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INTERVIEWS

À la découverte de la « cyber doom new wave » avec Perturbator

Dans les méandres de Bandcamp, se trame la musique du futur.

Toby McCasker

Toby McCasker



La musique de Perturbator est née dans les rues poisseuses et bardées de néon des métropoles cyberpunk. C'est dans les dédales de ces méga-cités de lan 3000 que ce parisien de 21 ans, découvert sur Bandcamp, fusionne anarchie cyborg et clichés 80 assumés. Il s'est proposé de me guider dans l'univers confus qui est le sien, à la périphérie de la scène « synthwave ».




Noisey : Ça fait combien de temps que tu fais ça ?
Perturbator :
J'ai commencé il y a 4 ans, mais il y a des types comme Power Glove qui font des trucs similaires depuis 2009. Pour moi, c'est le collectif Valerie fondé en 2007 par College et leurs potes qui a vraiment tout lancé.

Comment t'appelles ce truc ? Comme ça, vite fait, on pourrait parler de « synthcore »
Ouais, ça colle, j'avoue. Je crois que tout le monde s'accorde pour parler de « synthwave », mais je trouve ça laid. C'est pas trop mon truc les étiquettes de toute façon. Si tu tapes « synthwave » dans Google, tu vas trouver un gros bordel qui va de la trance à la pop, donc ça ne sert à rien. J'appelle juste ça de l'electro-synth. Un jour un type a dit que je faisais de la « Cyber Doom New Wave ».

Et il y a une scène pour ça ?
Il y a une petite scène assez éparpillée et pas en très grande forme, mais quand même ! Avant c'était cool, mais maintenant pour chaque Mitch Murder ou Dance With The Dead, tu as des centaines de groupes qui continuent sur cette vieille synthwave 80s stéréotypée, et qui sortent un album par mois avec des artworks dégueulasses.



Qui fait les meilleurs trucs ?
Mon préféré de tous c'est Noir Deco. Il y a aussi GosT qui ne déconne pas. Des types comme Le Cassette, Judge Bitch, Reznyck, Dan Terminus, travaillent énormément leur musique et obtiennent des sons uniques. On est tous bons potes.

Il y a des labels spécialisés ?
Dans ceux que je connais, il n'y a que Telefuture qui sort les albums de ses artistes en format physique. Les autres, ce sont surtout des labels Bandcamp en fait. Mais, ça va s'améliorer, des labels plus installés commencent à être intéressés par notre musique. J eviens de signer chez Blood-Music et Mitch a signé chez Mad Decent. Donc je pense que du côté de ce côté là, il y a une marge de progression.

Tu utilises quoi pour avoir obtenir ces effets synthétiques ?
Des logiciels surtout. J'ai aussi des émulateurs de synthés vintage comme le OB-X et le CS-80, que je module selon mes envies. Les synthés sont des instruments polyvalents, donc c'est plus une question de goûts et de préférences. Je suis hyper fan des pads dégueulasses à la John Carpenter, donc tu en entendras pas mal dans ma musique.

C'est très rétro-futuriste.
La musique électronique est devenue beaucoup trop terne. On te balance des drops et des basses sur des boucles de 5 minutes non-stop. Dans les années 80, tu avais des thèmes récurrents et des mélodies emblématiques, c'était l'âge d'or des synthés aussi, avec des gens comme Vangelis et Tangerine Dream, qui m'ont vachement inspiré. Quand tu repenses à cette décennie, tu as toute une imagerie, plein de clichés que je trouve vraiment cool : les effets spéciaux gores, les néons aux couleurs méga saturées...



Ça me rappelle aussi pas mal de dessins animés old school.
À fond, Akira, Ghost In The Shell. Et puis les bandes originales de film pour l'ambiance, le metal pour la puissance, la musique de jeux vidéo aussi... et plein d'autres trucs ! MAIS Tout ne doit pas être forcément rétro. Tu peux vraiment faire ce que tu veux avec des synthés. Ça m'arrive d'être inspiré par les riffs de groupes comme Cult Of Luna ou Mr Bungle, et d’en faire mon propre truc.

Et le cyber-punk dans tout ça ?
En général, la science-fiction est un puits infini pour l'inspiration et l'imagination, que ce soit visuel ou musical. On a tous nos propres théories sur le futur. Quand tu regardes un film comme Blade Runner, tu ne peux pas t'empêcher de penser « et si le futur allait vraiment ressembler à ça ? ». Et puis, on vit dans un monde complétement dégénéré (sérieux, Michael Jackson vient juste de sortir un nouvel album, et tout le monde trouve ça cool), on est forcé d’imaginer un futur sombre et flippant. Maintenant t'as même plus besoin de drogue pour tripper, t'as juste à regarder ce qui se passe dehors. C'est peut-être con, mais parfois j'arrive même à trouver de la beauté dans un immeuble horrible, en imaginant à quoi il ressemblerait en 2088. J'espère que les gens ont ce genre d'idées quand ils écoutent ma musique.


Dangerous Days, le nouvel album de Perturbator, est sur Bandcamp. Votre prix sera le sien.


Toby est sur Twitter - @jane_tobes