Tour de France : Reims

Dans cette rubrique, un invité nous présente la playlist de sa ville. Aujourd'hui, notre stagiaire Sarah Mandois nous fait visiter Reims, de Soggy aux Shoes, en passant par Submerge.

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août 8 2014, 9:45am


Parce qu'à l'époque où les supermarchés vendent des bananes en sachet individuel, il est important de renouer avec ses valeurs et ses racines, nous avons proposé à des contributeurs Noisey et des invités de nous présenter une playlist exclusivement constituée d'artistes de leur ville d'origine,dans le cadre d'une rubrique intelligememnt baptisée « Tour de France ». Après Bayonne et La Rochelle, direction Reims, en compagnie de notre stagiaire Sarah Mandois.




Les Lionceaux - « Le Temps Est Long » L'infernale vague yé-yé a touché Reims de plein fouet, avec la formation à la toute fin des années 50 des Lionceaux, un groupe qui brillera au Golf Drouot et sur l'émission Âge tendre et Tête de Bois. Installés dans le créneau « Beatles locaux », ils enquilleront les reprises du Fab Four en français : « 4 Garçons dans le vent » (Hard Days Night), «Je Te Veux Tout à Moi » (I Wanna Be Your Man) ou encore «Je Ne Peux L'Acheter » (Can't Buy Me Love). Coqueluches de Salut Les Copains, ils assurent même les premières parties de Johnny Hallyday et seront rejoints en 1964 par Herbert Léonard, sans jamais connaître la gloire des précités. Les fans des Lionceaux ne cassaient peut-être pas les fauteuils mais ces gars ont été assez puissants pour fonder leur propre groupe revival en 2005. Bouffez-ça, les Scarabées.



Soggy - « Waiting For The War »

La Marne a eu des allures de Michigan grâce à Soggy, cousins des Stooges et du MC5 de la rue Libergier. Réputés pour être le plus gros groupe hardos de la région, ils avaient cette sensibilité brusque typiquement champenoise de « gars sains et vigoureux » comme Bebs, leur chanteur, se plaisait à les décrire. « Waiting For The War » est leur morceau phare et son clip défonce tout : matez un peu ce savant mélange entre Iggy Pop (pour les pas de danse) et Mungo Jerry (pour la chevelure). Soggy se bat sur tous les fronts, milite pour la « Hard Wave », refuse de chanter en français et figure même aux côtés des Olivensteins et des Nouveaux Riches sur le compilation PAINK (French Punk Anthems 1977-1982) sortie chez Born Bad. Quelques-unes de leurs productions ont été rééditées, notamment leur album Slog repressé par Mémoire Neuve et le 45 tours Waiting For The War / 47 Chromosomes chez Cameleon Records. Des hommages mérité à un groupe qui s'est séparé trop tôt, en 1982, malgré des propositions pour assurer les premières parties de Judas Priest.



The Shoes feat. Antonin Ternant (Bewitched Hands On The Top Of Our Heads) - « The Wolf Under The Moon »Reims est passée du statut de ville de province passablement chiante à celui de nouveau berceau-branchouille d'en France. La nouvelle génération des Brodinski, Shoes et Yuksek a en effet redonné un peu de panache à une commune plus bourgeoise que bohème qui s'emmerdait sec et qui n'avait pas connu un tel niveau d'agitation depuis les bombardements de 1914. Qu'on apprécie ou non leurs productions, c'est grâce à ces types que vous ne confondez plus Reims avec Rennes ou Rouen. Voilà un morceau 100% rémois, hyper efficace, collaboration entre les Shoes et le chanteur des Bewitched Hands On The Top Of Our Heads (un groupe qui ressemble à Arcade Fire, en mieux). Consanguinité maximum pour un rendu optimal : à Reims le génie est protégé et tout se fait en interne. Par contre, arrêtez deux secondes avec Woodkid, ce mec n'a rien à voir avec nous, il est né à Lyon.




Submerge - « In Gold We Crush »

Je vais être honnête : c'est mon rédac-chef qui m'a conseillé ce disque et le fait est qu'il a visé juste. Submerge a bien choisi son nom : « In Gold We Crush » tient de l'exercice en eaux profondes, on nous engloutit sous une première vague de riffs ultraviolents, grognements de kraken inclus, avant de recevoir en pleine face un écho rythmique surpuissant. Un morceau idéal pour une simulation de noyade réussie. À noter que le guitariste du groupe n'est autre que Phil Kieffer, pilier de la scène underground rémoise à qui l'on doit notamment le fanzine Burn Out, la distro du même nom et une palanquée de concerts à la MJC Le Flambeau.






Le Festival des Musiques de Traverses

Une prestation exceptionnelle de This Heat en 1982 et à l'affiche, de 1979 à 1986, en vrac : Fall Of Saigon et Pascal Comelade, Tuxedo Moon, Massacre, The Saints, Joseph Racaille, Lol Coxhill, The Raincoats, Lemon Kittens, David Thomas de Pere Ubu, Eyeless in Gaza, Debile Menthol, Complot Brunswick, Ausweis, Etron Fou Leloublanc (!), Trisomie 21, Mick Hobbs de The Work, Skeleton Crew, Mecano, Kas Produkt, Armande Altai (!!), Urban Sax… Musiques de Traverses a fait les grandes heures des musiques alternatives en Champagne-Ardennes, avec des programmations de qualité qu'on regrette amèrement aujourd'hui. Pour rappel, le dernier gros festival de la région, le Cabaret Vert, réunit cette année Fauve et Shakaponk sur sa grande scène « Zanzibar »...




Nico & Tangerine Dream - Live à la Cathédrale de Reims (1974)

Skandal à la Cathédrale le 13 décembre 1974 : les géants Tangerine Dream accompagnés par Nico donnent un concert dans la nef du lieu de culte, et transforment la bâtisse en « fumerie asiatique géante » selon la municipalité. Étrangement le clergé est plutôt OK pour accueillir ce concert électroacoustique organisé par l'association Music Action Reims – fondée par la frange la plus respectable des étudiants de l'époque, celle qui écoutait Magma et CAN. Nico à l'harmonium ouvrira les hostilités, avec une prestation jugée plutôt décevante, avant de laisser place aux très planants Tangerine Dream, qui joueront principalement Phaedra et Rubycon. Après ce concert mythique, le groupe sera banni des églises catholiques - une sanction moyennement étonnante vu la suite des événements. Près de 5200 chevelus prennent d'assaut la place, la fumée des joints remplace celle de l'encensoir, et la réunion tourne vite au rituel païen. On parlera dans les journaux des seringues retrouvées, des déjections dans le bénitier et même de quelques rapports sexuels : en bref, grosse déglingue dans la maison de Dieu et l'une des raisons les plus plausibles au sourire de l'Ange.



Le Festival Elektricity

Organisé sur le parvis de la Cathédrale (le centre de gravité de la ville), Elektricity peut se vanter de réunir certaines des plus grosses personnalités de la musique électronique du moment. Depuis 12 ans se sont succédés Erol Alkan, Air, Justice, Simian Mobile Disco, Laurent Garnier, Chloé, Étienne de Crécy, Zombie Zombie, et j'en passe. Même si les concerts organisés en plein air donnent plus l'occasion au local de voir Brodinski pour la 74ème fois, c'est loin des foules surexcitées qu'Elektricity a mis à l'honneur des artistes plus avant-gardistes comme Franck Vigroux et Richard Pinhas. Aujourd'hui, le festival régale jusqu'à deux fois par an des kids venus de la France entière, parfois plus pour son image que pour sa programmation – l'été dernier, Sonic Boom, moitié des légendaires Spacemen 3 s'est fadé l'infâme public rémois qui braillait « du gros son » dans l'intimité du Palais du Tau.



Contingent Anonyme - « L'Aventure De La Rue »

Contingent Anonyme (qui a emprunté son nom au titre de La Souris Déglinguée sur l'album Banzai! et non à ce groupe angevin pas très recommandable qui voulait « éduquer Mohammed ») est venu brusquer le paysage musical rémois avec un street-punk clairement Oi! inspiré de Cock Sparrer, Camera Silens et Rancid. Une décharge de violence qu'on n'attendait plus dans ce bourg désormais rongé par le branché, qui a rapidement fait le deuil d'Usual Suspects et de la grande époque du Tigre et de l'Usine. Leur premier album Ad Gloriam (Casual Records) sera bientôt disponible, on espère bien y trouver des hymnes skin enragés taillés dans le béton armé de Croix-Rouge dans la même veine que « L'Aventure De La Rue », tapageur à souhait. Oï Oï Skinhead, rase toi les cheveux !


Sarah Mandois est le meilleure stagiaire de Noisey France. En même temps, c'est la seule. Elle n'est pas sur Twitter.