L'homme de l'année 2016 ? Kekra, sans hésiter

« Continue à les rendre fous, tous ces connards. »

par Genono
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déc. 14 2016, 9:01pm

Février : Freebase 2 ; Mai : Vréel 1 ; Novembre : Freebase 3. Kekra a charbonné toute l'année, sans jamais donner l'impression de forcer. Si l'hyper-productivité tend à devenir une norme dans le rap, rares sont les Français capables de se vanter d'avoir sorti trois projets -dont deux entièrement gratuits- sur une même année civile. Chacun de ces disques étant au moins aussi bon que le précédent, et Kekra s'étant rapidement imposé comme un artiste complètement hors-normes, sa place d'homme de l'année du rap français raisonne comme une évidence.

Afin de récapituler les douze derniers mois de sa carrière, j'ai donc entrepris de lui proposer une interview sous forme de bilan de l'année 2016. Belle surprise en apprenant qu'il acceptait « uniquement pour moi » -j'aime me sentir privilégié. Tout a commencé par un « wesh, vous êtes des hagar les mecs ! Moi j'ai commencé juin-juillet 2015, ça fait un an et demi. Vous, vous comptez en années civiles, comme les impôts », et s'est conclu par un conseil avisé de la part de Kekra, formulé ainsi : « Genono, continue à les rendre fous, tous ces connards ». Entre ce prologue et cet épilogue, 4000 mots prononcés par un Kekra survolté et très bavard, à l'opposé de l'image que je m'étais faite de lui à travers les rares interviews qu'il avait accepté de donner jusqu'ici. Le plus fantastique, c'est que j'avais clairement mal préparé la rencontre, posant des questions quelconques voire franchement lamentables, et qu'il rattrapait à chaque fois le coup par des réponses aussi longues qu'excessives, allant même parfois jusqu'à se poser les questions lui-même -des questions bien plus pertinentes que les miennes, car il a l'amour du travail bien fait.

À un moment, j'ai même eu l'impression d'être en train d'interviewer Salif, tant son discours sur le milieu du rap était proche. Il faut dire que je n'ai pas eu l'occasion d'interviewer Salif avant sa retraite musicale, et que ça restera comme un grand regret, donc je m'accroche à ce que je peux. Mais jugez par vous-même, et lisez ce passage avec la voix de Salif : « C'est comme… tous ces gogols finis qui viennent et qui me posent des questions sur mes lyrics. Vous avez écouté mes chansons ? Putain, mais écoutez mes sons, bordel. C'est dans mes sons qu'il y a les réponses à vos questions, bande de cons ! Concentrez-vous sur ma musique. Mes Yeezy, mes sapes, on en a rien à foutre, calculez pas ce genre de choses. Je m'habille pas pour les clips. Si tu me vois avec une sape dans un clip, c'est que je portais ça ce jour-là. J'arrive pas avec un sac de sport, et je me change pas dans une cabine pour que personne me voit en slip ».


Et puis finalement, Kekra m'a demandé d'attendre sa prochaine sortie pour publier l'interview. Considérez donc ceci comme un teasing. Parce qu'après tout, les rappeurs passent des semaines à teaser leurs clips et leurs albums, alors il n'y a aucune raison qu'un journaliste ne passe pas des mois à teaser ses interviews. 

D'après ce que Kekra m'a laissé entendre, il y a de fortes chances qu'il soit à nouveau l'homme de l'année en 2017. Je me risquerai peut-être encore à l'interviewer, car j'aime l'incertitude du rap français, cette incertitude qui me rappelle que rien dans la vie n'est acquis, et que les principes de base de la physique quantique sont liés à l'incertitude et l'indétermination -je meuble mon article comme je peux.

Quoi qu'il en soit, je jure de consacrer mon année 2017 à appliquer à la lettre ce conseil farfelu mais parfaitement pertinent de Kekra, « continuer à les rendre fous, tous ces connards ».

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