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Little Big sont les Die Antwoord russes

Ils prétendent avoir créé leur propre style, qu'ils ont baptisé « Funeral Rave » et qui consiste en un mélange entre les films de Rob Zombie et des chants de lutte syndicalistes.

Dan Wilkinson

Un soir, très, très tard dans la nuit, alors que je me débattais une fois de plus avec les profondeurs de l'internet, j'ai découvert l'équivalent russe et désaxé de Die Antwoord. Ils s'appellent Little Big, et on trouve dans leur vidéo « Everyday I'm Drinking », du dubstep, des nains, des clowns, et des ours qui se font enculer. Soit -si l'on excepte l'absence regrettable de toute scène de mec bourré au volant- exactement TOUT ce qu'on attend d'un clip russe.

Après avoir vérifié que ce que je venais de voir était bien réel et pas juste une misérable blague, j'ai découvert que le groupe avait été fondé par Ilya Prusikin. Si vous n'aviez jamais entendu parler de lui, sachez qu'il s'est précédemment illustré en rappant déguisé en Staline. Little Big n'existe que depuis quelques mois mais ils font déjà partie de mes plus virulentes terreurs nocturnes. Le groupe compte quatre membres et quelques invités récurrents, parmi lesquels un « clown millionnaire. » Ils prétendent avoir créé leur propre style, qu'ils ont baptisé « Funeral Rave » et qui consiste en un mélange entre les films de Rob Zombie et des chants de lutte syndicalistes.


Voic la photo de presse de Little Big :


Il semble évident que si vous ne partagez pas cet article avec au moins 11 de vos amis, une de ces personnes apparaîtra au pied de votre lit ce soir, aux alentours de 4h du matin. En attendant que vous vous exécutiez, j'ai parlé via Skype avec Ilya et Olympia pour en savoir un peu plus sur Little Big. Ça a donné cette conversation en angais approximatif et au ton monocorde.

Noisey : C'est difficile d'avoir un groupe comme le votre en Russie ?
Ilya : Beaucoup de gens ne comprennent pas notre musique.



On ne peut pas vraiment leur en vouloir.
Ilya : Nous montrons quelque chose qu'ils refusent de voir : la face sombre et sale du monde. Mais on le fait que pour leur montrer qu'une autre vie est possible. Une vie meilleure.
Olympia : Little Big est comme un énorme reportage rave bada-boom russe. On essaie de révéler des niveaux de conscience dont les gens n'ont même pas idée.

En vous déguisant en ours ? Il y a une motivation politique ou sociale derrière tout ça ?
Ilya : La politique c'est la politique et c'est quelque chose de très compliqué. Nous, on fait juste de la musique.

Vous pensez quoi de Poutine ?
Olympia : Hmm... Je pense surtout aux gens que j'aime, comme ma famille, mes amis, mon groupe. Poutine, les gens le considèrent comme un tsar en Russie. Et les Russes aiment leurs tsars, autant qu'ils les haïssent et les craignent.

Vous pensez quoi de ce qui est arrivé aux Pussy Riot ?
Olympia : Pussy Riot n'a rien à voir avec la musique, et on en est tous conscients je crois. Nous, c'est différent. Mais il y a de la place pour tout le monde, même si on est diamétralement opposés.
Ilya : Ce qui leur est arrivé est horrible. Les gens devraient pouvoir faire ce qu'ils veulent. Ça a totalement dégénéré. L'image que les gens ont de la Russie aujourd'hui est désastreuse.


Que'est-ce qui vous plait en Russie ?

Ilya : C'est un super endroit pour la musique et l'art en général. Mais ici, on ne vous soutient que quand vous dépassez les frontières. Pour l'instant, on est juste « ce groupe à la Die Antwoord. »

Ça vous ennuie qu'on vous compare à eux ?
Ilya : Non, on est deux groupes qui aiment le son rave classique, mais on n'a rien à voir l'un avec l'autre. Après, les gens aiment comparer les choses.
Olympia : J'ai un respect et un amour total pour Die Antwoord et je suis heureuse de connaître Ninja personnellement. Mais je pense que nos idées et notre musique sont différents.

Vous écoutez quoi, à part les trucs rave ?
Ilya : Mes groupes préférés sont Cannibal Corpse, Nirvana et Die Antwoord.
Olympia : Le matin, quand je me lève, j'écoute des trucs comme les Red Hot Chilli Peppers ou Rammstein. Pendant la journée, ce sera plutôt Beethoven ou Mozart. J'adore Vivaldi. C'est un de mes compositeurs favoris.

Qu'est-ce qui vous inspire ?
Olympia : Tout. Il suffit de regarder autour de soi. Si l'on regarde les choses attentivement, on découvre toujours de nouveaux détails.

De quoi parle votre morceau « Everyday I’m Drinking » ?

Ilya : Des clichés sur la Russie. L'alcool, les ours qui s'enculent...

Les ours qui s'enculent ?!
Ilya : Oui, c'est satirique. Les animaux savages viennent souvent en ville pour chercher de la nourriture. Mais ce morceau parle surtout des clichés sur les Russes véhiculés par Hollywood.



Ok. Et c'est quoi le délire avec les clowns ?

Ilya : Ils symbolisent les vieux problèmes de la Russie qui continuent à nous faire peur. Les clowns sont flippants, tu ne trouves pas ?

Si, carrément. Vos morceaux sont plutôt déprimants...
Ilya : Nos morceaux sont supposés te rendre heureux, pas te déprimer. Nous sommes une grande famille, avec nos maquilleurs, nos réalisateurs, et nous faisons de notre mieux. Nous voulons juste montrer la vérité, montrer qu'une autre vie est possible.


C'est cool.
Ilya : Il y a tellement de problèmes dans le monde. Nous voulons dire aux gens qu'ils sont les seusl maîtres de leur destins. Les pays et les gouvernements ne sont pas aussi importants que ce qu'ils pensent. Les gens ont le pouvoir de faire ce qu'ils veulent.


Dan est sur Twitter - @keendang