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La ballade de Retro X

Il vient de Melun, a grandi avec le Secteur Ä et est à l'image du rap français de 2016, celui qui boit du lean en écoutant Souchon.

Quand j'ai vu Retro X pour la première fois, il était un peu nerveux à l'idée de rencontrer un journaliste pour donner sa première interview, alors il est passé à la pharmacie récupérer un peu de codéine pour l'aider à descendre sa bouteille de Sprite. La deuxième fois, il avait un ballon de foot au pied – impossible à lui prendre – et j'ai fini par lui demander s'il ne lui restait pas un peu de codéine pour m'aider à oublier tous les petits ponts qu'il venait de me mettre. Stone comme un catatonique bourré de somnifères ou excité comme un enfant hyperactif à qui on aurait donné dix capsules de Nespresso force 12 et des chaussures flubberisées, avec ce jeune prodige de Melun, c'est tout noir ou tout blanc. Tantôt sombre et nihiliste, tantôt lumineux et hédoniste, son rap s'inspire de ses expériences quotidiennes (autant vous dire que ça parle beaucoup de défonce), et d'un spectre musical allant d'Alain Souchon à Lunatic, en passant par Jimi Hendrix.

À l'occasion de la sortie de son EP avec Lala &ce​, et du concert qu'ils donneront tous les deux à l'Internationale le 18 octobre, je me suis posé avec Retro X pour qu'il me parle de sa musique – et accessoirement, qu'il s'excuse d'être aussi doué avec un micro dans les mains ou un ballon dans les pieds.

Noisey : Salut Retro, est-ce que pour commencer tu peux te présenter ?
Retro X : Moi c'est Retro X du Flyzup Gang, aka Gianni. J'ai 22 piges et je viens de Melun même si j'ai pas mal bougé en banlieue parisienne entre le 93, Garges et Sarcelles. Aujourd'hui je fais du son tous les jours et je donne le meilleur de moi-même avec les gens qui m'entourent.

Comment tu t'es retrouvé à faire de la musique ?
À la base, je voulais être footballeur professionnel. Puis, mon oncle, Paul Gatse, taffait avec Secteur Ä en tant que producteur et il traînait souvent avec Doc Gynéco. Moi j'étais un peu matrixé par ça et du coup, j'ai toujours été baigné dans la musique. Quand j'étais gamin j'ai eu plein de gens qui sont intervenus dans ma vie, genre Stomy Bugsy et les mecs du Secteur Ä. Ça m'a donné envie de faire du son, et c'est ce que je fais aujourd'hui.

Mais le truc qui m'a le plus marqué, c'était mon enfance à Garges, quand mon oncle est passé sur Skyrock et que j'étais derrière mon poste de radio. Je l'entendais sur ma radio préférée, c'était dingue. Ça m'a grave marqué. J'ai jamais vraiment eu de discussions profondes avec lui, mais c'est quelqu'un pour qui j'ai énormément de respect. Aujourd'hui, il taffe encore dans la musique, ce qui me fait me dire que cette passion et peut devenir un métier à vie.

Pour l'instant, tu te contentes de balancer des sons à l'arrache sur YouTube, c'est ça ?
Non, j'ai déjà sorti un EP, Flamand rose, en 2015. Depuis, je balance des sons sur Internet. Là, à la fin du mois on sort un EP – on n'a pas encore choisi le nom – qu'on est en train de terminer en post-prod avec Lala &ce. On sort le clip d'un des sons de l'EP, « Djinn ». Puis, le 18 octobre, on joue dans le 11ème avec Lala. Le concert est gratos, donc y a aucune raison de ne pas venir.

Vous vous êtes rencontrés comment avec Lala ?
Je kiffais grave ce qu'elle faisait. J'écoutais beaucoup ses sons. Le truc, c'est qu'elle avait demandé à un de mes potes, Nezis, qu'il lui fasse un clip – c'est lui qui réalise tous les miens. Il m'en a parlé et je lui ai demandé de me présenter. Le truc, c'est que c'est elle qui est venue me parler pour me dire qu'elle kiffait mes sons. On s'est donc dit que ça pourrait être cool de faire un truc ensemble et on a décidé de faire un EP. On a enregistré dans le studio de mon pote Mayers, qui fait les prods de mes derniers sons, dans le 15ème. C'était tranquille. On était posés avec de la beuh, de la lean, tout ce qu'il faut pour faire du bon son.

C'est sûrement pour ça que tes instrus font un peu flipper et tes paroles font bader. J'ai l'impression que la mélancolie est ce qui marche le mieux dans le rap aujourd'hui. Genre, sois blasé, un peu nihiliste, chope un beat dark, et t'auras des vues.
Moi je fais de la musique en fonction de mon état d'âme. Chacun de mes sons a une couleur. Parfois c'est sombre, parfois lumineux. Je m'inspire énormément de ce qui m'arrive dans la vie. Quand t'as l'impression que c'est sombre, c'est parce qu'il se passe des trucs sombres dans ma vie ; et inversement quand il y a de la lumière. C'est impensable pour moi de faire de la musique autrement qu'avec ce que je vis. Tu peux pas faire le mec fâché si t'es pas fâché. Idem, tu peux pas faire le mec blasé si tu l'es pas non plus. Tu vois ce que je veux dire?

Aujourd'hui, t'as plus de facilité à faire des trucs sombres ou lumineux ?
Je sais pas trop. T'as sûrement écouté des sons sombres, mais dans le EP qu'on va sortir, il y a des trucs plutôt lumineux, genre le morceau « Gravity ». Après, je vois ce que tu veux dire, j'ai fait pas mal de trucs ténébreux, mais je suis loin d'être nihiliste. Je ne crois pas forcément en Dieu, mais je pense qu'il y a quelque chose alors j'évite de jouer le nihiliste. Comme tous les gens, il m'arrive des trucs tous les jours, alors ça se ressent dans ma musique et y'a pas vraiment de thème. J'suis pas dans un délire particulier. En ce moment je fais du rap, mais si je vais dans un bar rock avec mes potes, ça va m'inspirer et je vais peut-être faire un son rock.

D'ailleurs, tu penses quoi du rap actuel ?
Si tu prends les trucs qui cartonnent aujourd'hui, je pense que c'est pareil. PNL, ils font des bons trucs dans ce délire et je kiffe ça. Tu vois qu'ils sont vrais. Après, je ne me limite pas au rap. J'ai énormément de respect pour les gens qui ont du talent et qui le montrent.

​​T'as un répertoire musical assez large du coup.
Ouais, en ce moment mon cousin écoute du Alain Souchon et je kiffe grave. J'ai « La ballade de Jim​ » en boucle dans les oreilles. J'aimerais bien faire un feat avec lui, il a un vocabulaire de ouf. Pareil, Alain Bashung il avait un putain de phrasé. C'est des mecs qui ont le truc. Et quand t'as le truc, ça se ressent à l'écoute.

Et niveau rap ?
En France ou à l'étranger ?

Les deux.
Je kiffe Jimi Hendrix. C'est le meilleur. Après, il y a Michael Jackson…

Attends ! Jimi Hendrix, tu mets ça dans le rap ?
Bah, c'est du rock. Mai, en soi ,le rap je vois ça comme du post-rock. Genre, Jay-Z, je peux le mettre au niveau de n'importe quel artiste rock. Même si c'est différent, il y a tellement de similitudes entre ce qu'il fait et ce que font les artistes rock que c'est possible de les mettre sur le même plan. Michael Jackson il est ultra lourd. Lala &ce, elle est ultra-lourde. Je kiffe aussi les trucs que mon oncle écoutait quand j'étais gamin. Essentiellement du Lunatic et Ärsenik.

Niveau sapes, tu fais attention à ce que tu mets ?
Avec mes potes, on aime bien être carrés, donc ouais, j'aime bien ça. J'ai pas tout le temps les moyens d'acheter des fringues, ni d'aller dans des trucs de mode. Mais j'essaye quand même de m'y intéresser… Ça te dérange si on arrête ? Faut que je pisse, j'ai bu trop de lean je crois.

​Retro X​ sera en direct sur Hotel Radio​ jeudi 13 octobre et en live à l'International​ le 18.

Robin est sur Twitter et sur son site.