Le guide Noisey des disques reçus dans la boite mail en septembre

On a quand même un peu fait le tri. Par ici les diggers !

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oct. 2 2018, 3:30pm

Akiko Yano

The Soft Rider - Commit To Me (Atomic Bongos)
La Californie a toujours été source de rêveries un peu cheap pour Français désœuvrés. Et pour ne pas tomber dans la béatitude clichetoneuse, le secret, c'est peut-être justement d'y fourrer tous ses fantasmes à la truelle, comme un gros porc, sans aucune cohérence. Ainsi, l'exilé touche-à-tout Laurence Wasser, sous le nom de The Soft Rider, observe les pentes vallonnées de Laurel Canyon en y déversant une grosse louche de dance industrielle du Yorkshire à la Chris & Cosey, tout en lorgnant du côté du studio 54 de New York, et en rêvant à voix haute de synth pop syncopée et d'Hollywood en plastoc. Skylines chromés et rêves d'argile tutoient ainsi petites pépées et utopies en toc, pour un résultat boiteux mais gaillard, une dance punk sans élucubration qui fera sans aucun doute le plus grand bonheur de nos petits culs en téflon. MAB

GØGGS - Pre Strike Sweep (In The Red Records)
Je ne sais même plus si c'est, à l'heure actuelle, le 48e side project de Ty Segall, mais le fait que ce disque porte en lui si peu d'enjeux n'est peut-être pas une si mauvaise chose. On a juste affaire ici à une déglingue garage punk comme on les aimera toujours : débile, violente, têtue comme une mule, farcie de fuzz et vaguement cosmique à la Hawkwind. MAB

Simo Cell - La Pulga (Brothers From Different Mothers)
C’est de dancehall, de reggaeton et en général des musiques issues des Antilles dont il est question ici, ou de la « 90 bpm zone » comme comme le statue la pochette typiquement neuneu du label BFDM. Simo Cell lorgne de ce côté pour son nouvel EP, via son penchant pour les rythmiques breakées et les percussions les plus travaillées, pour un résultat hybride prenant les devants de la club music. 2018 sera dancehall ou ne sera pas – on reparle des tendances de la club music dans notre cahier fashion à sortir prochainement mais ce 5 Party Mix est une bonne introduction à cette école. BL

Borja Flames - Quién es Quién (Les disques du Festival Permanent)
À la sortie de Nacer Blanco, on comparait Borja Flames à Moondog qu’il découvrait juste ou Arthur Russell qu’il n’avait jamais écouté (c’est réglé depuis). Avec Rojo Vivo, ses plug-ins de synthés plus vivants que nature, ses mélodies de savant tête-en-l’air, ses prods ludiques et érectiles, on est bien emmerdé. Sachez que le barbu a beaucoup souffert pour que ce disque ne ressemble qu’à lui. Et il y est arrivé. Alors soyez gentils. Release party le 28 novembre aux Instants Chavirés. MP

Ron Morelli - Laugh Taker (Hospital Productions)
Ron Morelli nous sortirait-il son meilleur album au moment où personne n'en a plus rien à foutre, ou plutôt : au moment où toute la vague hype de la techno d'outre tombe est passée et il ne reste plus que les embruns ? Probablement, oui. Et donc ? MAB

France - À la recherche de la flexitude du temps (Fougère Musique)
France est-il le grand groupe psychédélique français de notre temps ? La vielle à roue est-elle le fidget spinner de la musique de cave ? La musique répétitive est-elle soluble dans le chanvre et les cigarettes qui font rigoler ? Ce live du trio France, enregistré en 2016 au Paquebot de Charron, dans la Creuse, répondra à toutes vos questions. MAB

Comethazine - Walk (Lyrical Lemonade)
2018 : « Arrête d’articuler, on comprend rien » MP

Georgia Anne Muldrow - Overload (Brainfeeder)
On commençait à s’ennuyer gentiment avec Georgia Anne Muldrow, même si on accueillait chacune de ses productions avec ce respect un peu trop solennel et démonstratif qu’on pense devoir à ce genre de grandes dames - l’une des rares de cette envergure dans la soul contemporaine. Bonne nouvelle, Overload est son album le plus excitant depuis Seeds, si bien qu’on ne regrette même pas l’absence de Madlib. MP

DJ Normal 4 ft. Aenx - Aeo (Second Circle)
Exotica de la Ruhr, papillons de lumières dans le broyeur à ordures, guitares à la fois cristallines et qui raclent au palais : sur son dernier EP, DJ Normal 4 maitrise l'oxymore comme personne. C'est sorti sur Second Circle, sous-label de Music From Memory, et désormais partenaire de vos nuits (et de vos fesses) blanches. MAB

Maoupa Mazzocchetti - Sultran 1997 (Editions Gravats)
Ce qu'i y a d'intéressant dans l'évolution de la musique du casse cou électronique Maoupa Mazzochetti, ce n'est ni sa manière de s'éloigner de plus en plus d'un terreau lo-fi dark techno qui n'a plus rien à voir avec de la techno, ni qu'elle atteigne une certaine idiosyncrasie bien difficile à circonscrire ; c'est qu'elle vise, l'air de rien et sans avoir l'air d'y toucher, une forme de beauté de plus en plus étrange et affriolante. MAB

Michele Mercure - An Accident Waiting To Happen (Freedom To Spend)
Dans les années 80, Michele Mercure composa des musiques de film, pour le théâtre, entretint une longue correspondance avec le monument Conrad Schnitzler, et bascula immanquablement du côté obscur de la minimal synth enregistrée sur cassette. Cette anthologie sortie sur Freedom To Spend, sous-label de RVNG Intl., retrace près de dix ans de tentatives et d'expérimentations sonores fait-main, qui se révèlent surtout, rétrospectivement, être de la bonne chair à remixes pour tout bon fondu du hardware qui se respecte. MAB

Akiko Yano - Ashkenazy Who (Wewantsounds)
Akiko Yano à la manoeuvre (cinquième album paru 81), Ryuichi Sakamoto à la coprod, Teruhiko Yumura à la pochette, The Vinyl Factory au bel objet : c’est Noël en automne pour les japanophiles. Au programme, un peu d’opéra-jazz relou, beaucoup de contre-tubes synth pop (voire punk, voire post-punk) d’une délirante inventivité. MP

DJ Slugo - Like It Raw (2002 Remix) ft DJ Deeon (Sermon 3 Recordings)
Si ce truc était ressorti en 2004, on peut être sûr que Tekilatex nous aurait bassiné avec dès qu'il en aurait eu l'occasion. Seulement, là, on est en 2018, et ce morceau ne constitue « que » le rêve mouillé de n'importe quel baisé de ghetto house. S'il en reste encore. MAB

Calvin Johnson - Like You Do (Krecs)
À une époque, Calvin Johnson a été considéré comme l'un des porte-voix les plus identifiés de l'esthétique lo-fi à l'américaine. C'est donc « marrant » de voir que son nouvel album soit produit par les Black Keys. Marrant dans le sens « avant que je ne devienne aussi vieux, amenez-moi dans une pièce sans fenêtre et tirez-moi une balle dans la tête ». MAB

Young Thug - Dirty Shoes (ft. Gunna)
Thug qui rame pour dépasser le million de vues avec un titre de si bonne tenue (et un joli clip électrifié en quadrichromie), c’est le signe que les générations du rap sont de plus en plus courtes, et les pères toujours plus vite enterrés par les amis de leurs fils. À vrai dire, honnêtement, sans mentir et pour être tout à fait transparent, on n’en a pas grand chose à foutre tant que la relève fait le taf. MP

Ramzi - Phobiza (FATi Records)
La musique de spa, de piscine ou de plante en plastique (vous choisissez) a de beaux jours devant elle. Depuis que Mort Garson nous a sorti son Plantasia dans les années 80, on voit régulièrement émerger de plus ou moins jeunes portés sur les drogues de photosynthèse. Dont la Canadienne Phoebé Guillemot, qui officie sous le nom de Ramzi, et qui apporte, modestement mais sûrement, sa petite pierre à l'édifice. MAB

The Molochs - I Wanna Say To You (Innovative Leisure)
Ça se réclame d'Allen Ginsberg (le nom, The Molochs, est tiré du poème Howl), ça rêve sûrement d'absolu beat alors que ça sonne comme la B.O d'un American Pie fauché. Typique. MAB

Thought Gang (David Lynch & Angelo Badalamenti) - Woodcutters From Fiery Ships (Sacred Bones Records)
Désolé, le seul truc qui cloche dans cette édition d’un introuvable 90’s de la paire Lynch/Badalamenti, c’est Lynch. S’il s’était abstenu de conter des inepties dans un mauvais micro mal réglé, on aurait pu voir apparaître un chef d’oeuvre d’anti-jazz de l’enfer. Elle est où la version « director’s cut », celle sans la voix off ? MP

Бassae – Untitled (Few Crackles Riddim)
La plupart du temps, le storytelling de l’artiste prétendument mystérieux sorti de nulle part et dont il est impossible de savoir plus parce que sa musique ne ressemble à aucune autre semble plus relever de l’argument marketing pour label à court d’idées. Parfois, ça tombe dans le mille, comme avec la précieuse musique du faux russe mais vrai parisien Бassae. BL

Cave - San' Yago (Drag City)
D'ordinaire, les termes « space » , « groovy », « instrumental», « infinite » et « percussions » dans le même communiqué de presse me donnent envie de sortir du bureau et de tirer à vue sur la première protubérance monstrueuse qui aura vaguement l'air de sortir de la fashion week. Là, ça passe. MAB

Bisou de Saddam - Myagi (Si Moiré Disques)
Il y a quelque chose d'assez beau et culotté chez les Parisiens de Bisou de Saddam de vouloir allier bourrinage et mélodies sucrées-surfées, de gonfler les biscottos comme un groupe de lycée ou jouer de travers comme à la fête de la musique. Ce qui donne l'étrange impression d'entendre la synthèse de tous les groupes garage parisiens de ces dix dernières années en même temps qu'un truc qui ne ressemble à rien d'autre. MAB

Mothers - Pink (ANTI Records)
Pas de quoi casser trois pattes à une Antelope, pas de quoi débrancher l’Electrelane, pas de quoi faire fuir les amateurs d’Angel Olsen (quoique) ? Peut-être, mais quelques putains de bonnes chansons d’insomnie rock comme ce Pink en forme de tunnel vers la désintégration, étonnamment funky (rapport basse/voix du mois) et suffisamment amateur pour glisser tout seul. MP

The Radio Dept - Going Down Swinging (Just So)
Un petit Radio Dept pour l’automne, dans l’exacte lignée dancepolitique de Running Out Of Love (deux ans déjà), juste pour le fruste plaisir d’un énième couplet parfait, d’un énième refrain insolent, peut-être piqué ailleurs, mais à coup sûr mieux réussi. MP

Sun Palace – The Lost Songs 1982 – 1984 (Chuwanaga)
Autre preuve que la dance music a définitivement atteint sa maturité, avec son lot de cultes, réhabilitations et ré-éditions en tous genres ; la sortie de titres d’époque, comme ici avec ces quatre titres inédits de Sun Palace. Le disque donne suite à la première compilation dédiée aux maintenant fameux auteurs du classique jazz-funk Rude Movement, et dont les fonds de tiroir semblent infinis. BL

J.I.D - 151 Rum (Dreamville/Interscope)
Soutenu par Earthgang, signé par J Cole, flashé par Yasiin Bey, fan du Velvet Underground et modeste mais crédible prétendant au trône de Kendrick Lamar. MP

Mikano - Plastic (Clear Waters Records)
La langue anglaise est-elle l’avenir du rap français ? On a très envie de dire oui, mais le reste de ce foutu pays ne semble pas du tout d’accord. MP

Jerusalem in my Heart - Wa Ta'atalat Loughat Al Kalam (Constellation Records)
Radwan Ghazi Moumneh est-il l’oracle des musiques traditionnelles du futur ou un enfant gâté de l’avant-garde janséniste (Constellation) ? Les classiques arabes choped&screwed et séances de cut-up hallucinées de Daqa’iq Tudaiq nous font pencher du côté des disciples. MP

Marc-Aurèle Baly, Michaël Patin et Benjamin Leclerc sont sur Noisey.

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