fièrement, par contre. Brutal Combat a au moins eu le mérite d'obtenir le statut de « classic shit » chez les fafs, qui aujourd'hui encore postent des messages admiratifs (et remplis de fautes, comme toujours) sous leurs vidéos YouTube. Rebelles Européens, l'un des plus importants labels de rock suprémaciste blanc, fut fondé ici-même par leur manager (et militant du PNFE), Gaël Bodilis, qui a sorti les champions du genre : Légion 88, et même, proximité avec l'Angleterre aidant, plusieurs albums de Paul Burnley. Connaissant les antifas brestois, je ne suis pas sûr qu'ils l'aient laissé profiter du prestige et de la renommée de son label. Déjà dans les années 80, il se cachait derrière une coupe casual, mais depuis 97, il a l'air d'être devenu carrément transparent.


FOLKDOVE

Je peux finir de me la jouer avec ce groupe : mon oncle jouait dedans. Pourtant, j'ai pas été foutu de le savoir avant que les allemands d'Amber Soundroom ressortent leur LP en 2003 - en leur filant environ zéro royalties, si j'ai bien compris. Pur produit des rassemblements bretons où le désormais classique pull en laine était complété d'un bonnet en laine et d'un pantalon en laine, Folkdove tient sans problème la comparaison (assez évidente) avec Pentangle, Tristan de Lyonesse ou encore Clive Palmer. Sans déconner, je ne connais pas beaucoup de gens qui se démerdent pour fabriquer leurs propres instruments traditionnels, sauf bien sûr Trey Spruance et Wilburn Burchette (bon, ainsi qu'une palanquée de nerds qui n'intéressent personne). Le vinyle original, sorti sur Disques Iris (meilleur label de Milizac avec Totem Cat Records), possède une déco au poil : bougies, champignons, schémas explicatifs du Psaltérion à Archet et de la Cromorne de la Renaissance, et insert avec une chouette photo d'église dans les Monts D'Arrée. Aujourd'hui, il se vend à 700 boules sur Discogs. La seule fois où j'ai évoqué le sujet devant lui, mon oncle avait l'air de s'en méga-foutre. Possible aussi que sous son air interdit, son cerveau soit en fait en train de préparer un plan infaillible pour plonger l'intégralité de l'Allemagne dans un hiver nucléaire sans fin.


Donnie Ka ne parle pas autant dans la réalité, on vous rassure. Il est sur Twitter - @shjjjtlizard


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