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Parris Mayhew vous révèle enfin la vérité sur les Cro-Mags

Le plus gros générateur à embrouilles de la scène hardcore n'aura plus aucun secret pour vous.

Sur chaque photo des Cro-Mags, Parris est toujours le mec qui regarde dans une autre direction. Symbolique.

La gloire, le succès, la déchirure, les embrouilles entre skinheads, krishnas, drogués, labels et tourneurs, la reformation, les reformations, les alliances, les trahisons... Cro-Mags a tout connu. Le groupe formé en 1982 aura vu toute la scène New York Hardcore des années 80 et 90 défiler dans ses rangs et est devenu le parrain de ce son crossover hardcore/metal qui est aujourd'hui la norme. Tout ça grace aux riffs surpuissants de Parris Mayhew. Il n'a rien à vendre, ni rien à gagner, il ne concocte pas de smoothies, il ne poignarde pas non plus ses anciens collègues : l'ancien guitariste et cofondateur des Cro-Mags a juste répondu calmement à toutes les questions qu'on pouvait se poser sur le plus célèbre des groupe de hardcore.


Noisey : Qu'est ce qui fait que Cro-Mags soit autant respecté après toutes ces années, et ce, bien au-delà des cercles hardcore, punk ou metal ?
Parris Mayhew :
Les gens aiment Cro-Mags parce que notre musique était bonne, tout simplement. Les bonnes chansons résistent à l'épreuve du temps. Quand tu écoutes The Age Of Quarrel, tu as l'impression qu'il a été enregistré hier. Certains peuvent toujours avancer que le culte autour du groupe est surtout dû à notre image, que c'est un facteur majeur, et ok, ça a sûrement été une chose importante dans Cro-Mags, mais l'image véhiculée avait le luxe de s'appuyer sur de la musique solide. Elle n'aurait eu aucun sens sans le pouvoir que la musique avait sur les gens. Et il faut aussi reconsidérer tout ce que les gens croient savoir à notre sujet : ce qu'on représentait, toutes ces histoires de violence, de religion loufoque… La vérité c'est que n'importe quel groupe finit par devenir une seule et unique chose : la somme de ses disques. Voilà ce qui reste et ce qui définit un groupe à la fin. Peu importe si Ozzy est devenue une merde aux yeux du public, dans la tête des fans, Black Sabbath ce sera toujours Sabbath Bloody Sabbath ou Vol.4. Et c'est la même chose pour Cro-Mags, The Age Of Quarrel et Best Wishes sont des disques inséparables et indélébiles dans la tête des fans.

John Joseph peut jouer avec son faux line-up de pauvres mecs pendant encore dix ou vingt ans en prenant le nom de Cro-Mags, et A.J. Novello peut chanter à qui veut l'entendre qu'il fait partie du groupe, ce ne sera JAMAIS le cas. Il n'a rien à voir avec la création, l'inspiration et la spécificité du son des Cro-Mags. On ne composait pas simplement de bons morceaux mais des chansons universelles.

La bonne musique parle à tout le monde, et ça se reflète dans notre fan-base. Les gens me disent tout le temps : « Quand Cro-Mags jouaient dans notre ville, tout le monde se pointait, les skaters, les punks, les skins, les metalheads, les types lambda. Tu ne voyais jamais ça ailleurs. » J'ai toujours apprécié ces remarques parce que je n'ai jamais appartenu à aucune chapelle. Cro-Mags a dépassé les frontières du genre avec sa musique. Tu n'étais pas obligé d'être un hardcore kid pour aimer Cro-Mags ; Best Wishes en est la preuve. Beaucoup de fans sont convaincus que The Age Of Quarrel est l'album ultime, mais pour beaucoup d'autres, Best Wishes arrive en tête. Et les chiffres ne les contredisent pas : Best Wishes s'est vendu deux fois plus.

T'as pas vraiment l'air de porter A.J. Novello (l'ancien guitariste de Leeway) dans ton cœur. Pourtant, quand on parle de hardcore new-yorkais de la fin des années 80, deux noms reviennent souvent : Cro-Mags et Leeway. Vous étiez proches ou pas du tout ?
Leeway a ouvert pour quelques uns de nos concerts dans les années 90. Je ne me souviens pas vraiment leur musique mais ce n'était pas trop ma came. On n'a jamais été inséparables. Ils étaient vraiment en bas de l'échelle à cette époque. C'est un groupe qui s'accrochait, voilà pourquoi A.J. joue maintenant ma musique au lieu de la sienne. Ça permet de mesurer la valeur artistique de son groupe…

Trente ans plus tard, tu penses toujours que The Age Of Quarrel est un bon album ?
Bien sûr, c'est un bon album. Je ne peux pas ignorer 28 ans de fanatisme maniaque autour de ce disque, mais perso, je préfère les démos. Sur la démo, John était tout frais et sa prestation était bien meilleure. Il reprenait les lyrics de Eric Casanova, notre premier chanteur. Au moment d'enregistrer, je suis resté dans la cabine avec lui pour l'aider à respecter les mélodies et la cadence. Il luttait pour garder le rythme et la voix. John n'a pas tout défoncé d'entrée, j'ai dû le guider et il m'a écouté à contre-coeur mais je pense qu'il a quand même très bien fait sont taf. C'est sa meilleure performance en fait, et beaucoup de fans sont d'accord. Quand John a rejoint le groupe, il n'avait quasiment aucune notion musicale, c'était juste un mec qui traînait sur scène et qui s'est dit « je veux être chanteur », il n'avait pas ce talent naturel. Il était d'ailleurs très frustré par sa mise à niveau, et malheureusement, il n'a pas eu la sagesse de nous demander de l'aide, à Harley ou à moi, et a préféré se crisper et opter pour la confrontation. On l'a épaulé au début mais au fil du temps il n'a plus voulu coopérer. Quand on a commencé à enregistrer Best Wishes, son chant n'avait pas du tout évolué, alors on l'a jeté. Sa dynamique de départ était facile parce qu'il a pris le train en marche. John a aussi écrit de super textes hein, comme « We Gotta Know » et « Seekers Of The Truth », mais sa courbe de progression a stoppé net après le premier album. Je le redis, son chant sur la démo était au top, très proche de la vision d'Eric Casanova, avec sa touche perso, « Malfunction » est de loin sa meilleure performance.

Sur l'album, John était malade, son chant était faible, il était clairement pas dedans. Et puis à cette époque, il était plus occupé à tenter de semer la merde entre Harley et moi. J'ai voulu le faire réenregistrer le chant plus tard mais il a refusé à chaque fois ce qui fait que les vocaux de The Age Of Quarrel n'ont jamais sonné comme ils auraient dû. John avait un comportement assez débile dans son rapport à Cro-Mags. Il n'a jamais eu conscience que cette musique, qu'on composait moi et Harley, était hors norme, et que c'est ça qu'il fallait retenir de notre collaboration. Au lieu de ça, il a vécu notre entente comme une menace, parce que qu'il ne pouvait pas participer, alors il a tout fait pour me dégager.

Je préfère aussi la démo d'un point de vue musical, la batterie tabassait. Puis Mackie est lui aussi devenu un obstacle à la progression du groupe. Au début, il savait taper mais n'avait pas d'idées. Harley, qui est plutôt bon batteur, s'est assis avec lui et lui a montré comment jouer chaque morceau de The Age Of Quarrel. Mackie a digéré tout ça assez vite mais évidemment, au moment d'enregistre rl'album, il ne se sentait plus pisser. Alors qu'il était carrément à l'ouest. Il jouait même l'inverse de ce qu'on lui demandait, simplement pour nous faire chier. Le résultat : la batterie est quasi absente de The Age Of Quarrel et l'enregistrement avec Mackie a été un vrai cauchemar. On l'a remplacé dès qu'on a pu, il était devenu infect. Les fans ne savent pas tout ça, mais adorent quand même le résultat final, alors moi ça me va. Je pourrais parler de ce disque pendant des heures. Il n'était pas au point, mais il aurait pu être bien pire. Comme lorsque John et moi nous sommes embrouillés parce qu'il voulait scander un « Hare Krishna » sur la partie rapide de « Life of My Own ». J'ai filé un grand coup de latte par terre et j'ai dit : « Y'A PAS MOYEN PUTAIN ! » Evidemment, ça n'est jamais arrivé, mais c'est un exemple de ce qui aurait pu se passer si je n'avais pas gueuler de temps en temps.


Parris regarde toujours ailleurs, TOUJOURS.

Tu écoutes encore tes anciens disques ?
Non, jamais. Trop de souvenirs désagréables, et de regrets quand je pense à ce qu'ils auraient pu être. J'écoute parfois Revenge, malgré la voix de Harley (relativement horrible). J'aime bien celui-là, j'en suis plutôt fier. Je suis fier que les gens aiment les autres mais c'est une fierté différente. Sur Revenge, il s'agit d'un réel accomplissement personnel. C'était beaucoup de boulot, j'ai de nouveau écrit et produit la majorité de la musique, comme sur Age Of Quarrel, mais ici le résultat a été moins miné par des querelles de clocher et des mauvais musiciens. Après, je ne veux pas me rendre malade et penser à ce que ce disque aurait pu être si Harley s'était bougé un minimum le cul, et si je n'avais pas gaspillé autant d'énergie à le gérer. Tout considéré, c'est mon meilleur disque je crois. J'avais aussi conscience en le terminant qu'il n'y en aurait jamais d'autre. J'ai mis tout ce que je pouvais dedans. Le label nous avait donné des sommes d'argent indécentes, et payé des journées entières de studio, on était complètement libres mais il fallait bien sûr compter sur l'éternelle attitude négative de Harley. On ne pourrait jamais plus nous laisser traîner en studio et glander comme on l'a fait, même si on produisait des tubes. Et on était loin du succès puisque Polygram nous a jeté en pleins pourparlers et l'album n'est jamais sorti officiellement. J'ai pressé 20 000 copies que j'ai vendues aux concerts pour la plupart, jusqu'à ce que le stock s'épuise. Quel gâchis.

Comment aviez-vous réussi à choper ce contrat chez Polygram ?
Grâce à mes connections dans le monde du clip et de la vidéo. Un manager m'avait dit « si vous vous reformez vraiment, vous serez signés en un claquement de doigt ». Alors on l'a fait.

D'ailleurs, tu touches de l'argent de toutes ces rééditions de The Age Of Quarrel ?
Non, rien. C'est le bootleg de John, ça.

Tu ne mentionnes pas les albums Alpha Omega et Near Death Experience sortis au début des années 90. Les riffs de ces disques sont très similaires aux tiens pourtant.
Sur Alpha Omega, les riffs ne sont pas similaires, ce sont les MIENS, et ceux de Rob Buckley avec qui je jouais après la sortie de Best Wishes. J'en parle d'ailleurs plus longuement sur le site Cro-Mags.com. Mon opinion là-dessus ? Ces deux albums sont un parfait exemple de la pire violation qu'un artiste puisse commettre : voler la création d'un autre. Et le résultat est merdique. Le chant est pourri et les tempos ne sont jamais dedans. Je ne les ai écoutés qu'une seule fois chacun. Near Death Experience est de loin le plus embarrassant. C'est une merde sans nom.

Parle-moi de White Devil, le groupe que vous avez formé avec Harley ensuite.
C'était juste Cro-Mags sous un nouveau nom. Changer de nom était un peu ridicule vu que les tourneurs nous bookaient toujours sous les deux noms, White Devil/Cro-Mags. La vérité c'est que nous ETIONS les Cro-Mags et ce disque était clairement un disque des Cro-Mags. Donc, on a repris notre nom ensuite.

Tu penses quoi des reformations de vieux groupes en général ?
S'il s'agit de « vraies » reformations, pour composer de nouvelles choses, je soutiens. Comme lorsqu'on s'est retrouvé avec Harley pour faire Revenge, le truc c'était vraiment de faire du neuf. On ne pensait même pas s'appeler Cro-Mags. On voulait juste recréer l'énergie du passé, et elle était toujours là. Mais quand un seul mec rassemble des gens autour de lui et appelle ça « un groupe », ça colle pas. Black Flag, Misfits, Cro-Mags, Journey… toutes ces soi-disantes reformations me rendent tristes. Ça déprécie la valeur du phénomène original. La découverte d'une musique par quelques individus qui étaient capables de produire ce qu'un million d'autres ne pouvaient pas ; cette habilité unique à reconnaître, découvrir et créer un puzzle musical qui modifie la vie des gens, voilà ce qui fait un bon groupe. Et peu importe si les remplaçants sont bons, qu'ils montent sur scène et essaient d'imiter Cro-Mags en faisant des reprises, ce ne sont pas les magiciens. Ce sont de simples perroquets. Harley l'a très bien dit : « Si tu mets John Joseph, A.J. et Mackie dans une pièce avec des instruments et que tu leur demandes d'écrire un morceau, qu'est ce que tu crois qu'il va se passer ? Absolument rien. » Ça résume parfaitement ce faux Cro-Mags. Ils jouent ensemble depuis bientôt 20 ans et n'ont toujours pas de nouveaux morceaux. Ils jouent uniquement The Age Of Quarrel, et bien sûr, aucun d'eux ne peut prétendre avoir écrit ces chansons. Sérieusement, c'est un groupe de bal de fin d'année. John n'a t-il aucune fierté ?​

Le Webster Hall de New-York, quelques minutes avant qu'Harley Flanagan n'y pénètre pour poignarder John Joseph.


Cro-Mags est synonyme d'embrouille éternelle entre John et Harley, au nom de la « Vérité ». On te demande rarement ton avis à toi, et j'imagine que tu as déjà dû prendre parti par le passé. Ton opinion a t-elle évoluée depuis la fameuse affaire du Webster Hall?
Bien sûr, j'ai choisi mon camp : le mien. Harley et moi avons créé ce groupe, on est derrière le son qui a défini Cro-Mags. John est arrivé ensuite et a été remplacé parce qu'il n'avait pas sa place avec nous. On a enregistré Best Wishes sans lui, et le disque a pulvérisé The Age Of Quarrel. Facile. J'ai toujours considéré John comme un accessoire, quelqu'un qui se coule dans le costume. Il y aurait très certainement eu un Cro-Mags avec ou sans John, que les choses soient claires. Ceci étant dit, John aurait pu être un bon chanteur mais il s'est mis des barrières tout seul en nous tournant le dos, et en cherchant à tout prix à saboter ma relation avec Harley. John utilisait son bavardage Krishna pour manipuler les gens, Harley a mordu à l'hameçon et a plongé. Quand John a essayé de mon côté, ça n'a rien donné. Je n'étais pas un gamin solitaire, abandonné, je n'avais pas besoin d'une famille, j'avais déjà une famille. Quand John a réalisé qu'il ne me verrait jamais en toge, il m'a tout de suite considéré comme un ennemi et a commencé à semer la merde. C'est vraiment débile parce qu'on avait un groupe qui fonctionnait bien, très bien même, et il a détruit ça de l'intérieur. Ça me rappelle cette citation de Carl Sagan : « Un organisme en guerre contre lui-même est condamné. » John m'a déclaré la guerre quand il a vu que je ne serai jamais sous son emprise Krishna, et dès lors, Cro-Mags était condamné.

En ce qui concerne la bagarre du Webster Hall, tout est de la faute d'Harley, sans aucun doute. Et ça a commencé bien avant qu'il mette un pied là-bas. Harley a créé cet environnement dans lequel il était devenu acceptable pour les fans qu'un faux groupe puisse jouer sous notre nom. Quand Harley est devenu un paria de la scène et qu'il a poussé les fans à le détester à tel point qu'ils choisissaient le camp de John, ça a ouvert le champ au grand n'importe quoi. Voire même avant, quand Harley a voulu me mettre de côté. Lorsque notre groupe était au sommet, personne n'aurait jamais soutenu une bande de pauvres types se faisant appeler Cro-Mags, jamais. Harley a rendu cette situation possible, avec ses divagations gênantes sur Internet, ses trahisons, son égomanie.

La détresse et l'impuissance qu'on peut lire sur le visage de ce flic résument parfaitement la situation.

Malgré ça, Harley était dans son droit quand il leur a fait face au Webster Hall, mais c'est arrivé bien trop tard, le timing était stupide. Il aurait pu faire stopper ce concert et tous les autres d'un simple coup de fil (le nom Cro-Mags lui appartient toujours) mais il ne l'a jamais fait. Ce que les gens ne comprennent pas, c'est qu'Harley était en mission. Son moral était à zéro, son groupe détourné par une poignée de mecs en carton-pâte et c'était maintenant lui le dindon de la farce. Harley connaît la vérité, peu importe ce que les gens pensent de lui, il a toujours été sincère. Et il l'EST encore, même s'il est devenu une sorte de bouffon médiatique ; il est toujours le co-fondateur de Cro-Mags et rien ne changera ça. En fait, je pense qu'Harley croyait que s'il se montrait au Webster Hall ce soir là, sa seule présence aurait prouvé aux yeux du monde la mascarade de ce faux groupe. Il a demandé à John s'il pouvait jouer avec eux et John a refusé. A ce moment, Harley devait prendre une décision. Tout ce qui lui restait à faire était d'élever ce degré de légende (que lui-même avait créé) à son zénith. Je ne crois pas que tout était planifié à l'avance, il a juste eu un flash. Il était enragé, le dos au mur, et a donc agi en conséquence : avec frustration et impuissance. Il SERAIT la légende en tuant John. Il irait en prison mais resterait quand même la légende. Le mythe réalisé.

Harley Flanagan a toujours eu la haine, TOUJOURS.

Harley n'a plus beaucoup de temps à vivre donc quelle différence de mourir en prison s'il est de nouveau adoré. Je sais que ça peut paraître insensé dit comme ça, mais je connais Harley, et c'est exactement comme ça qu'il pense. Harley était persuadé que cette attaque allait être perçue comme un acte héroïque. Donc il est allé droit vers John mais a été intercepté par ses sbires. Il a agressé les mauvais mecs et n'a tué personne, et tout a dégénéré. S'il avait tué John, tout serait terminé, il aurait accompli tout ce qu'il a toujours désiré. Les Fake-Mags auraient disparu et sa légende serait redorée. Au lieu de ça, il a tailladé un pauvre type. Et évidemment, il n'avait pas l'intention de les tuer parce qu'il les a tailladé, et NON poignardé. Ce sont deux choses très différentes. Un coup de couteau est délibéré, rien à voir avec des entailles qu'on appelle d'ailleurs des « blessures d'hésitation ». Crois-moi, je sais ce que poignarder veut dire. Harley a donc échoué magistralement, parce que sa mission s'est complètement retournée contre lui. La suite de l'histoire, tout le monde la connaît, la scène s'est enragée contre lui. Ça a été un fiasco total.

J'ai vraiment été déçu quand j'ai vu que personne n'avait porté plainte contre lui, parce qu'ENCORE une fois, Harley s'en sort sans aucune conséquence ! D'un autre côté, je comprends aussi son geste, parce que si tu viens chez moi pour me voler mes affaires, tu te feras sûrement taillader. Quand ces types montent sur scène en prétendant être nous, ils nous volent. Ils volent notre héritage et notre argent. Et bien sûr, les applaudissements nous reviennent aussi.

L'âge d'or des Cro-Mags. Une célébrité s'est glissée sur cette photo, saurez-vous la retrouver.

Cette baston d'ego a éclipsé le fait que Cro-Mags était un groupe entier, composé de cinq musiciens. Comment des gens issus d'horizons aussi différents se sont retrouvés ensemble ?
Par la musique. Une alchimie s'est aussitôt opérée entre moi et Harley. J'adorais ses riffs et lui les miens. Il aimait tellement ma musique qu'il a souvent clamé qu'il en était l'auteur d'ailleurs, mais ça c'est une autre histoire, un cauchemar de plus... Quand Harley et moi on se posait avec nos instruments, un truc se passait. C'est très dur de trouver des gens qui jouent ce que tu ressens, et cette relation est la clé du phénomène Cro-Mags. On a réussi tous les deux à créer un son qui a touché des gens. Et même si je me suis retrouvé dans des plans improbables, j'ai adoré jouer de la musique avec Harley, plus qu'avec n'importe qui. Point. Bon, j'espère aussi ne plus jamais avoir à le rencontrer.

Les Savage Skulls, le gang qui régnait sur le Bronx dans les années 70 et 80.

Tu as grandi dans le Bronx. C'était comment l'environnement ?
C'était un super endroit pour un gosse, un très vieux quartier New-Yorkais, peuplé de plusieurs générations au sein d'un petit périmètre. Je suis allé dans le même lycée que ma mère. Les gangs régnaient dans les rues mais ils n'étaient pas comme les gangs de maintenant, qui s'apparentent plus au crime organisé. C'était plutôt une sorte de club, une fraternité qui protégeait son quartier ainsi que les gosses qui y habitaient. Notre gang de quartier c'était les Savage Skulls, ils étaient environ 10 000, une vraie petite armée composée principalement d'ados. Je me suis toujours senti en sécurité là-bas, on trainait dans les rues avec une sorte d'immunité, et on s'est vraiment bien marrés tous ensemble. Puis soudainement, le quartier a été détruit en quelques jours, après le fameux Blackout de 1977. L'éclairage fut coupé plusieurs nuits et les pilleurs en profitèrent pour dévaliser toutes les zones commerciales. Fordham Road et Grand Concourse, les deux artères commerçantes de mon coin, ont été littéralement vidées. Quand tout a été terminé, les gens étaient sous le choc. Les commerçants ont refusé de remettre leurs magasins en état. On ne trouvait plus rien aux alentours, plus de bouffe, rien. Les gens avaient peur et ont commencé à déménager en masse. Le Bronx est devenu une ville fantôme. Les propriétaires ont ensuite mis le feu à leurs propres immeubles. Mon foyer allait disparaître aussi. J'ai quitté le Bronx quelques années plus tard et n'y suis jamais retourné.

Tu aurais fait quoi si tu n'avais pas créé les Cro-Mags ?
J'aurais fait un autre groupe, sans aucun doute. J'avais déjà écrit quelques chansons avant de rencontrer Harley, comme « World Peace », « It's The Limit » et « Life Of My Own », donc j'aurais tout simplement trouver d'autres gens et jouer de la musique avec eux.Il faut aussi se rappeler que John Joseph, Doug Holland et Harley avaient un groupe ensemble avant Cro-Mags, MOI, pour Mode Of Ignorance. C'était le groupe rêvé pour Harley, composé entièrement de skinheads, et vu que Cro-Mags ne réalisait pas pleinement son rêve, il a tenté le coup avec MOI. A l'époque où Cro-Mags germait, MOI donnaient déjà des concerts. Ils étaient bons, mais il manquait une étincelle, et le plus important, ils n'avaient pas de bons morceaux ! Ça manquait d'impact, de substance, et en toute humilité, j'ai été l'élément qui a rendu Cro-Mags différent de MOI.

Evidemment, MOI a été mis de côté quand Cro-Mags a commencé à exploser. C'était facile à prédire, et je l'avais vu venir. Ironiquement, le moment est arrivé où Harley et moi avons voulu nous séparer de John et Mackie. On a répété avec Roger Miret et Peter Hines bien avant que notre première démo soit enregistrée. C'était une bonne session ; on a discuté avec Harley et on a conclu que John et Mackie devaient dégager. Plus tard, on est allé boire une bière avec Roger et Peter et ils m'ont sorti ceci : « En fait on n'a pas envie de jouer dans Cro-Mags, on aimerait monter un nouveau groupe avec toi. On n'a pas envie de jouer avec Harley. » Celle-là, je ne l'avais pas vu arriver ! Les gens qui connaissaient Harley depuis longtemps ne l'aimaient pas, et Roger le connaissait depuis un bail ! J'avais déjà préparé le terrain pour Cro-Mags alors j'ai refusé leur proposition et j'ai continué avec Harley. Mackie et John ne l'ont jamais su, on a fait comme si de rien n'était jusqu'à ce qu'on puisse enfin se débarrasser d'eux.

Cro-Mags en 1993, après le départ de Parris. Et on comprend mieux pourquoi il s'est barré.

T'es toujours en contact avec les anciens membres de Cro-Mags ? Ils deviennent quoi ?
Je parle avec Doug Holland sur Facebook, mais sinon je n'ai gardé aucun contact avec eux. Le seul qui a été vraiment un pote, c'est Harley. J'aimais bien Peter Hines mais je ne l'ai pas vu depuis des décennies. Quand John était dans Cro-Mags, je n'avais même pas son numéro de téléphone…

A l'heure actuelle, John et moi sommes toujours en « pourparlers ». Il m'a contacté il y a environ deux ans via un ami commun, l'arbitre d'Ultimate Fighting Doug Crosby, pour organiser une rencontre et tirer les choses au clair. On s'est vus tous les trois dans un coffee shop et John s'est immédiatement excusé de la façon dont il me traitait publiquement depuis des années. J'ai été très surpris et Doug aussi, il a profité de ces excuses pour s'éclipser et nous laisser tous les deux. Après avoir amorcé ce climat de paix, il en est venu directement au fait. John voulait que je lui écrive un nouvel album. Il m'a dit : « Les mecs avec qui je joue ne composent pas de musique. » Et je lui ai répondu : « Ouais, et même s'ils le faisaient ce ne serait jamais du Cro-Mags. » J'ai ensuite posé toute une série de conditions irréalisables, juste pour le tester, en terminant par celle-ci : « Pour finir, tu devras confesser publiquement que tu as menti quand tu as affirmé ceci : 'Parris m'a balancé à l'Armée'. »

Au fur et à mesure, j'ai vu le visage de John changer de couleur. Il réalisait. Il réalisait que ce n'était pas lui le patron quand on jouait ensemble et qu'il avait été habitué trop longtemps à occuper le trône. Il s'est particulièrement enfoncé quand il a ajouté : « Ah, eh bien je pensais qu'on pouvait juste louer un studio tous les trois, avec Mackie, comme à l'époque, pour écrire des chansons et voir ce qui se passe. » Je l'ai regardé droit dans les yeux et lui ai dit : « Ok, je suis bien conscient que tu as raconté tellement de fois ta propre version de l'histoire que tu as fini par y croire, mais toi, moi et Mackie n'avons JAMAIS composé quoi que ce soit ensemble. Et si je devais écrire des nouveaux trucs, j'aurais besoin de bons musiciens, pas de Mackie ! On prendrait Doug Holland d'ailleurs. » Il est resté abasourdi. Je lui ai dit tout ça de la manière la plus calme et stoïque possible, même si je n'avais aucune intention de faire tout ça. C'était un choc pour John.

Cro-Mags en 1984, sans John Joseph.

Plus tard, il m'a sorti : « Ok, bon même si on ne le fait pas, dans deux mois j'arrête de jouer avec Cro-Mags et le problème sera réglé. » Tout ça a été dit il y a deux ans, depuis il n'a jamais donné autant de concerts avec « Cro-Mags », et il n'a toujours pas composé le moindre nouveau morceau. Je lui ai d'ailleurs répondu la chose suivante : « Ecoute John, je suis obligé de te l'avouer : je déteste ce que tu fais avec le nom Cro-Mags. Et c'est malheureusement Harley et son comportement d'immense trou du cul qui a rendu toute cette mascarade possible. Je n'ai aucun intérêt dans Cro-Mags, avec ou sans Harley, donc pour ma part, je comprends ta position de vouloir chanter des morceaux dont tu es fier, mais j'aimerais quand même que tu arrêtes de le faire. Voilà, c'est dit. »

Après tout, je me sentais bien assis avec John et cette discussion a au moins servi à mettre fin à notre hostilité. Maintenant, on se sert la main quand on se croise. Pourquoi ne serions-nous pas civilisés ? On a un passé en commun dont nous sommes tous les deux fiers et nous devrions rappeler cette fierté l'un à l'autre. MAIS, évidemment, quelques mois après notre rencontre, j'ai lu une interview de John où il disait ceci : « J'ai parlé à Parris et il a enfin admis que moi et Mackie étions des membres originels du groupe et que nous avions le droit de jouer The Age Of Quarrel en live. » Je n'ai bien sûr jamais dit une chose pareille, et je ne le ferai jamais, pour la simple et bonne raison que c'est faux. Ça m'a bien gonflé mais ça ne m'a pas plus étonné que ça finalement.

Tu adapterais Evolution Of A Cro-Magnon (la bio de John Joseph) en film s'il te le demandait ? Haha.
Marrant, mais je ne l'ai évidemment pas lu. Je suis un gros lecteur, mais je n'arrive pas à imaginer le livre d'un auteur qui n'a jamais lu un seul livre de sa vie.

Quel livre a eu le plus d'impact sur ta vie ?
La Stratégie Ender a eu beaucoup d'influence sur moi. Ce livre m'a appris à être meilleur, à réfléchir et à tout faire par moi-même.

Je ne savais pas que tu étais vidéaste d'ailleurs, et notamment derrière la célèbre vidéo de « We Gotta Know » de Cro-Mags. Une de tes vidéos a même obtenu un MTV award.
Oui, c'était pour le clip « Slam » de ONYX, élue « Meilleure Vidéo catégorie Nouveaux Artistes », mais ce qui est encore mieux, c'est qu'elle est restée la vidéo la plus regardée sur MTV pendant des mois. La vidéo « Black #1 » de Type O Negative a été nominée comme Meilleure Vidéo Rock par Billboard Magazine et « Tales From the Hardside » de Biohazard a remporté le prix de meilleure vidéo rock de l'année sur FUSE TV. Mais bon, je m'éclate bien plus sur les tournages de cinéma.

Parris de dos, en train de filmer Run DMC, une tâche bien moins compliquée que de gérer Harley Flanagan.

Et le tournage du film The Beat, t'en gardes un bon souvenir ?
C'est marrant que tu cites ce film, et que tu puisses imaginer qu'on s'est amusé en le faisant… Parce qu'évidemment, Harley s'est une nouvelle fois comporté comme un trou du cul ce jour là, et le réalisateur a quitté le tournage complètement dégoûté. C'était typique de Harley, de niquer un truc qui pouvait être super.

Tu penses quoi des visites guidées que John Joseph organise sur le vieux New-York dangereux ? J'ai lu que même Greg Ginn de Black Flag trouvait ça bidon, paradoxal !
Je trouve ça tout simplement triste. Pathétique. Mais ça correspond tout à fait au comportement de vendu de John. Rien n'est sacré pour lui. C'est triste.

Tu vis toujours à New-York ? Des projets à venir ?
Je travaille à Brooklyn comme opérateur Steadicam pour la publicité, la télé et le cinéma. New York est une ville qui meurt et qui ressuscite sans cesse. En ce moment, c'est mort, et son corps est débité par les étrangers. Elle ne ressemble plus en rien au lieu vivant d'autrefois mais j'ai l'espoir que ça change, ça a déjà été le cas et ça le sera de nouveau. Je compose aussi des trucs depuis trois ans, je forme tranquillement un nouveau groupe, Blood4Papa, du heavy rock à guitares, une combinaison de mon passé et de mon présent. On n'a encore fait aucun concert donc je ne m'étends pas sur le sujet. Je suis fier de ce que j'ai accompli mais la continuation ne m'intéresse pas. Je préfère aller voir ailleurs. Pour moi, Cro-Mags est enterré depuis longtemps.


Rod Glacial préfère Best Wishes. Il est sur Twitter - @FluoGlacial