Sch, Paigey Cakey et Hamza sont sur un bateau : qui tombe à l'eau ?

Suite à l'accusation de plagiat de la rappeuse anglaise après la sortie du titre « Ça va » de Sch et Lacrim, nous avons mené notre propre enquête et découvert que, comme souvent, la vérité était ailleurs.

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mai 18 2017, 10:03am

La semaine dernière, un mini-scandale a agité la toile et le monde du rap (enfin, pendant quelques heures quoi) : le titre « Ça va » qui réunissait Lacrim et Sch sur l'album de ce dernier s'est révélé être une reproduction très précise du morceau « Down » de la rappeuse britannique Paigey Cakey. Mais après de longues investigations, nous sommes en mesure d'affirmer que la vérité est bien plus complexe qu'il n'y paraît.

Récapitulons. Le 5 mai sort l'album Deo Favente. Parmi les morceaux de ce troisième album de Sch, on trouve à la piste 14 le traditionnel featuring avec Lacrim, intitulé « Ça va ». Et apparemment, ça va pas fort.

En effet, très vite, des auditeurs avertis relèvent une similitude un peu trop prononcée entre le son du MC d'Aubagne et « Down », un morceau dont le clip est sorti en décembre 2016.

Et là, c'est l'engrenage fatal : l'interprète de « Down », à savoir la rappeuse anglaise Paigey Cakey, est mise au courant, et apprécie modérément l'initiative.

De son côté, le beatmaker semble lui aussi partager ce manque d'enthousiasme et n'exclut pas de régler le problème à un niveau judiciaire. Une fois encore, la perfide Albion veut étouffer l'exception culturelle française.

On notera que cette affaire aura au moins eu le mérite de faire interagir des fans de rap français avec une artiste anglaise, et c'est beau de voir que malgré le Brexit les échanges culturels continuent d'enrichir nos deux pays.


Alors que s'est-il réellement passé ? Plusieurs hypothèses sont envisageables.

C'est un plagiat pur et simple

Sch, Lacrim et DJ Bellek ont purement et simplement récupéré le morceau d'origine, se sont dit que ça passerait inaperçu parce qu'après tout, ça fait une trentaine d'années que le public français prouve son incapacité chronique à différencier copier-coller, influence et hommage. Le trio a donc sciemment repris le morceau de base, de la prod au flow.

C'est un plagiat pur et simple mais Sch est innocent

Dans ce genre d'affaires, toujours tout mettre sur le dos des Arabes, devant la plupart des juges ça marchera à tous les coups. Partons donc du principe que Sch est arrivé un beau matin dans le studio, et que tel des vils gredins DJ Bellek et Lacrim ont profité de sa naïveté toute provinciale pour lui faire croire qu'ils avaient bossé sur le morceau toute la nuit, flow et placements compris. Quelle honte.

C'est uniquement la faute de DJ Bellek

Plusieurs commentaires un peu taquins ont mis en avant le fait que niveau beats et crédits (il n'y a pas de jeu de mot), Bellek et son frère Kore n'ont pas toujours été super réglos. Sauf que là, comme dit précédemment, c'est carrément la version française d'un morceau qui existait déjà, on a donc passé un palier dans la roue libre.

C'est un malentendu

Si on part du principe que la prod a tourné et qu'elle faisait partie d'un package que la fine équipe a récupéré, il est très probable qu'elle ait été livrée avec ce qu'on appelle des toplines voire un yaourt tout entier. En bon français, ça veut dire que les placements et le refrain étaient déjà programmés sans parole précises sur la version de base de l'instru. Ce qui n'explique toujours pas l'absence de crédit.

Sauf que...

On est en 2017, il faudrait être particulièrement idiot ou inconscient pour s'imaginer que personne ne va s'apercevoir de la ressemblance frappante entre les morceaux une fois diffusés. Ce serait comme pomper la mise en scène de la baston du couloir du film Old Boy sur une demi-douzaine de films pendant dix ans en étant persuadé que ça va passer sous prétexte que c'est un film asiatique. Quoique, ce n'est sans doute pas le meilleur exemple.

À partir de là, d'autres hypothèses semblent bien plus probables.

En 2015, Paigey a plagié la coupe de Sch


L'artiste d'Aubagne a dit et répété qu'il attachait une importance et un soin tout particulier à son apparence, indissociable de son image de rappeur, celle qui doit marquer son public. Quand on fait à ce point attention à son look, ce n'est pas pour que la première Anglaise venue vous coupe l'herbe sous le pied. Il y a des choses avec lesquelles faut pas déconner. Tu plagies ma coupe ? On te chourave ton morceau. Un partout, balle au centre.

Paigey est la fameuse ex qui a traumatisé Sch

C'est un peu moins présent sur ses derniers projets, mais Sch a souvent distillé ici et là des petits indices qui laissent penser qu'il a eu au moins une expérience amoureuse qui a mal tourné. Il nous l'avait d'ailleurs confirmé en interview : « c'est une dédicace à mon ex que j'ai perdue pendant la musique. Enfin je dis "perdue " , elle est toujours en vie Dieu merci, mais je suis plus avec elle. Du coup big up à elle […] Je trouvais que c'était une belle image : '' Je t'ai cousue sur mon cœur, pute, comme Daniel Auteuil, mais je l'ai arraché, revenir plutôt crever d'orgueil ''. Ouais on est des hommes, on a une fierté, on revient jamais nous ! » L'autre affirmation qui revient dans ses entretiens, c'est l'abandon volontaire de l'argot et même de l'accent du sud-est, pour être plus universel et se faire comprendre du plus grand nombre. Bien.

Paigey a 24 ans, elle est née le 18 janvier 1993. Sch a 24 ans, il est né le 6 avril 1993. Et là tout devient évident, on imagine le drame inéluctable tel une side-story cauchemardesque de Love Actually : un échange scolaire, un élève sudiste qui n'a d'yeux que pour une petite anglaise mais qui, à cause de son accent affreux, sera totalement ignoré durant le séjour de la gamine. Partant de là, un traumatisme se crée, et dès que l'occasion de se venger s'est présentée, Sch l'a saisie. C'est probablement pour ça qu'il s'est mis à rapper depuis le départ. Il était donc tout à fait normal que le sudiste se venge, car en amour comme à la guerre, etc etc.

Mais au fait...

Le premier à avoir sorti une autre version de ce morceau n'est ni Sch ni Paigey Cakey, c'est en réalité… Hamza. Et oui, plot twist assez inattendu dans cette affaire déjà hautement rocambolesque, il s'avère que le rappeur belge avait publié le morceau « Anh Yeah » (on ne se moque pas du titre, merci) quelques jours avant que la rappeuse anglaise ne sorte le sien. Des mauvaises langues pourraient dire que la Britannique avait déjà teasé son titre en balançant des extraits, mais Hamza aussi, donc on va partir du principe qu'il l'a fait avant, ne serait-ce que parce que ça permet des scénarios encore plus stupides.


Si on part de là, la grande question est : pourquoi Hamza et ses fans ne se sont-il pas à leur tour fait entendre dès le départ ?

C'est sur une mixtape gratuite donc tout le monde s'en fout

« Anh Yeah » était présent sur la mixtape Santa Sauce, que Hamza a généreusement offert à tous ses fans sur le net. Et malheureusement, réclamer des droits et du crédit pour un morceau sorti sur un projet gratuit et, par nature, sans doute non déclaré, revient à accorder sa confiance à Manuel Valls ou à se lancer dans un match de catch contre un anaconda ; ce sont des exercices qui peuvent se tenter, mais qui restent périlleux.

Personne n'écoute vraiment Hamza

La ressemblance entre les morceaux nous confirment une chose qu'on soupçonnait depuis longtemps : beaucoup de gens se paluchent sur Hamza mais peu l'écoutent avec attention, ce qui explique que son titre soit passé sous les radars. Le public est un con, épisode 238.

Hamza et Paigey sont une seule et même personne

Là je sais ce que vous allez dire : ça marche déjà moyen vu la différence de gabarit entre le H et la donzelle. Mais on n'est jamais à l'abri d'un cas à la Ranma 1/2. D'ailleurs, tant que personne n'a jamais vu les deux dans la même pièce, c'est plutôt à ceux qui prétendent que ce sont deux individus différents de prouver leurs dires.

C'est un plan machiavélique d'Hamza

Tel Keyser Soze, le lutin de Bruxelles a sans doute bien plus et bien mieux calculé son coup que la rappeuse anglaise. En se faisant entendre directement, Paigey peut espérer avoir une contrepartie sympa mais elle aurait eu beaucoup plus en ne disant rien et en attendant que « Ça va » soit exploité en single, et pourquoi pas clippé. En se faisant discret, le rappeur pourra tranquillement réclamer son dû au centuple, un peu comme le Leprechaun qui revient récupérer son or des siècles plus tard avec une détermination qui force le respect.

Hamza, Paigey et Sch préparent un super remix

Comme bon nombre d'imbroglios du même genre outre-atlantique, toute cette histoire n'est peut-être qu'un moyen d'annoncer un featuring international entre la Grande-Bretagne, la France et la Belgique, une connexion inédite qui pour le coup aurait plutôt de la gueule. Mais ça impliquerait que des rappeurs aient organisé eux-même une manœuvre complexe pour en tirer quelque chose de positif. C'est donc la supposition la plus improbable de toute la liste.


Yérim continue d'enquêter sur Twitter.