Y’a-t-il une vie après le rap ?

Joey Starr, Mc Jean Gab'1, Morsay et même La Fouine vous répondront oui.

par Genono
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août 14 2014, 11:30am

Pour les plus chanceux, le rap est un moyen comme un autre de payer son loyer, sa freebox et son plein d’essence. Pour les autres, il sert tout juste à acheter un paquet de clopes et une place de ciné de temps en temps. Sauf que le rap, c’est un peu comme le sport de haut-niveau, ou le porno : arrivé à un certain âge, le corps ne suit plus. Nos amis rappeurs se retrouvent donc obligés de penser à une reconversion, afin d’arrêter enfin de mentir sur leurs sources de revenus.

Le cinéma



C'est la reconversion la plus logique et la plus fréquente. De Dosseh à Demon One, en passant par Doudou Masta, Alpha 5.20 ou Morsay, il devient presque difficile de trouver un rappeur français qui ne se soit pas, ne serait-ce que le temps d’une scène, essayé au cinéma.

Le bon exemple : À ce petit jeu, c’est Joey Starr qui s’en sort le mieux, avec déjà une vingtaine de films à son actif. Sa gueule, son aura médiatique et sa réputation sulfureuse lui ont permis de côtoyer des cadors comme Gerard Depardieu ou Jean Reno, et de s’installer dans des rôles durables à la télévision (Mafiosa). Son jeu d’acteur a évolué avec le temps et lui permet de camper des rôles à contre-emploi : qui aurait imaginé Didier Morville en homosexuel -dans L’Amour dure trois ans- à une époque où il frappait des singes en prime-time sur M6 ? Sûrement pas Kool Shen, quoique. Didier a depuis obtenu la reconnaissance du milieu, il a été nominé deux fois aux Césars pour ses rôles dans Polisse et Le Bal des actrices. De là à lui en filer un...

Le mauvais exemple : La Fouine dans A toute épreuve. Déjà, son personnage s’appelle Emile. Assez incroyable, quand on sait que c’est le surnom que Booba lui a donné, en référence à Emile Louis. Mais surtout sa performance est loin de faire l’unanimité. Le Nouvel Obs parle même d’un « clown démantibulé et hystérique incapable d'occuper l'espace ou de délivrer le moindre effet ».

La politique



Rap et militantisme ont toujours été plus ou moins intriqués. La combinaison Monsieur R/Olivier Besancenot, Doc Gynéco à l’UMP, les démêlées judiciaires de La Rumeur face à Nicolas Sarkozy, les rappeurs « Égalité & Réconliation », et même Diam's qui a un jour fait danser Ségolène Royale sur le plateau du Grand Journal…

Le bon exemple : Rost, qui a carrément décidé de se consacrer entièrement à l’émancipation des quartiers défavorisés. Fondateur de l’association Banlieues Actives –qui a pour but d’inciter les jeunes de banlieue à s’inscrire sur les listes électorales-, et de Faces, un fond destiné à financer les étudiants défavorisés, il a été nommé par François Hollande –qu’il soutient officiellement depuis 2008-, il y a quelques jours, au Conseil économique, social et environnemental. Une nomination qui lui rapportera la somme mirifique de 940 euros par mois. Y’a pas à dire, la politique, ça paye.

Le mauvais exemple : Morsay est un homme qui veut « faire sauter les impôts de tous ceux qu’achètent l’album à Zehef ou le DVD à Sinox ». Bon, évidemment, comme absolument tout ce qui sort de la bouche de Morsay, c’est à prendre au cinquième degré. Mais tout de même, le faux candidat à la présidentielle dispose d’un vrai site extrêmement fourni avec un vrai programme, qui prévoit, entre autres, un démantèlement de la police nationale, un « procès du communisme à Clignancourt, analogue au procès du nazisme à Nuremberg », ou encore de « restaurer la liberté de choix au consommateur de drogues, avec comme corollaire sa responsabilité totale face aux conséquences ». Bon, finalement, c’est peut-être pas pire que François Hollande. Morsay 2017 ?

La littérature



Et non, on ne parle pas d'un recueil de tweets, Oxmo. Passé la trentaine, le rappeur, un peu comme le footballeur, se sent déjà en fin de vie, prêt à écrire ses mémoires. Soprano, Joeystarr, La Fouine, Jo Dalton, Diam's … Le rayon « autobiographies de rappeurs » grossit d'année en année dans les librairies conscientes.

Le bon exemple : Parmi tous ces grimoires à la qualité inégale se cache une véritable perle : Sur la tombe de ma mère. Le parcours romancé du rappeur le plus détesté par ton rappeur préféré, MC Jean Gab1, entre la DDASS, les braquages, la prison en Allemagne, le proxénétisme, la bicrave et les Rita Mitsouko. Probablement ghostwrité par Michel Audiard depuis l’au-delà, le p’tit Charles envoie de la punchline à tour de bras (« Certains avaient de bonnes dents, mais il y en avait toujours un pour leur casser les chicots afin que sa bite puisse entrer. »), et joue allégrement avec sa réputation d’emmerdeur. Faites de la place dans votre bibliothèque : un volume 2 est en préparation.

Le mauvais exemple : Avant d’être un rappeur à succès doublé d’un comédien médiocre, La Fouine a eu une vie, qu’il raconte dans l’autobiographie la plus WTF de l’histoire de l’édition. Il faudrait une centaine de paragraphes pour faire la liste complète des aberrations qui s’accumulent le long de ses 316 pages, mais pêle-mêle : Lino (d’Arsenik) y est rebaptisé « Momo d’Arsenik », les Sages Poètes de la Rue y sont qualifiés de « bardes urbains », les titres de chapitres sont ahurissants (« Islam tranquille à Hip-hop City », « Miami-Saint-Maur en Ruskov majeur » …), et on compte un nombre incalculable de ratés :



Le doublage



Outre son stylo, le principal outil du rappeur, c’est sa voix. En toute logique, on retrouve un nombre conséquent de rappeurs français au doublage de dessins animés ou de films américains. Diam's dans Honey, Booba dans Moot-moot, et, plus étonnant : Rohff dans Les Minimoys.

Le bon exemple : Encore plus étonnant que Rohff en Minimoy : JoeyStarr en ours en peluche pervers et alcolo. Après avoir doublé Ice-T dans New Jack City, puis DMX dans Belly, il s’est retrouvé dans la peau de Ted, le doudou de Mark Wahlberg. Un choix étonnant mais tout à fait acceptable pour ceux qui aiment voir les nouveaux classiques du cinéma moderne en VF sur les Grands Boulevards.

Le mauvais exemple : Doudou Masta est l’un des rappeurs français les plus présents sur grand écran, le plus généralement pour des rôles secondaires dans lesquels il se montre à chaque fois très efficace. Malheureusement, Doudou affiche aussi à son palmarès une casserole mémorable : le doublage de Vin Diesel dans Babylon AD. Une caricature totale qui parvient même à gâcher les plaisirs simples du film aux téléspectateurs français. Une victoire de plus pour les défenseurs de la VOST.

La télé-réalité



Depuis l’éphémère parcours de Harlem (du groupe Harcèlement Textuel) à la Star Academy 4, des litres de flotte ont coulé sous les ponts. Rap et télé-réalité font désormais bon ménage et on ne compte plus ceux qui s'y sont aventurés : JoeyStarr, encore lui, dans 60 Jours 60 Nuits, Youssoupha en professeur d'écriture (sic) dans Popstars, Alibi Montana dans Cindy Lopes…

Le bon exemple : Tant qu’on ne verra pas Alkpote en binôme avec Bernard-Henry Levy dans Pekin Express, il n’y aura aucun bon exemple de rappeur faisant de la télé-réalité.

Le mauvais exemple : Dernièrement, La Fouine s’est distingué en tant que jury de Popstars, le poste d’observation idéal pour repérer la petite Sindy, et l’embarquer avec lui dans l’aventure mélo-pop Team BS. Vivement La Fouine dans L’Ecole des fans... Oh, wait !

Le sport



Les rappeurs aiment flirter avec les sportifs, et les sportifs aiment poser leur crâne sur l’épaule de Rohff. On ne compte plus les liens qui les unissent : Booba et Karim Benzema, Soprano et Teddy Riner, JoeyStarr et Jérôme Le Banner, sans oublier ce mythique match de foot entre le onze de Kamelancien et celui de Rohff…

Le bon exemple : Si un homme fait bien le pont entre sport et rap, c'est Kool Shen. Sponsorisé par les plus grands sites de jeu en ligne, l’ex « partie sombre de Nique Ta Mère » se consacre depuis 2010 à sa carrière de joueur de poker professionnel, avec un certain succès, puisque ses gains cumulés s’élèvent à plus de 800 000 dollars. Comment ça, le poker n’est pas un sport ?

Le mauvais exemple : Si personne ne nie les fabuleuses qualités de Tony Parker sur un terrain de basket, il est néanmoins impossible à tout homme se nourrissant sainement de considérer Tony Parker comme un rappeur. Bienvenue dans le Texas !

L’humanitaire

C'est facile de lancer des crottes de nez aux rappeurs, mais soyons honnêtes : certains se retrouvent derrière des projets plus que louables, et font avancer les choses à leur façon. C’est le cas de Diam’s, l’une des plus grandes vendeuses de disques en France durant les années 2000. Dévouée à la cause des enfants défavorisés en Afrique, elle est allée apporter plusieurs fois son soutien là-bas au cours de voyages au Gabon, au Mali, au Maroc, en Côte d’Ivoire et dans une dizaine d’autres pays du continent noir. Lorsque son dernier album, SOS, est sorti en 2009, elle avait annoncé que l'intégralité des bénéfices perçus seraient reversés à l’association qu’elle préside, Big Up Project. SOS a été double-disque de platine. Big up Diam’s !


Que fera Genono quand le rap n'existera plus ? En attendant, il reste sur Twitter @Genono


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