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Le boss du label Posh Isolation ne parle pas quand il n'y a rien à dire

Après Lust For Youth et Var, il compte assiéger l'Occident sous un nouveau nom : Croatian Amor.


Loke Rahbek alias Croatian Amor en live à LA. - Photo: John Wiese

Depuis 2008, Posh Isolation domine le jeu des labels obscurs spécialisés dans les cassettes d'indus bruitiste sorties à 50 exemplaires. Non, ne vous arrêtez-pas à cette présentation, la structure basée à Copenhague a aussi balancé au monde une poignée de groupes qui ont fait les belles heures de la psychosphère indie : Iceage, War (devenu Vår), Lust For Youth, Sexdrome, Marching Church, et le petit dernier : Croatian Amor. Tous ces projets évoluent autour d'un noyau de jeunes danois qui ont fait un pacte de sang avec les dieux païens, au centre de cette bande, un homme : Loke Rahbek. Préférant conspirer en sous-sol plutôt que parler aux médias, on a réussi à arracher quelques mots à Loke, qui nous présente ses activités et nous balance des morceaux issus du nouvel album de Croatian Amor, un album qui ne possède pas de note sur Pitchfork.


Qui est derrière Posh Isolation ? C’est né comment ?
Christian Stadsgaard et moi, Loke Rahbek. Le label a commencé, comme beaucoup d’autres j’imagine, par le besoin de sortir notre propre musique. Les choses ont évolué depuis et aujourd’hui, on sort des disques de beaucoup d’autres artistes mais qui, d’une façon ou d’une autre, restent très proches de nous.

Vous avez un studio personnel ?
La plupart des groupes qui gravitent autour du label répètent et enregistrent dans un endroit appelé « Mayhem », à Copenhague, un lieu qui organise aussi des concerts de temps à autre. Le Mayhem est principalement dédié à la musique expérimentale.

Vu d’ici, Copenhague a l’air de grouiller de groupes.
Ouais, la scène alternative ici s’est énormément développée ces derniers temps, et c’est un chouette endroit maintenant, bien meilleur qu’il y a quelques années. A côté de ça, c’est une petite « grande ville », comme beaucoup d’autres. La ville est la ville, elle correspond à ce que tu injectes dedans.

Posh Isolation possède un site internet hyper austère, abuse de thèmes minimalistes, ne « communique » pas… C’est une stratégie ? Vous êtes responsables de la violence graphique aussi ?
Oui, c’est nous qui faisons tout le travail graphique du label depuis le début, ça nous semble très important de garder le contrôle de cet aspect. Être capable de présenter chaque discipline comme faisant partie d’un tout, afin d’avoir un point de vue total sur ce qu’on créé. Mais en effet, on ne fait pas de discours. S’il n’y a rien à dire on ne parle pas. Une oeuvre suffisamment forte est capable d’exprimer un point de vue sans avoir à la commenter, tu ne crois pas ?


Une nature morte signée Posh Isolation qui ne nécessite aucun commentaire.

Certainement, mais les gens ont souvent besoin de tout se faire expliquer. D’ailleurs, pasmal de groupes que vous sortez ont des noms relativement abusés ou utilisent des références provocantes. Ca vous a déjà attiré des problèmes ?
J’ai du mal à penser à un disque, un seul disque, sorti sur Posh Isolation qui serait aussi provocant que n’importe quel truc qui passe en radio actuellement, ou à un insert qui serait bien plus indécent que n’importe quelle publicité que tu es forcé de voir chaque jour. Mais bien sûr, il y aura toujours quelqu’un prêt à se sentir insulté.

Vous avez un catalogue de plus de cent références en à peine quatre ans. Impressionnant. Certaines au tirage très limité. Il y a des sorties qui ont eu plus de « succès » que d’autres ?
Du succès dans quel sens ? Quel disque s’est le mieux vendu ? A reçu le plus de compliments ? Ou le disque dont je suis le plus fier ? Je ne pourrais pas et je ne veux pas répondre à une telle question. Evidemment, on se bat pour que chaque album qu’on sorte soit meilleur que tout ce qui s’est fait auparavant, mais en général, je visualise la discographie dans sa totalité. Chaque disque s’emboîte dans le précédent et dans celui qui sortira après, voilà comment nous fonctionnons.

Je parlais d’un « succès » à l’échelle DIY. On dirait que vous faites tout pour créer un label vraiment unique et différent. Tu crois encore au terme « alternatif » ?
Je crois plutôt que la question logique serait de se demander « alternatif à quoi » ? Dans ce sens, je revendique complètement le terme, il implique une autre voie, une autre vision des choses. La « musique alternative » aujourd’hui est juste devenue un sticker que tu colles sur tout et n’importe quoi. Tu utilises une pédale avec un delay ? Bravo, tu joues dans un groupe de rock alternatif. Mais si on se réfère à la signification originelle du mot, alternatif, il s’agit purement et simplement d’expérimentation. Alors au lieu d’alternatif, je préfère utiliser le mot expérimental.


Le groupe Vår en tenue de scène. Loke Rabhek est le plus viril des quatre.

Pourquoi êtes-vous autant férus du format K7 ?
Les cassettes représentent une part important de notre travail, depuis le début, pour plein de raisons. Quand on enregistre la musique que l’on sort, une musique difficile et exigeante, la sortir sur un format lui aussi difficile et exigeant semble plutôt logique. C’est un très bon medium pour notre genre de label : elles ne coûtent rien, elles ont de la gueule, elles ont un bon son, et tu peux les copier toi-même.

Posh Isolation est aussi un magasin dans le centre de Copenhague. Quel genre de clients viennent vous voir ? J’ai lu un article sur le lieu dans un magazine arty-pour-meufs, ça m’avait assez surpris.
Eh bien, je mentirai si je te disais que des hordes de meufs arty-glossy françaises débarquaient ici tous les jours, mais à côté de ça, notre clientèle est relativement variée.

Haha. Vous ne vendez que de la musique ?
On vend de la musique et de la littérature. On propose une petite sélection de titres, mais à notre avis, suffisamment pointue. C’est aussi un lieu de rencontres, un lieu où échanger des idées et des opinions.

Tu organises des concerts aussi si j’ai bien compris ?
Posh Isolation organise rarement de concerts, ça arrive de temps en temps quand un truc vraiment important se présente. Il y a eu quelques bonnes occasions, mais le mieux serait de venir voir par toi-même.

Je viendrai.


Une cover issue de la dernière sortie du groupe, dans un esprit déconneur et DIY.

Croatian Amor vient de publier une oeuvre de 7 cassettes de 2 titres sur Posh Isolation, tendrement intitulée Genitalia Garden. Un best of sera édité en vinyl sur le label japonais Big Love Records en mars prochain. Il contiendra à coup sûr les deux titres ci-dessous, « Roman Navel » et « The Odessa Girls ».





Rod Glacial a décidé d'arrêter de communiquer, tellement 2013, il cherche des plans covoiturage pour le Danemark. Il est sur Twitter @FluoGlacial