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Le Mystère PNL

Le duo des Tarterêts est-il descendu de la planète Vegeta pour sauver le rap français ?

PNL (pour « Peace N Lovés », paix et billets, un objectif louable et fédérateur s’il en est), c’est deux mecs, Ademo et N.O.S, qui viennent de Corbeil dans l’Essonne. En mars dernier, ils ont sorti leur premier album, QLF (pour Que La Famille) en indé - le disque est depuis dispo en format numérique et continue à être distribué de la main à la main sur Paris. Ils ont aussi apparemment un petit deal avec Musicast, mais rien de plus. Du coup, pas mal de monde est passé à côté, fatalement. Mais leurs clips ont très vite servi de gigantesque séance de ratrappage.

Toutes réalisées par la même équipe, les vidéos de PNL tranchent avec le côté hystérico-mongol qui règne en ce moment dans le rap français et servent à merveille la mélancolie du duo, qui se met très peu en avant, toujours noyé au milieu de sa bande de potes, se limitant souvant à de furtives apparitions, laissant la vedette à d'autres pour mieux mettre en avant le scénario. Bon OK, il y a le dernier clip où N.O.S tient apparemment à montrer à tout le monde qu'il est taillé en V mais bon, c'est l'été, il a bien le droit de se lâcher un peu. Et puis, de cette vidéo, on retient surtout que « Le Monde ou rien » a été tourné à la Scampia, une cité italienne bien connue des spectateurs de Gomorra.

Leurs thèmes sont simples : les gars parlent d’eux-mêmes, de leur quotidien entre grisaille, deal et rêves d’évasion, déprime et egotrip caillera. C’est là que se situe le tour de force des deux zigotos. Sur le papier, RIEN ne les distingue d’un groupe de rap français lambda : des mecs qui parlent de bicrave et de galère, abusent de l’autotune et placent des références à Scarface - pas vraiment la révolution.

Sauf qu’à l’écoute du disque, contre toute attente, c'est le miracle.

Déjà, il y a l'écriture, plus soignée qu'il n'y paraît. Pas vraiment intéressés par la quête de la punchline perdue, PNL installe une ambiance personnelle (ne comptez pas sur moi pour utiliser le terme « intimiste ») et privilégie les lyrics à tiroir qui surgissent quand on ne s'y attend pas. Que ce soit dans les phases les plus crues (« elle t'a brisé le cœur, fallait briser sa chatte, dire au gosse de sa sœur 'fais la bise à papa' » - chute assez géniale), dans des confessions ultra-dépressives (« Pas besoin des bras d'une femme, je connais pas ceux de ma mère, pas besoin qu'on m'aime en fait, j'ai juste besoin que tu quittes ma tête ») ou dans des constats lucides et désabusés sur leur mode de vie (« la misère m'emmène en balade, remballe ton échelle, au fond du trou j'empile mes péchés, j'escalade »), on a affaire à des types malins qui nous valent une paire de « ah ouais quand même » - et ça c'est un critère qui ne trompe pas. Même si l’on a droit à quelques rimes arrogantes, on reste à des années lumière de la course à la « plus grosse » : quand ça deale, c'est par nécessité, l'ennui n'est jamais loin, la prison n'est pas une gloire, au point que le seul morceau « festif » intitulé « PNL » fait limite hors-sujet, alors qu'il est plutôt cool.

Pour autant, PNL n’a rien à voir non plus avec le rap de pleureuse. Perso, je les classerais plutôt dans la catégorie Emo-Thug, même s’il est peu probable que Z-Ro soit une de leurs influences (certaines têtes de la scène actuelle de Chicago semblent bien plus plausibles), mais sait-on jamais. Évidemment, il faut ajouter les indispensables références aux mangas du club Dorothée, Dragon Ball Z en tête, mais aussi - et c'est suffisamment rare pour être souligné - Disney, particulièrement les dessins animés qui se passent en milieu sauvage : Le Roi Lion avec « Simba », Le Livre de la jungle avec « Mowgli ». Des gens qui lâchent en plein couplet des « ounga ounga » pour illustrer le côté jungle urbaine, ça se pose là. D'ailleurs, PNL c'est aussi une science des gimmicks parfois totalement primaires mais qui fonctionnent bien. Les mecs arrivent même à placer le « non mais allo » de Nabilla (en imitant une sonnerie de téléphone au milieu, sinon ça tombe à plat) sans qu'on décroche du couplet. Sans qu'on décroche. Humour.

Ensuite, l'alchimie (pardon pour le gros mot) entre les deux rappeurs est indéniable, au point que les oreilles inattentives ont carrément du mal à distinguer qui est qui, et qu'on se retrouve souvent à entendre certaines joyeusetés comme « PNL c'est plutôt un bon rappeur ». Outre les gimmicks évoqués juste au-dessus, les MC’s multiplient les expressions bien à eux, et pas mal de phases semblent se répondre dans un écho sans fin : Hervé, le client fidèle d'Ademo, la personnification de la misère qui colle N.O.S et une obsession pour les métaphores à base d'ascenseur, soit en panne pour monter au paradis, soit renvoyé pour de mauvaises raisons en enfer. Du coup, on rentre très vite et plutôt facilement dans leur truc. Oui, ça a l'air simple dit comme ça mais croyez-moi, il existe des rappeurs qui enquillent dix albums sans qu'on comprenne de quoi ils parlent exactement. La volonté de limiter les feats sur le projet en dehors de leurs potes (sur « De la fenêtre au ter-ter » et « Athena ») joue également en leur faveur : on reste en famille.

Mais surtout, il y a l'utilisation de l'autotune. Particulièrement maîtrisé dans le Raï, le RnB et le rap américain, il reste un sujet de discorde en France, où il continue de navrer rappeurs et auditeurs. Ademo le revendique haut et fort « je suis pas un rappeur, sans vocoder je suis claqué ». À partir de là, l'équation est simple. Contrairement aux 3/4 du rap français, PNL n'utilise pas l'autotune comme un cache-misère mais comme un instrument. C'est à dire que là où le rappeur français lambda va chantonner comme une merde et ensuite transformer sa voix, eux vont d'abord trouver la mélodie et tout construire à partir de là. Ou alors ce sont des surdoués, mais j'ai déjà dépassé mon quota de compliments et vous comprendrez plus bas pourquoi cette théorie n'est pas viable.

Enfin, niveau choix d'instrus c'est du sans faute. En gros, les mecs vont digger des beats de producteurs d'Internet. On peut citer entre autres « PTQS » qui vient de par là, « Simba » de là-bas et « La La » d'un peu plus loin. PNL est peut-être la version 2015 du MC qui retournait la face B de son choix dans les années 90. À noter qu'ils sont toujours à la recherche de prods, mais qu'ils sont évidemment plutôt exigeants.

Ceci étant dit, quelques précisions s'imposent.

Premièrement, N.O.S et Ademo existaient rapologiquement parlant bien avant PNL. Vous pouvez trouver d’anciens freestyles, featurings et autres morceaux épars sur YouTube. Sauf qu’avant, bah c’était des rappeurs tout ce qu’il y a de plus banal. Il y avait même du gros bâclage niveau lyrics, en témoignait un assez gênant « je rentre dans tes oreilles comme dans un clito » d'Ademo qui a depuis heureusement retrouvé le droit chemin, un peu comme Stan dans South Park. Mais le principal, c'est que malgré les apparences, PNL ne sort pas de nulle part et a connu une évolution radicale en passant du rap lambda à ce qu'on a aujourd'hui. En dépit de leurs affirmations, ce sont bel et bien des rappeurs et c'est sans doute ça qui explique le côté ultra-maîtrisé de ce qu'ils nous livrent actuellement. Comment sont-ils passés de leur ancien style à PNL ? Sans doute en s'entraînant dans la Salle de L'Esprit et du Temps, comme tous les Super Saiyans. Ainsi ils sont ressortis plus forts qu'avant, avec de nouvelles techniques et aussi avec les cheveux beaucoup plus longs. Non parce qu'il faut bien en parler à un moment, pour ceux qui connaissent pas, certaines dégaines peuvent paraître un peu surprenantes mais ça fait partie de leur univers et leur style mi casual, mi guido, mi « mec de la salle », les démarque au final encore plus du reste de la meute.

Deuxièmement, ils ne sont pas tout seuls. Peu après l'éclosion du groupe, d'autres clips ont vu le jour, avec exactement la même formule : rap caillera autotuné de A à Z, pour certains avec le même style de clip. Contrairement à ce qu'on pourrait penser ce ne sont pas des clones, en fait, ce sont tous des rappeurs proches de PNL, pour certains également issus des Tarterêts. Par contre, on ne va pas se le cacher, pour l'instant, ce sont uniquement Ademo et N.O.S qui se démarquent.

Troisièmement, au moment où j'écris ces lignes, plusieurs labels leur tournent autour, sans doute doivent-ils faire la queue derrière Hervé. Rien d'officiel n'a été annoncé mais on leur souhaite de trouver un deal. Vu leur mentalité famille, l'important est qu'ils gardent leur univers tout en gagnant en exposition. La grande inconnue qui serait peut-être le seul obstacle à une ascension (enfin, ça et les goûts de merde des auditeurs), c’est la scène. Avec leur façon de rapper, ça va être quitte ou double.

Pour l’instant, le binôme cultive le mystère et n’accorde aucune interview, préférant se concentrer sur la musique. Et un mot du réal de leurs clips peut-être ? Non, lui aussi est en mode « QLF ». Merde. Frustrant, mais logique, après tout, autant qu’ils restent à fond sur l’essentiel à savoir faire des putains de morceaux et des putains de clips. La prochaine étape pour PNL, ce sera l’album, Le Monde Chico, et on espère qu'ils transformeront l'essai, histoire que N.O.S arrête d'emmener la misère en balade tous les 4 matins et que Ademo trouve enfin la Vénézuélienne qui fait vibrer son cœur.

À en croire ces mini-vidéos postées sur Facebook, c'est plutôt bien parti.

Vous pouvez envoyer vos instrus . N'ayez pas peur.


Yerim veut PNL ou rien. Il est sur Twitter.