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Le chassé-croisé des punks et des metalheads a lieu chaque année au Xtreme Fest d'Albi

Godzillas, Gojira, circle-pits, groupes à trombone, néo-thrashers et coopératives zapatistes.

Guillaume Gwardeath

Guillaume Gwardeath


Photo - Guillaume Gwardeath

Albi est une ville du sud de la France, dans le Tarn, pas très loin de Villemolle.



À Albi, vivent des fans de skate punk qui en ont eu un jour marre de zoner à picoler des gluttes sur les trottoirs et qui ont monté leur festival de musique alternative à base de grosses guitares et de grosses batteries. Leur asso s'appelle Pollux et le président a une crête. Après une quinzaine d'années de concerts à droite à gauche et un premier Xtreme Fest l'année dernière dans une base de loisirs dont ils se sont plus ou moins fait dégager à coups de pompe, ils ont organisé cette année, durant le premier week-end d'août, le deuxième Xtreme Fest, sur le parking d'un parc expo où sont généralement programmés des artistes tels que Laurent Gerra ou Anthony Kavanagh.

Un parking de zone commerciale, on s'accordera à dire que ce n'est pas la destination la plus funky pour aller passer ses vacances, et pourtant c'est là où nous nous sommes retrouvés, chargés d'énergie positive et de packs de 8.6. Le plus gros défaut de ce genre de site, pour tout dire, c'est que ça manque cruellement de place pour s'asseoir. En vérité, le meilleur plan pour être assis dans ce putain de festival, c'est d'être batteur dans un groupe.


Gojira. Photo - Guillaume Gwardeath

Pour passer le temps entre les concerts, on pouvait aller zoner sur les stands de disques d'occasion, où on pouvait trouver plein de vinyles de Mayhem et Komintern Sect, ou conjuguer son sens du développement durable et du besoin de pisser, en utilisant ces bidons de plastique pleins de sciure à moitié planqués derrière des sacs de café bio mexicain produits par une coopérative zapatiste. Évidemment, vous allez me dire « ah, c'est typique des mecs de Vice, ça, se foutre de la gueule du monde et écrire n'importe quoi en parlant gratuitement de « coopérative zapatiste », donc je vous donne la référence du café, comme ça vous irez vérifier par vous même : c'était du Yachil, « café du Chiapas cultivé de façon biologique et cueilli avec dignité ». Et dont, les sacs, une fois décousus, servent donc de paravent à des punks bourrés qui essaient de ne pas trop pisser à-côté et qui sont morts de rire quand le bidon de sciure finit par faire ce petit bruit de lave en bouillonnement, comme au Nyiragongo, en Afrique.

Parmi le public, on retrouve quelques-uns de ces festivaliers singuliers, arborant un air plutôt décontracté, alors que si on les observe un tant soit peu, tout paraît indiquer que le reste du temps, la vie en société ne doit pas vraiment être leur point fort : démarche, regard, dentition, modifications corporelles, garde-robe, tilak, plumes, ossements, tout y est. On est d'accord, ça craint de se moquer, mais le seul endroit normal où je m'attends à tomber sur des types de 50 ans arborant le combo « collier à clous + pantalon zippé » c'est à la Nuit Démonia, pas à un concert des $heriff.


The Black Zombie Procession. Photo - Guillaume Gwardeath

Musicalement, on n'est pas là pour se la donner : c'est du punk et du métal très agressif. Si le festival s'appelle « Xtreme », ce n'est pas pour faire référence à des cônes de crème glacée. On a concrètement l'impression de retrouver l'ambiance des Furyfest de Rezé et du Mans, il y a dix ans déjà, avant qu'il ne deviennent la colossale machine que tout le monde connaît à présent : le Hellfest.

Globalement, la programmation du Xtreme Fest se divise en six catégories : les groupes à trombone, les champions du micro, les groupes à circle pit, les groupes en playlist sur Noisey, les néo-thrashers, et Obituary.


LES GROUPES À TROMBONE
Sauf erreur de recensement, il n'y en a eu que deux : un petit groupe de punk, les Dead Krazukies (je me demande sérieusement si quelqu'un dans le public savait encore qui était Henri Krasucki), et un gros groupe de punk, NOFX (qui eux, se sont demandé si quelqu'un dans le public savait encore qui était Ronald Reagan).

LES CHAMPIONS DU MICRO
On tombe sur des provocateurs comme Justine, qui saluent le public d'un « Ça va Israël ? Ça va la Palestine ? Ça va Pointe-à-Pitre ? » qui met pas mal de monde mal à l'aise, dont un phaco hyper planté qui grommelera entre ses dents « putain eux heureusement qu'ils jouent sur une scène de merde ». On tombe aussi sur des mecs plus classiques comme Suffocation qui font des chansons qui parlent de stéroïdes et dont les tirades au micro font essentiellement « fuck yeah, yeah, yeah fuck yeah ! ». Et puis il y a les groupes comme Authority Zero, qui vous donnent un véritable aperçu du pouvoir de showmen des Américains. Confiez une simple animation commerciale à l'Intermarché de Gaillac à ces mecs là et l'ambiance dans les rayons finira comme à The Fest à Gainesville.


LES GROUPES À CIRCLE PIT
Le circle pit est toujours une attraction fort prisée des amateurs de musiques extrêmes et dès qu'un circle pit est annoncé, on peut voir accourir des volontaires (depuis la buvette, les chiottes, ou d'un bon vieux plan tarboule) pour aller se jeter dans l'action comme s'ils allaient louper leur train. Des motivés. Parmi les meilleurs lanceurs de circle pit : Sick Of It All (il y a 25 ans, c'était des teenagers qui détestaient tout le monde, aujourd'hui, ce sont des adultes dans la force de l'âge qui détestent tout le monde) et Biohazard, increvables sportifs sous acides. À quelques minutes de la clôture du fest, Biohazard ont désigné un gars dans la foule et ont dit : « hey toi le mec avec les dreadlocks en train de boire une bière, ce sera toi le centre du circle pit, okay ? Le noyau de l'atome ! ». Je ne l'ai pas vu, mais sans doute ce jeune homme a-t-il été happé par le bitume fondu, ou bien a-t-il vécu l'expérience d'un de ces placides pêcheurs polynésiens, occupé à se prélasser sur la plage, scrutant distraitement l'horizon, et apercevant soudain les guerriers cannibales adorateurs du dieu Rongo surgissant à bord de leurs pirogues ornées du dessin qu'ils appelaient tim-tim-te-rara, c'est-à-dire « coule-coule-le-sang », par allusion aux têtes coupées que Rongo aimait à voir blanchir sur des poteaux ?



LES GROUPES EN PLAYLIST SUR NOISEY
Dommage que ni Fu Manchu ni Body Count n'aient été programmés, mais on peut citer Black Zombie Procession, un des rares groupes de metal crossover à dédicacer des compos à Dario Argento ou à John Carpenter avant d'envoyer les riffs.

Ou bien sûr Gojira, pour qui il y aura toujours une place quelque part, que ce soit à Paris ou Bayonne. Le frontman Joseph Duplantier a d'ailleurs évoqué au micro les souvenirs émus de leurs débuts difficiles quand Gojira quittait Ondres pour aller jouer sur les routes du Gers : « on s'est formés en 1996 et on a joué dans des PMU ».

Et bien entendu, on peut tout à fait cumuler en étant à la fois un groupe playlisté sur Noisey et un bon déclencheur de circle pits.


LES NÉO-THRASHERS
C'est la mode depuis quelques années, le néo-thrash, un des revivals les plus improbables de l'histoire des musiques populaires. À la fin des années 80, c'était un truc à la limite de la désocialisation, les ceintures de balles, la paire de Nike Terminator High perforées et les vestes à patches cradingues, à présent c'est le top de la crédibilité, c'est comme ça.

Un peu déçu par Havok, des sous-Exodus dont le mosh pète bien en skeud mais qui sur scène prennent la pose en permanence. On les croirait en plein photocall, ce qui gâche tout. Le chanteur David Sanchez m'a semblé aussi couiner un peu. Quand il a annoncé « Give Me Liberty Or Give Me Death » j'ai visualisé un chinchilla voulant se faire la malle de sa cage à Mille Z'Amis. Dans cette catégorie, les grands vainqueurs furent Angelus Apatrida. Des thrashers espagnols plus américanisés que des Latinos, grands envoyeurs de solos à gogo et de ripes qui ondulent dans le ventilo. Et puis le thrash, c'est toujours de grands moments conceptuels, comme quand le chanteur Guillermo Izquierdo a dédié une chanson à sa canette de bière.



OBITUARY
Obituary ont joué et je me suis retrouvé aplati sur le mur du fond, comme un pancake.


À l'heure où le débat sur la réforme territoriale bat son plein, cessons les querelles et disons oui à la fusion des régions, à la seule condition que chaque entité dispose d'un festival tel que le Xtreme Fest. Aux dernières nouvelles, dans le Midi, le job a déjà commencé. Mais y aura-t-il aussi dans ces nouvelles manifestations un Godzilla géant, gonflé tous les soirs au crépuscule par les organisateurs afin de dominer le site à la manière d'un formidable agent de sécu, intimant à la fois sympathie et prudence ? La question mérite d'être posée.


Photo - Flowers & Bones


Guillaume Gwardeath a perdu ses cheveux mais il continue à headbanger. Il est sur Twitter - @gwardeath


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