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« Kaamos », le voyage au bout de la nuit de Maud Geffray

La moitié de Scratch Massive s'est intéressée à la vie des adolescents près du cercle polaire, dans une ville où les nuits durent 22 heures en hiver. Elle en a tiré un film et un disque.


Photo - Bianca Vazquez

On avait laissé Maud Geffray il y a pile un an avec 1994, projet mêlant les images en Super 8 d'une rave sur les côtes de Carnac en Bretagne et une B.O. sombre, rampante et minérale. La moitié de Scratch Massive revient ce mois-ci avec un projet à la fois similaire et complètement différent, Kaamos, réalisé pour la soirée de clôture des Journées du Film d'Art du Musée du Louvre, qui aura lieu ce jeudi 28 janvier. Un film qui s'intéresse à la jeunesse de Rovaniemi, ville de Laponie où les nuits durent 22 heures en hiver. Nous sommes allés poser quelques questions à la productrice parisienne pour en savoir un peu plus sur le projet et sur ses différentes incarnations.


Noisey : Comment s'est monté ce projet ?
Maud Geffray :
Le Louvre m'a contacté pour les Journées du Film d'Art, une manifestation que le musée organise depuis plusieurs années. À chaque édition, ils organisent une soirée de clôture avec un projet qui part de la musique pour aller vers quelque chose de visuel. L'an dernier, ils avaient fait un truc avec Jeff Mills et cette année, ils m'ont proposé de m'en occuper, sans doute après avoir vu 1994, j'imagine. On m'a laissé une liberté totale sur le projet, on m'a juste demandé si je voulais piocher dans les archives du Louvre ou partir sur une création totalement originale. J'ai très vite opté pour la deuxième solution et j'ai proposé à Jamie Harley [réalisateur de clips pour H-Burns, Petit Fantôme, Twin Shadow et Judah Warsky, entre autres] de collaborer sur le projet.

Pour le sujet, je me suis dit : partons de 1994 et dérivons à partir de là. Restons sur les mêmes sujets - la danse, l'adolescence, le besoin de s'échapper du réel - mais faisons-les évoluer dans un nouveau cadre, un nouveau contexte. Jamie m'a parlé de cette ville, Rovaniemie, qui se trouve en Laponie et dont la particularité est d'être très proche du cercle polaire, ce qui fait qu'en hiver il fait nuit tout le temps et que l'été il fait jour tout le temps. C'est aussi la ville du Père Noël, ce qui fait que tu as ce contraste entre les décorations et les préparations diverses dans la ville, et cette obscurité quasi-permanente, 22h sur 24. Et l'idée, c'était en gros de s'intéresser à la vie des jeunes de cette ville

Vous aviez des contacts sur place ? Ou vous êtes partis à l'aventure ?
Dans l'ensemble, c'était vraiment très improvisé pour être honnête. Ceci dit, j'ai demandé à Jeremy Barrois, un pote français qui vit en Finlande, de nous servir de guide parce que ça aurait été compliqué quand même de bosser pendant 2 mois sur place sans avoir quelqu'un pour établir un lien avec la population locale, pour nous permettre de leur parler, d'aller chez eux. Il nous a servis d'intermédiaire et d'assistant-réalisateur. Il connaissait déjà pas mal de monde sur place, et c'est un pays où tu trouves très vite quelqu'un qui connait quelqu'un, vu qu'on n'est pas sur une densité de population dingue non plus. Sa présence nous a permis d'accélérer et de faciliter les choses.

Que signifie ce titre, Kaamos ?
J'aime beaucoup ce mot, je trouve à la fois qu'il claque -ça se dit Ka-a-mos, en prononçant bien les deux A- et qu'il a une signification assez profonde. Il désigne à la fois ce phénomène de nuit permanente et ce passage entre le peu de jour qu'il reste durant cette période et la nuit. Pendant environ une heure, le ciel devient bleu - c'est ce moment là qu'on voit sur la pochette.



Est-ce que vous êtes restés sur ce truc très sensoriel qu'on trouvait dans 1994 ou est-ce que vous êtes parti vers quelque chose de plus traditionnel ?

Sur 1994, il y avait vraiment un parti pris hyper-sensoriel. Là, on est sur un format plus long - même si on ne sait pas encore quelle durée il fera exactement, ça se situera entre 25 et 35 minutes, on est en train de le finir là. Mais il y a vraiment 4-5 personnages bien identifiés, on entre dans la vie de chacun, on les entend raconter des choses en voix off. C'est très différent de 1994 même si l'aspect sensoriel est toujours là.

Du coup, la musique que tu as composée pour la B.O. est moins présente ? Ou bien est-ce que ça n'a rien changé du tout à ce niveau ?
Non, elle est toujours très présente, d'autant plus qu'on a démarré le tournage bien plus tard que prévu et que j'ai donc commencé à composer bien avant qu'on ait la moindre image. On est donc vraiment partis de la musique pour aller vers l'image. C'est la musique qui nous a guidés pour le montage par exemple. La musique est pré-existante, ce n'est pas un score de documentaire classique.

Là, il y a la projection qui arrive lundi, mais j'ai aussi entendu parler de clips qui allaient arriver par la suite. Tu as déjà une idée précise de comment tout ça allait s'articuler dans le temps ?
Pour le moment, on est dans une période assez cool parce que ça évolue beaucoup - on est à fond dedans, on enchaîne les nuits blanches pour tout boucler dans les temps. L'idée c'est de faire le film pour le Louvre dans un format compris entre 25 et 35mn, après quoi on le fera évoluer vers un format plus long. On en a discuté avec Arthur de Pan European et l'idée c'est de faire un album et de l'accompagner d'une version du film plus longue et d'un clip.

C'est un truc que tu veux continuer à développer ce rapport entre la musique et l'image ? Ou est-ce que c'est juste un truc que tu fais aujourd'hui, sans trop te poser de questions.
J'adore bosser avec l'image, on a fait ça pas mal avec Scratch Massive déjà. Mais là ce que j'aime c'est que musique et image ont un rôle aussi important et déterminant l'un que l'autre. Sur 1994, je ne m'étais pas vraiment posé la question, c'était un truc assez instinctif, mais là on évolue vers quelque chose de plus développé, de plus complexe. Tout en restant très accessible, parce que sinon je ne vois pas l'intérêt.


Kaamos sera diffusé jeudi 28 janvier à la soirée de clôture des Journées du Film d'Art au Musée du Louvre à Paris. L'album et le film en format long devraient voir le jour en septembre 2016 sur Pan European, qui sortira le 16 mars, deux extraits du disque et un premier clip. On vous en reparlera évidemment en temps voulu.