Sacha Mambo, le décalco

Bérurier Noir, Mesrine, Laurent Garnier, la Trocante : on a abordé tous les sujets qui comptent avec le meilleur DJ lyonnais et co-fondateur du label Macadam Mambo.

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08 novembre 2016, 12:03pm

Vous l'avez peut-être déjà croisé dans un club parisien, à la descente d'une limo à Berlin ou dans le désert australien, vous l'avez peut-être connu via ses autres alias, MZKBX, Bikini Freak, Roger Suchard ou par l'intermédiaire de l'excellent label spécialisé dans les edits qu'il a fondé avec Guillaume des Bois en 2012, Macadam Mambo, et qui a depuis publié certains des meilleurs disques de la petite clique balearic-disco-house, que ce soit Raphael Top Secret, Traxx, Acid Square Dance, Albion ou The Pilotwings, dernière sensation de Lyon. Depuis quelques temps, le nom de Sacha Mambo résonne dans les têtes tel un tube de Bibi Flash. Vu que le lyonnais  jouera justement en compagnie d'une partie de son gang (les Pilotwings) mercredi 10 novembre au Repaire Lyon (évènement dont on vous parlait ici la semaine dernière), on a saisi l'occase pour discuter quelques minutes avec lui à propos des sujets clivants de 2016 : Bérurier Noir, Mesrine, Laurent Garnier, la Trocante et quelques autres.

Noisey : Tu es Lyonnais à la base, tu as vécu à Paris, puis es retourné à Lyon. Mauvaise vibe, la capitale ?
Sacha Mambo : Mauvaise vibe non, mais vivre un peu plus de dix ans à Paris ça m'a suffit.. Maintenant j'aime bien y passer trois jours pour voir mes potes et digger un peu, pas plus.

Tu digges où ? 
Ça dépend, en shop, aux puces, sur le web, quand je voyage, les spots où on me conseille d'aller.. En fait, dès qu'il y a des disques quelque part je suis curieux... À Lyon, Sofa reste une valeur sûre même si c'est pas toujours donné, Chez Emile et Groovedge si vous voulez des trucs de jeunes et des légumes, et pour les trucs de vieux cons comme moi, je conseille Bouledingue ou Dangerhouse.

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Tu regrettes d'avoir quitté Paris aujourd'hui, quand tu vois tous les clubs et soirées qui se sont montés ?
Pas spécialement vu que je viens mixer au moins une fois tous les deux mois. Paris a changé, en bien mieux par rapport à l'époque où je vivais là-bas, mais en même temps ça a aussi bougé un peu partout en France, à Lyon on peut pas dire qu'on soit mal lotis.  

Tu crois que la France deviendra un jour « une république de fête » ?
Ça m'étonnerait vu l'ambiance actuelle, ce serait mal venu... Dommage.

As-tu déjà fait partie d'un gang ?
Faire partie d'un « gang » pas vraiment, j'étais dans quelques crews quand je faisais de la peinture, il y a quelques années de ça..

Tu taggais quoi ? 
Des trucs utiles, « Baton », « Marto », « Kool »...

Tu es venu à la musique par le rap, en fait ?
Le rap j'en ai seulement écouté pendant dix ans mais mes racines sont plutôt rock...

D'ailleurs, ton nom provient du meilleur album des Bérurier Noir, Macadam Massacre. Si tu devais éditer un des titres des Bérus, tu choisirais lequel ?
Ouais, en effet j'écoutais les Bérus quand j'avais 11ans, un pote au collège m'avait filé une cassette, mais j'ai jamais été « keupon » à proprement parler mais j'ai toujours eu l'attitude.
Écouter les Bérus aujourd'hui, c'est un peu la madeleine de Proust, tout n'a pas bien vieilli, un peu comme le rap français. J'avais déjà édité « Il tua son petit frère », mais je ferais bien un truc avec « Nada 1 et 2 ».

Qu'est ce qu'un bon edit ?
Un bon edit c'est un edit qui bousille pas trop l'original, sans kicks ajoutés ou ce genre de conneries affreuses, en développant les parties qui méritent d'être approfondies sans lasser non plus, en virant les aberrations qui passaient encore bien en 82, en faisant en sorte d'arranger le track pour qu'il soit comme on aurait envie de l'entendre, en gros.

Ton edit musclé du morceau phare de la B.O. du film Mesrine sorti en 1984 est assez fou. Une question : Jean-Pierre Rusconi était-il le Moroder français ?
Ça je pense pas, vu le peu de choses qu'il a produit. Par contre il a fait quelques merdes du même level. Sinon par rapport à ce morceau « Le Testament », je pense qu'il a été réalisé pour les besoins du film, n'ayant sans doute pas pu se payer les droits du « Chase » de Midnight Express qui était l'un des morceaux préférés de Mesrine, qu'on entend d'ailleurs sur la tape originale de son testament.

À partir de quel moment tu as mis du mambo dans ton massacre ?
Je pense qu'il y avait du mambo avant le massacre, du moins à partir du moment où j'ai commencé à fumer des spliffs.

C'est quoi le pire pseudo que t'aies utilisé ?
Eldiplomatoketchup (encore les Bérus !). Je pense que c'était vraiment le pire.

Ton meilleur souvenir de Trocante ?
Avoir trouvé l'album de The System et le Gigi Flag, il y a une quinzaine d'années, sans savoir vraiment ce que c'était. Sinon, un vieux stock de Danceteria, chez un loueur de meubles quand je bossais en déco dans le cinéma.

Ah ouais, tu bossais dans quoi ?
J'ai bossé pendant trois ans en tant qu'assistant décorateur plateau, j'ai été aussi accessoiriste, régisseur, assistant réal, des trucs de galériens... Ensuite, j'ai monté une boîte de prod avec des potes pour faire des films de com' Internet, des courts et des films d'entreprise, on a fait ça pendant cinq ans, Dieu merci je suis sorti de tout ça.

On ne t'a jamais proposé la BO d'un film ? T'as un maître étalon en la matière ?
Non pas encore, mais je ne suis pas vraiment sûr que ça arrivera, je ne fréquente pas le milieu. Sinon j'arrive à regarder des films à nouveau, des classiques de préférence, le maître je dirais Coppola pour ne pas être trop original, mais n'en choisir qu'un c'est impossible, je pourrais en citer tellement (Friedkin, Boorman, Becker, Truffaut, Lean, etc).

Quelle est la dernière micro-scène qui t'obsède ?
Ma famille du Camp Cosmic, aussi diverse que possible.

T'écoutes des trucs sortis en 2016 ?
Oui oui bien sûr, disons plutôt les trucs qu'on me fait passe. J'adore la première sortie de General Purpose par Len Leise (le label australien de mon pote Ricardo Salvador), les trucs de Good Company (un autre label australien), les petits frères de BFDM, les sorties d'Offen Music (le label de Vladimir Ivkovic), celles du label espagnol Domestica, Mond Music également (le label de Spacelex), et puis Don't DJ ou Tolouse Low Trax qui sortent toujours des trucs de dingue..

Un soir à Saint Etienne, le jour d'après à Melbourne, c'est ça la vie de Sacha Mambo ?
En ce moment, ça se passe un peu comme ça oui, je vois du pays, je rencontre des gens cool, on me fait mixer dans de belles fêtes, oui, on peut dire que j'ai la belle vie.

T'as un meilleur souvenir de soirée ?
Les meilleures je m'en rappelle pas toujours très bien, j'ai tendance à faire des black out. Peut-être le jour de l'an l'année dernière au Strelka Bar à Moscou, avec Albion et Guillaume des Bois, c'était assez fabuleux et aussi les dix ans de Karat au Renate à Berlin, il y a quelques années.

Laurent Garnier a dit que passer des mp3 encodés en 128 kbps était limite criminel. T'en penses quoi ?
Ça dépend du soundsystem, si c'est de la merde ça changera pas grand chose. Perso, ce débat ne me concerne pas.

Qu'est ce qu'un bon DJ ?
Encore un truc à demander à Laurent Garnier… Disons un mec sympa, qui mixe des morceaux sympas. Un peu plus sérieusement, quelqu'un qui t'emmène sur sa planète sans jamais te violer, sans copier les autres, qui comprend le timing de la soirée et qui ne se prend pas pour autre chose que ce qu'il est : un passeur de disques.

L'important dans la vie, c'est de continuer de danser ?
Tu veux faire quoi d'autre ? Pleurer ?

Rod Glacial pleure sur Twitter​.