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Metaliquette !

Les mecs du hardcore/punk français parlent de leur premier T-shirt dans un livre-vérité.



On parle souvent du premier disque, rarement du premier T-shirt. Nasty Samy, activiste musclé, s’est collé au sujet. Le résultat : Explosions Textiles, un ouvrage collectif qu'il a dirigé d’une main d’acier et dans lequel la seleçao de la scène indépendante française élevée au hard rock, punk, hardcore et rock'n'roll y déballe son sac de vieux linge.

Noisey : Peux-tu nous présenter brièvement le concept de ton livre ?
Nasty Samy :
Le premier T-shirt, raconté en 45 textes, par 45 auteurs. Grosse remontée dans le temps. Les anecdotes pleuvent, les masques tombent. Les auteurs sont principalement des activistes de la scène punk/hardcore, des journalistes, des musiciens, des illustrateurs, des tatoueurs, des écrivains. Le panel est relativement large.

Bon alors, ils ont arboré quoi comme premier T-shirt tous ces pionniers ?
Tout dépend de l’âge de l’auteur. Il y a beaucoup de hard rock au final, ce qui permet de réaliser l’impact qu’ont pu avoir certains groupes sur plusieurs générations, comme Iron Maiden, AC/DC, Alice Cooper, Metallica ou Suicidal Tendencies. Il y aussi les punks qui ont toujours bien marché dans les cours de collège et du lycée : Clash, Sex Pistols, Ramones, Exploited. Et on réalise très vite que l’élément le plus important n’est pas le groupe ou l’illustration du T-shirt, mais tout ce qui entourait la période où il a été acheté. Où, quand, avec qui, et dans quel contexte. Perso, c’est ça qui m’intéresse.

Et c’est ce que tu as retrouvé dans les témoignages ?
Complètement. Le premier T-shirt est rarement un truc ultra pointu. Le but n’était pas de faire le mariole en dégoisant sur des groupes ultra-obscurs. Plutôt de revivre l’insouciance de l’âge adolescent et les découvertes, musicales ou autres, qui y étaient intimement liées.


Steph Rad Party, doyen du fanzinat hardcore punk français et actuel vocaliste de Crippled Old Farts, vêtu de son T-shirt Trust.

Il n’y a pas de meufs dans ton livre. Y'a bien des filles qui se sont acheté un premier T-shirt de groupe pourtant, non ?
Si, il y a une fille, Fanny Lalande, auteur d’un premier livre très cool (« Mad, Joe et Ciao : Three days on the road »). J’en avais contacté une autre, auteur également, mais elle ne m’a jamais répondu. Bon, sur 45 personnes impliquées au total, ça ne représente pas grand-chose, effectivement… Mais, c’est malheureusement assez révélateur du phénomène. Déjà, tous les auteurs des textes sont à peu près d’accord sur le fait que des mecs qui portaient des T-shirts dans la cour du bahut, il n’y en avait pas énormément, alors des meufs, tu imagines bien... Tous ces trucs attirent essentiellement un public masculin. Pourquoi les filles ne s’intéressent pas aux détails de la pochette de Powerslave d’Iron Maiden, ou aux interventions hilarantes de Billy Milano entre les morceaux du Live at Budokan de S.O.D. ? Pour moi, ça restera toujours un mystère...

OK, le T-shirt, c’est la base de la street-cred, mais n'est-ce pas aussi l'arme absolue du poseur ?
Effectivement. A une époque où tout a été fait et refait, l’unique moyen des jeunes générations de se « coolifier » à moindre frais semble être de gratter dans les vieilles casseroles et de mimer les Grands Anciens. Donc ouais, je suis toujours un peu sceptique quand je vois un môme de 18 ou 20 ans porter un T-shirt de Black Flag, de Bad Brains, de Suicidal Tendencies ou des Germs. Ou un black métalleux de 17 piges porter un T-shirt de Bathory, de Celtic Frost ou de Venom. Je suis presque quadra, et je dis toujours que je fais partie d’une génération qui a été éduquée musicalement par un paquet de mauvais disques. Pas le choix : tu achetais une daube punk ou hard rock au disquaire du coin, et tu écoutais quand même le disque un trillion de fois... et tu finissais par aimer ! Notre génération était plus naïve, moins cynique, et au final plus décomplexée, c’est certain. On était moins à la recherche du cool à tout prix.

Et c'était donc pareil pour le choix d'un T-shirt ?
Dans le livre, il y a des gens qui sont derrière les meilleurs zines, magazines, livres, émissions de radio, des gens qui ont participé à un paquet de trucs, qui ont organisé des concerts, sorti des disques, joué dans des groupes. Et ils ont porté des T-shirts Europe, ADX, Queen, ou Motley Crüe. Soit l’anti-police du bon goût. Chaque chose en son temps. Il faut apprendre, comprendre, assimiler… La nouvelle génération a accès à trop de trucs, facilement, rapidement, gratuitement, ça biaise le processus. Ça le bâcle même. Donc ouais, la frontière entre la référence sincère et la pose est de plus en plus ténue… Mais honnêtement, il est plutôt facile de reconnaître les usurpateurs.


Guillaume Gwardeath, auteur de cette interview, en pleine riffolade à Bayonne, dans son T-shirt Metallica.

En même temps, avec le T-shirt, on n'est pas non plus au cœur de la musique. Ce qui importe, c'est plutôt les disques et les concerts, non ?
Pas d’accord. Le T-shirt est au centre du truc. Je dirais même que c’est ce qui différencie le rock des autres styles musicaux, cet attachement au merchandising, à l’accessoire, au souvenir, à la babiole… Ce n’est pas juste une fringue qui permet d’informer les autres sur tes goûts musicaux, c’est carrément le premier moyen de se singulariser par rapport aux autres et de trouver sa place dans cette jungle qu’est le monde adolescent.

Donc, selon toi, le T-shirt est intimement lié aux disques et aux concerts ?
Il en est la continuité directe. Tu as aimé un disque, tu veux voir le groupe en concert. Tu as aimé le concert, tu repars avec le T-shirt. Et si tu ne peux pas voir le groupe sur scène, c’est un bon moyen de hurler, en silence, dans le calme, que t’en as rien à branler des fringues de marque ou du retour des chemises à carreaux dans le catalogue Automne-Hiver des 3 Suisses. Par contre tu as le droit de porter une chemise à carreaux ouverte sur un T-shirt D.R.I, hein, aucun problème.

Sauf qu’aujourd’hui, le T-shirt de groupe est justement devenu un accessoire à la mode.
On vit dans une société vide qui comble ses lacunes culturelles en se réappropriant et en vulgarisant, des codes qu’elle ne comprend pas et qu’elle sort de son contexte. Le T shirt de groupe a été complètement récupéré, comme beaucoup d’autres symboles de la pop culture, comme les comics ou les films de zombies. Mais ce n’est pas parce que tu peux t’acheter un T shirt Ramones ou Misfits dans n’importe quelle boutique à la con que cette culture est mieux comprise ou mieux assimilée. En France, en tout cas, c’est pas vraiment le cas. C'est ce que j'écris dans mon texte : porter un T-shirt aux manches coupées de The Accüsed, Dio ou Danzig à presque quarante ans, lors d’un entretien pour un taf merdique, n’est pas plus facile à assumer que mon premier T shirt en 91, quand j’avais 13 ans…

Et c'était quoi ce T-shirt ?
C'était un T shirt de Kreator. La preuve par l'image :



Explosions Textiles est disponible depuis ce matin, vous pouvez le commander ici, ou directement à Nasty Samy.

Guillaume Gwardeath écrit dans la presse underground depuis qu'il a eu son premier ordinateur, un Sinclair ZX81. Son premier item de merchandising rock était un bob AC/DC. Il est sur Twitter - @gwardeath