Josh Freese a joué de la batterie avec tout le monde. TOUT LE MONDE.

Devo, Guns 'N Roses, Nine Inch Nails, les Replacements : ils ont tous engagé ce type.

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août 25 2014, 12:25pm

Josh Freese se définit avec ironie comme « le batteur des stars », mais cette description lui va, en réalité, plutôt bien. Si vous ne connaissez pas forcément son nom, vous connaissez en revanche sûrement son travail. Freese a été le batteur de Devo pendant près de vingt ans, il joue avec les Vandals depuis 1990, il a passé environ 5 ans avec Trent Reznor dans Nine Inch Nails, il a fait partie de la première mouture de A Perfect Cirlce, a longtemps été batteur pour Paul Westerberg des Replacements et s’est même retrouvé pendant deux ans en studio avec les Guns N’ Roses.

Et encore, on ne cite là qu’une partie des groupes connus avec lesquels il a travaillé durant sa carrière. Freese a en effet participé à l’enregistrement de plus de 500 albums et à un nombre incalculable de concerts — il a bossé avec tout le monde, de Offspring à Paramore en passant par Weezer et Avril Lavigne et tout un tas d’autres groupes dont on n'a jamais entendu parler et dont il ne se rappelle même pas lui-même. Il a aussi trouvé du temps pour sortir des albums solo et pour fonder une famille dans le sud de la Californie.

Forcément, Josh Freese est le genre de type qui a des choses à raconter. On est allés à sa rencontre dans les loges, après un concert de Devo, pour lui demander de nous raconter quelques histoires sur ses débuts dans la musique, sur les plus gros concerts auxquels il a participé et sur ce qu’il a prévu de faire durant les deux ou trois porchaines années. Évidemment, on lui a aussi demandé comment c’était de travailler avec Axl Rose, et la réponse qu’il nous a donné devrait en surprendre plus d’un.


Noisey : Quand tu as commencé la musique, pourquoi as-tu choisi la batterie ?
Josh Freese :
Ce que je dis toujours, à moitié pour blaguer, c’est qu’être batteur, c’est un métier qui fait rêver les petits garçons, au même titre qu’être astronaute, joueur de baseball ou pompier. Mon père était chef d’orchestre du Disneyland band, j’ai donc toujours baigné dans la musique. On avait pas mal d’instruments à la maison et un jour je suis tombé sur une batterie qu’on gardait au garage. Je ne pensais pas que mes parents accepteraient de me la monter, mais ils l’ont fait. Mon père m’a joué les 2 ou 3 beats rock 'n' roll de baseet je l’ai imité. Je suis instantanément tombé amoureux de la batterie et j’ai passé les années qui ont suivi à jouer par-dessus les albums de Van Halen, Devo, Police et Queen avant de prendre de vrais cours.

Ton premier emploi c’était à Disneyland, c’est ça ?
Je me rappelle exactement de mon premier job, c’était en 1985, j’avais 12 ans et j’avais été recruté pour jouer dans un groupe qui reprenait les tubes du moment. J’étais rémunéré pour jouer donc je devais payer des impôts. Je paye des impôts depuis que j'ai 12 ans ! J’ai aussi été livreur de journaux pendant 6 semaines, quand j’avais 10 ans, mais à part ça, je n’ai jamais eu d’autre emploi.

J’ai travaillé à Disney pendant 3 ans. À 15 ans, j’enregistrais mes premiers disques et je faisais mes premières tournées, d’abord avec le fils de Frank Zappa, Dweezil. Quand j’ai eu 16 ans, je suis parti en tournée avec une rockstar super nase, qui avait sorti l’un des plus gros tubes de l’été 1989. Le tour-bus était énorme. À cette époque, je jouais encore avec Dweezil, et j’ai rencontré les Vandals, on habitait tous dans l’Orange County. Ils avaient besoin d’un batteur, j’étais dispo, de bonne volonté et prêt à tout juste pour jouer avec un groupe.

Crois-tu que tu dois ton succès en tant que batteur freelance à ton enthousiasme et à ta bonne volonté ?
Quand on me demande « Comment tu en es arrivé là ? Je pense bouger à Los Angeles, c’est une bonne idée ? » Je réponds toujours la même chose : « l’industrie musicale est un tel bordel que c’est de plus en plus dur de vivre en étant musicien. Jouez avec autant de groupes que vous le pouvez, ne cherchez pas à brûler les étapes ou à tout niquer tout seul ». Il faut respecter les emplois du temps des autres, et les traiter comme s’ils étaient les personnes les plus chères à vos yeux. Il faut jouer avec un maximum de groupes, sans demander à être payé. Tu ne sais jamais comment tes relations vont évoluer — d’un point de vue musical comme personnel. Je refuse beaucoup de propositions ces derniers temps, j’ai 4 enfants, assez de travail à fournir pour des personnes que j’apprécie et je gagne bien ma vie. En tant que musicien freelance, il y a toujours une partie de moi qui est prêt à accepter un nouveau projet même si je suis vraiment très occupé. Je me dis que si je refuse, plus personne ne m’appellera. Mais je me sens aussi très chanceux d’en être arrivé là et je me dis que je devrais accepter au nom de tous les musiciens qui ne trouvent pas d’emploi. Et pourquoi je devrai dire « non » à ce type qui veut me payer pour jouer avec lui demain soir en studio ?

Tu acceptes de travailler sur beaucoup de projets, tu te sens toujours proches des groupes avec lesquels tu travailles, en terme de créativité ?
Quand j’étais plus jeune et que je jouais sur des albums, que le rendu soit bon ou mauvais, je me disais « putain c’est moi, je suis sur un CD ». J’ai joué sur près de 500 albums, et j’ai pu accompagner certains de mes groupes préférés, des gens cool, et d’autres moins cool… Je ne sais même plus sur quels albums j’ai joué, il y en a tellement. Je ne les ai même pas chez moi et je me ne rappelle même plus de leurs titres.

Déjà, je dois gagner ma vie en jouant de la batterie donc oui je dois parfois accepter des projets qui ne me plaisent pas forcément. Mais tu peux bosser sur des albums a priori nases qui vont t’emmener à rencontrer des gens que tu n'aurais jamais rencontré autrement. Par exemple, l’ingé son du studio pourrait te recommander à David Bowie, ou le bassiste pourrait te présenter aux B-52's. Ça ne serait jamais arrivé si tu n’avais pas accepté ce projet. Et comme ça, petit à petit, tu te crées ton réseau.

Je ne cherche pas à m’encanailler avec un groupe de reprises dans un Holiday Inn ou dans une fanfare cheesy qui fait la tournée des foires. Je pense que j’ai beaucoup de chance de faire ce que je fais, mais quand ça ne me rapporte pas assez pour subvenir aux besoins de ma famille, j’accepte ce genre de projets.

Qu’est-ce qui t’a amené à rester si longtemps auprès d’un groupe comme The Vandals ?
Comme je l’ai dit dans des millions d’interviews : « The Vandals c’est toujours une partie de plaisir ». Ce groupe ne nous permettra jamais d’être riche, on ne peut même pas en vivre, mais on adore notre groupe et on est tous de très bons amis. Ces types sont mes meilleurs amis. Un jour mon père m’a dit « Josh, certains aiment aller à la pêche, d’autres jouent au poker le vendredi soir et toi, tu joues dans The Vandals. » C’est mon moment de détente — je traîne avec mes potes des Vandals. Je peux voyager avec Sting dans son jet, et revenir à la maison et tracer en van avec les Vandals vers Las Vegas pour jouer dans un club miteux et m’éclater.

Tu as passé près de cinq ans avec Nine Inch Nails, c’était comment ?
Quand je me retrouve à jouer aussi longtemps avec un même groupe c’est que c’est un groupe que j’adore et avec lequel je m’entends bien. Je suis très fier d’avoir joué et travaillé avec Trent pendant ces cinq ans. À côté de lui, tout le monde passe pour un amateur. C’est incroyable.

J’ai joué de la batterie sur quelques uns de leurs albums — mais jamais sur un album entier, parce que Trent utilise pas mal de machines. Il bosse d’arrache-pied, il se donne dans tout ce qu’il fait et le résultat est toujours excellent, il y consacre beaucoup de temps, d’énergie et d’argent. J’étais très fier de pouvoir jouer avec lui. Après chaque concert on se rejoignait pour travailler sur le son, l’esthétique du concert et la production, et il nous logeait toujours dans les meilleurs hôtels. Que tu sois musicien sur scène ou que tu bosses avec les équipes du son et lumière ou de la vidéo, tu avais toujours une chambre en première classe. Tout le monde était traité avec les plus grands égards. Je n'ai jamais vu ça ailleurs dans ce milieu.

Pourquoi votre collaboration s’est-elle terminée ?
J’étais vraiment très triste de les quitter. Mais je suis parti pour une cause noble, j’étais le seul père de famille de tout le groupe. Aujourd’hui, Trent est aussi père de deux enfants, mais à l’époque j’avais moi-même déjà deux enfants et je voulais les voir grandir. Trent passait son temps en tournée, il était de nouveau sobre et il se dédiait entièrement à son travail. On partait en tournée, on revenait à la maison pour quelques mois et on repartait, pour encore plus longtemps. On revenait et on sortait un nouvel album, et puis on recommençait une tournée. En 2008, je lui ai donné un prévis de 4 mois, et je lui ai dit que ma femme attendait un troisième enfant, pour janvier 2009. Je sais qu’il voulait embrayer sur un gros projet de février à septembre 2009. Je lui ai dit « Mec, je peux pas le faire. Je veux voir mes deux enfants grandir, et on en attend un troisième. Si je n’arrête pas, ma famille va exploser ». Je n’avais aucun autre projet qui m’attendait, mais je savais que j’allais retrouver du travail. J’estime être parti de NIN pour une cause noble. J’étais triste de partir mais il ne m’en a jamais voulu. Il ne voulait pas que je quitte le groupe, et il voulait encore moins avoir à organiser de nouvelles auditions. Mais je n’ai pas quitté le groupe parce que j’avais trouvé mieux ailleurs. Je suis parti car je ne pouvais pas passer ma vie sur la route. Mais ça me manque encore, j’adorais travailler avec Trent. On est resté en bons termes, et c’était une putain d’expérience.

Tu as aussi collaboré avec Guns N’Roses pour le fiasco Chinese Democracy...
Quand des gens autour de moi parlent de Chinese Democracy, cet album chaotique qui a pris un siècle à sortir et coûté un bon million de dollars, je leur dis que c’est moi qui ai écrit le morceau-titre. J’ai vraiment écrit ce morceau. J’avais écrit une paire d’autres trucs pour cet album, mais c’est le seul morceau qu'ils ont retenu. Quand je suis parti, il s'est passé encore 7 ou 8 ans avant que l’album ne sorte. Ça me fait marrer d'avoir écrit « Chinese Democracy ». On m’a dit que je ferai mieux de ne pas m’en vanter, mais moi j’aime vraiment bien ce morceau, pas parce que je l’ai écrit mais parce qu’il a un riff vraiment débile, tout simple et crasseux. C’est cool. En plus, c’est une des meilleures chansons de l’album.

Comment en es-tu arrivé à collaborer avec Guns N’Roses ?
En 1997, j’ai reçu un appel de leur manager de l’époque, il me disait que les Guns auditionnaient des batteurs, et qu’il voulait me voir. À ce moment là, je jouais avec Devo, je faisais pas mal de concerts avec les Vandals et je travaillais avec Paul Westerberg — un de mes héros, le chanteur des Replacements. J’étais déjà bien occupé, non pas à vivre une vie de rock star riche et célèbre mais à faire des trucs cool, à bosser avec des gens que j’appréciais et que je soutenais vraiment, et à gagner correctement ma vie. Je n’étais pas hyper riche, mais je n’étais pas fauché. J’étais bien. J’ai pu discuter avec leur manager et il m’a proposé de rencontrer Axl. J’ai hésité mais le mec m’a répondu « on sait jamais, et même si tu es pris pour jouer à ce concert, tu n’es pas obligé d’accepter ». Je n’avais rien à perdre. À ce moment-là, personne n’avait plus vu Axl depuis 5 ans. Des rumeurs circulaient comme quoi il pesait 150 kg et qu’il n’avait plus de cheveux. J’avais tout entendu. Mais je me suis dit que je devais le rencontrer. Est-ce qu’il allait venir en limousine ou dans sa propre caisse ? Avec sa soeur ou avec des pornstars ? Ou en hélico peut-être ? Je voulais voir ce que ce type valait.

Donc je l’ai rencontré, et il m’a vraiment plu. C’était un type cool. Il m’a parlé de Devo, et au lieu de me sortir l’habituel « Ouais, j’ai écouté ‘Whip It’. », il m’a parlé d’autres morceaux du groupe, « Mec, ‘Uncontrollable Urge’ est génial. ‘Gut Feeling’ ». Il était renseigné, et il ne se bornait pas aux tubes. Il aimait vraiment le groupe. Il m’a dit « je cherche quelqu’un qui puisse écrire avec moi, pas un simple batteur ». Je lui ai répondu que j’allais réfléchir. Plein de potes me suppliaient de ne pas accepter et Paul Westerberg a été le seul à me soutenir « tu devrais le faire. Même si ce n’est pas un bon plan, fonce. Et puis, tu ferais quoi sinon ? Tu rejoindrais un groupe alternatif super cool ? Tu jouerais dans les Foo Fighters ? Joue avec les Guns N’ Roses. Personne ne sait ce qu’ils ont prévu de faire, et avec toutes les rumeurs qui courent sur ce type, tu devrais vraiment jouer un peu avec eux. » Du coup je l'ai fait et je ne regrette vraiment pas l'avoir fait.

C’était comment de travailler avec les Guns ?
J’avais un contrat de deux ans avec eux, et à la fin de la deuxième année, j’avais compris qu’ils n’étaient pas prêts de quitter le studio. Tout le monde veut toujours entendre une anecdote folle sur Axl. Il y en a plein, ok, mais moi je n’ai jamais eu de mauvais rapports avec lui. Je ne l’ai jamais vu piquer une crise de colère ou maltraîter quelqu’un. Il a toujours été cool avec moi, c’était un type qui voulait s’amuser, aller en studio et écrire de la musique. Il y a toutes ces histoires qui circulent sur lui sur Internet, « Il a fait ça, vraiment ? Il ne s’est pas pointé à ce concert ? Il a niqué tel ou tel truc ? ». Mais ce n’est pas du tout le genre de trucs auxquels j’ai assisté, peut-être parce qu’on vivait une relation particulière, en dehors du cirque médiatique. Quand j’étais dans les loges d’un concert et que j’entendais « Il est même pas à New York encore. Il est encore à Philadelphie, et il refuse de revenir alors que la première partie vient de terminer son concert. » Ça me rendait fou qu’on puisse dire des trucs pareils sur lui. On s’était fait notre propre programme de studio, ce n’était pas grave si l’un de nous se pointait en retard ou même s’il manquait une séance de studio. J’appréciais vraiment ce type.

J’étais triste que mon contrat se termine, du coup j’ai décidé de rejoindre A Perfect Circle, ils venaient de débuter et je me suis dit que ce serait un projet concret, qui mènerait à quelque chose. Ces mecs n’allaient pas dépenser des millions en studio, c’était un groupe ordinaire. Ils voulaient écrire et enregistrer un album, et partir 6 semaines en tournée. Quand j’ai donné ma démission à Axl, je ne voulais pas qu’il le prenne pour lui, d’autres types avaient sûrement quitté le studio en mauvais termes ou s’étaient fait virer, mais moi je l’appréciais vraiment et on s’était toujours bien entendu. Quand quelqu’un met un terme à une relation, même si ce n’est qu’une relation d’affaire, on te dit de ne pas le prendre personnellement, que ce n’est qu’une question de business. On le prend toujours personnellement. Tu te fais lourder dans tous les cas. Je me sentais mal de partir, mais je devais le faire. Je ne pourrai jamais rien dire de mal sur Axl [Rires]



Tu as parlé de Paul Westerberg et des Replacements. Comment en sont-ils venus à se reformer l’an dernier pour donner ces concerts au Riot Fest ?
C’était génial. Mes deux groupes préférés sont Devo et les Replacements. Avoir joué avec eux, c’était bien plus gratifiant que si j'étais devenu une rockstar riche et célèbre. J’ai joué avec des groupes que j’aimais plus que tout. Avant, je rêvais de rencontrer les mecs de Devo. Maintenait quand ils viennent me voir, je les dégage [Rires] Si je vois que c’est Westerberg qui m’appelle, je me dis qu’il peut bien laisser un message et que je le rappellerai. Quand j’avais 15 ans, je rêvais de le rencontrer, c’était mon compositeur préféré, et à mes yeux, le type le plus cool du monde. Aujourd’hui, ça va faire vingt ans qu’on travaille ensemble. Je n’ai joué que sur un morceau de son premier album, mais je l’ai accompagné sur sa première tournée pendant six mois quand j’avais 20 ans, en 1993. Pendant vingt ans on a travaillé ensemble, même si pendant pas mal d’années on a pas fait grand chose ensemble. Il pouvait passer cinq ou six ans sans rien sortir, et quand il le faisait, il assurait lui-même à la batterie chez lui.

Il y a quelques années, il m’avait dit qu'il envisageait de reformer les Replacements. Je pensais que Paul ne se bougerait jamais pour ça, même si Tommy [Stinson] était d’accord. Un jour il a dit dans une interview qu’ils rejoueraient peut-être ensemble, même s’il savait que Chris [Mars], leur batteur, avait lâché la batterie depuis des années et n’avait pas l’intention de recommencer. Ils ne s’entendaient plus, mais aujourd’hui, ils sont tous en bons termes. Il leur a juste dit « Les mecs, je ne veux plus jouer de batterie, ça fait des années que je n’ai pas joué. Voilà, j’ai été batteur dans un groupe, mais je ne veux pas recommencer pour l’instant. »

J’étais à peu près au courant de cette reformation, je suis resté très proche de Paul et Tommy, ils savaient que j’étais un fan des Replacements, et on avait déjà tous travaillé ensemble. Si les Replacements revenaient sur scène, et qu’ils ne me demandaient pas d’être avec eux, je savais que j’allais être déçu. Après tout, qui d’autre pourrait assurer derrière leur batterie ? Il y a un peu plus d’un an, ils m’ont appelé : « Hey on fait trois dates pour le Riot Fest : Toronto, Chicago et Denver. » Paul m’avait laissé un message, je l’ai gardé dans ma boîte pendant longtemps, il me disait « on a prévu de faire ces trois dates, mais seulement si tu acceptes d’être notre batteur. On te veut avec nous. » C’était génial d’entendre ça, de la part de la personne que j’admire le plus au monde — en tant qu'auteur et compositeur. Mec, ses paroles me font pleurer. Je pleure encore sur ses chansons quand je les écoute, environ une fois par semaine. C’est incroyable, c’est vraiment le meilleur auteur qui existe. Ça m’a vraiment touché de travailler avec lui et de l’accompagner sur scène. C’est la collaboration dont je suis le plus fier.

J’ai bossé sur le nouvel album de Bruce Springsteen, mais je m’en foutais, je n’ai pas grandi en écoutant ses disques. Je ne rêvais pas de le rencontrer, lui. Je n’écoute pas les paroles en me disant « Putain, ce sont les plus belles paroles jamais écrites ». Je n’ai jamais connu ça avec Springsteen. Et pourtant c’est une légende du rock américain. Mais je n’écoute pas ses albums. J’ai déjà entendu certains de ses morceaux dans des magasins ou lors d’évènements sportifs. Mais je préfère Paul, c’est un outsider. Bruce n’est pas un outsider, il a vendu 300 millions d’albums. J’aime Paul en partie parce que je sais que personne ne sait qui il est, à part une petite communauté cool. Paul ne se fait pas d’idées. Jamais il ne vendra des millions d’albums. Il joue à ses concerts et c’est trop cool. Même à Coachella, 4000 personnes se sont précipitées aux premiers rangs pendant leur concert et derrière eux il y avait 15 000 kids avec des couronnes à fleurs qui se demandaient ce qui était en train de se passer. Par contre, les concerts au Riot Fest étaient excellents et tous les fans s’y étaient pointés.

Je me rappelle que tout Internet était devenu fou quand les Replacements ont annoncé qu’ils joueraient au Riot Fest.
C’était génial, hein ? Par contre, je n’ai pas compris le choix de jouer à Coachella. Ça a dû lui rapporter pas mal d’argent de faire ça, mais Paul n’était pas à sa place dans ce festival et il le savait. Le week-end qui a suivi était beaucoup plus fun. Avant de jouer à Coachella, le manager m’a demandé « tu penses que ça va être bizarre demain soir ? ». J’avais oublié que personne ne connaissait les Replacements. Ils n'ont jamais vendu des millions d’albums. La veille du concert, je me suis demandé si les gens allaient aimer. Pour moi, tout le monde devait les aimer. Mais c’était sans intérêt. On a bien joué, mais l’ambiance était bizarre.

Les trois dates pour le Riot Fest ont été cool, en revanche. Tourner pour la première fois depuis 22 ans avec les Replacements sur scène, dans le cadre du Riot Fest, a redonné énormément confiance à Paul. Tout le monde en parlait sur Internet. Tous les concerts se sont bien déroulés, mais celui de Coachella était le plus dur. Je ne suis pas la personne la mieux informée, mais je peux vous dire que Paul n’a jamais entendu parler d’Outkast. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait et moi je me disais « c’est dégueulasse , j’aime tellement ce type et il mérite tellement mieux que ce que le public lui apporte en ce moment. J’espère qu’il n’est pas trop déçu. Le concert s'est terminé, on a quitté la scène et une voiturette est venue nous chercher pour nous ramener à notre loge. J’ai pris Paul dans mes bras et je lui ai dit « Mec, on t’aime, mais ici tu n’es pas à ta place ».

Tu as partagé la scène avec un de tes héros, tu rêves encore de jouer avec d’autres groupes ?
Ouais, il y a quelques artistes avec qui j'aimerais jouer. J’aime énormément les Pixies, même si je ne cherche pas à jouer avec eux — sauf si David Lovering se pète la jambe, bien sûr. Je suis pote avec tous les mecs du groupe. J’aimerai bien jouer avec les Butthole Surfers — même si ce serait étonnant qu’ils remontent sur scène — car récemment je suis devenu pote avec Paul Leary, c’est un mec cool. J’adore Steely Dan, mais je ne pense pas que j’accepterais de jouer avec eux, ces types sont trop flippants — ils chercheraient certainement à me dévorer ou à briser chacun de mes membres sur scène. Je suis très sérieux. Bill Stevenson de Black Flag et des Descendents est un gros fan de Steely Dan. On partage cette obsession. Paul aussi adore Steely Dan.

Tu penses retourner sur des projets solos bientôt ?
Tout le monde se moque de ma carrière solo, et ça ne me dérange pas. Je ne m’attends pas à ce qu’on s’y intéresse ou à ce qu’on achète mes albums solos. Sérieusement, qui a le temps pour ça ? Pas moi. Mais j’aime faire ça, même si ça ne me rapporte pas d’argent. J’aime écrire des morceaux de rock classique, mais je vais bientôt sortir quelque chose qui n’est absolument pas conventionnel. Ça fait longtemps que je travaille dessus, c’est un projet assez particulier et abstrait, mais toujours déconneur — dans l’esprit des Residents et des canulars téléphoniques.

Bill Jones attend qu'Axl Rose l'appelle. Il est sur Twitter. - @billjonesink


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