Jonah Hill a voulu créer la BO hip-hop ultime pour son premier film

L'acteur nous parle de son premier film en tant que scénariste et réalisateur « Mid90s », sa passion pour Nate Dogg, et les raisons pour lesquelles « Above The Rim » a selon lui la meilleure bande-son de tous les temps.

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nov. 25 2018, 11:00am

Photo avec l’aimable autorisation de A24 / Photo via « Above The Rim »

Nous sommes en 2018 et il se peut bien que Jonah Hill ait réalisé un petit chef-d'œuvre. Son premier long-métrage, Mid90s, qu’il a écrit et réalisé, est un film initiatique saisissant, dur et émouvant sur un garçon de 13 ans (Sonny Suljic) qui se lie d’amitié avec un groupe d’ados skateurs afin d’échapper à la violence de son domicile familial. Le film est aussi personnel, se tournant vers les propres souvenirs d'enfance de l'acteur devenu réalisateur, en reflétant son amour obsessionnel de la culture skate californienne et du hip-hop époque Death Row. Et, passées les qualités cinématographiques du film, on en vient à cette évidence : Jonah Hill a des putains de bons goûts musicaux. « Tout mon processus d’écriture se fait en écoutant de la musique, j’ai écrit chaque scène en écoutant ces chansons », dit Hill par téléphone depuis New York, la veille de sa présentation de Saturday Night Live pour la cinquième fois, un record. « Donc ouais, une grosse partie de ce film a consisté à créer la bande-son ultime de hip-hop qui était aussi le pilier de ma jeunesse ».

Alors que la fin des années 1990 et le début des années 2000 ont été remplis de BO hip-hop à succès (voir : 8 Mile, la trilogie Friday, Belly, le biopic de 50 Cent Réussir ou mourir, la collaboration de RZA et de Jim Jarmusch Ghost Dog : La voie du samouraï et bizarrement, Bulworth), l’industrie du disque s’est effondrée et avec elle l’idée d’une bande originale qu’on souhaiterait garder près de soi et insérer dans son Discman. La sélection des chansons hip-hop de Mid90s est préservée avec autant de soin que les T-shirts vintage Wu-Tang Clan et Chocolate Skateboards portés par la jeune troupe d’acteurs, elle inclut des hymnes d’une époque tels « When the Shit Goes Down » de Cypress Hill, « Put It On » de Big L, ou « Ya Playin’ Yaself » de Jeru The Dagama en plus d’une composition originale de Trent Reznor et Atticus Ross.

Mais c’est aussi le genre de film qui utilise « Watermelon Man » de Herbie Hancock pour montrer la grande angoisse de garçons de 13 ans qui vivent leur première fête sans les parents avec des filles (défoncés à l’Adderall) et une composition aérienne de Philip Glass lorsqu’ils sont pourchassés par des flics pour avoir skaté illégalement dans un palais de justice. Et embrasse aussi bien dans le même élan Smokepurpp, Morrissey que ESG.

Pourtant, Jonah Hill lui-même ne pourra pas introduire la savoureuse BO de Mid 90s dans l'appareil sonore de son choix, car lui et sa société de distribution de films A24 ont pris la décision de la sortir exclusivement sur Spotify en tant que première BO officielle du service de streaming musical. En plus du fait que personne n’achète vraiment de CD de nos jours, cela permet à la bande-son de Hill d’être partagée facilement et à évoluer au lieu d’être restreinte à une liste traditionnelle de 17 chansons maximum. Le réalisateur nous parle de la façon dont Mid90s a tenté de réinventer la BO de film, de ses chansons préférées de l’époque, et inéluctablement, de « Regulate » de Warren G et Nate Dogg.

Noisey : Comment aimes-tu incorporer la musique dans ton processus de création, quand tu écris et que tu réalises ?
Jonah Hill : Eh bien, je ne sais pas ce que réaliser veut dire pour la plupart des gens, mais je voulais simplement voir toutes ces chansons encadrées émotionnellement de la même façon que quand je les ai entendues pour la première fois. Une bonne partie de ce qui a rendu mon premier film vraiment passionnant à réaliser a été de pouvoir raconter l’histoire de ma vie entière à travers le même prisme émotionnel que lorsque j’ai entendu Liquid Swords de GZA pour la première fois. Des styles de musique différents signifient différentes choses pour chaque génération. La musique qu’on entend dans Mid90s compte vraiment beaucoup pour moi.

En grandissant dans les années 90, par quelles bandes originales de film étais-tu obsédé ?
Honnêtement, j’ai toujours voulu faire une de ces BO classiques parce que les écouter est une des choses que j’ai préférées faire pendant mon enfance. Puisque personne n’achète plus de CD, on a décidé de faire la toute première BO de film Spotify donc… [Longue pause] Bon, la BO de Above the Rim est sans doute la plus grande BO qui a été faite.

Ah ouais, qu’est-ce qu’elle a de si particulier ?
C’est un film hip-hop avec Tupac Shakur, donc la BO est… Attendez, j’essaye de me souvenir de l’ordre exact des chansons, pour pas que je me foire. [Pause] Il y a vraiment des classiques sur cette BO. « Regulate » tout d’abord, on pourrait difficilement avoir un plus gros classique.

Warren G !
Et Nate Dogg ! Je suis un grand fan de Nate Dogg - et aussi un fan de sa carrière solo - c’est vraiment triste qu’il ne soit plus là. Ensuite, il y a Dazed and Confused, bien sûr - je ne connaissais pas bien tous ces sons des années 1970. Et The Wedding Singer qui sort un peu de nulle part mais là aussi, je ne connaissais pas bien tous ces sons des années 1980. Et puis la BO de Deep Cover, le son qui a le même nom est signé Dr. Dre et Snoop Dogg…

Mais Quentin Tarantino est le meilleur de tous les temps - les BO de Reservoir Dogs et de Kill Bill ont vachement compté pour moi. En fait il y a une folle légende urbaine comme quoi il se serait fait un paquet de fric à partir de ses seules ventes de BO, parce qu’il en serait le propriétaire. Mais j’en sais rien - il faudrait vérifier. (*Note : Selon le site internet Celebrity Net Worth, Quentin Tarantino valait 100 millions de $ en 2017. À titre d’exemple, en 1994 la BO de Pulp Fiction a atteint le 21e rang des charts Billboard et a ensuite été vendue à plus de 3,5 millions d’exemplaires.)

Alors pourquoi A24 et toi avez décidé de sortir la BO de Mid90s exclusivement sur Spotify ? En tant que personne qui est très nostalgique de l’ère Discman de la BO, n’es-tu pas triste qu’il n’y ait jamais de parution physique ?
Eh bien, mon producteur Eli Bush et moi avons beaucoup parlé de la BO et de ce que nous voulions en faire. J’ai deux managers, un qui travaille surtout dans le cinéma et un qui travaille dans la musique. Donc Eli, Ian (Montone, le manager de Jonah qui travaille dans la musique) et moi nous demandions sans cesse ce que nous allions faire - signer un contrat et sortir un CD ? Une cassette ? Nous étions courtisés par les maisons de disques pour sortir un truc, mais ensuite nous nous sommes dit : « Pourquoi ne pas essayer quelque chose de nouveau ? » Donc nous avons appelé Spotify et nous avons fait un partenariat avec eux.

J’ai vraiment longuement réfléchi à qui pourrait bien acheter un CD aujourd’hui. En définitive, il y a un plus grand élan si une BO peut devenir quelque chose que les gens peuvent vraiment utiliser. Pas plus tard que ce matin, une personne est venue me voir dans un café pour me dire : « Je suis en train d’écouter la BO de Mid90s sur Spotify ».

Ton film inclut des artistes allant de Herbie Hancock à The Mamas & the Papas en passant par Philip Glass et The Pharcyde, en plus d’un titre original de Trent Reznor et Atticus Ross. À quel point cela reflète-t-il tes propres goûts musicaux ?
Disons que… Ça ne pourrait pas mieux refléter mes goûts musicaux. [Rires]. Je pense que la musique c’est… Eh bien, je suis autant passionné par la musique que je le suis par le skate et les films. Donc si je ne faisais pas ça, je serais stagiaire chez Noisey.

Le film Mid90s de Jonah Hill est sorti en octobre aux États-Unis mais ne sortira pas avant février 2019 en France.
Sa bande-originale est néanmoins déjà disponible sur Spotify.

Cet article a été initialement publié sur Noisey Canada.

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