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Interviews

French 79 veut remettre Marseille sur la carte de l'electro

On s'est mis à table avec Simon Henner, il nous a parlé de son album, « Olympic », et de son envie de faire décoller la scène phocéenne en produisant pour JUL.

Théo Pillault

En dehors de la charretée de garçons-coiffeurs-trappistes qui exercent massivement dans les rues de Marseille, la vieille ville du sud peine à sortir des projets excitants. Ok, les challengers habituels (Kid Francescoli, Amine Edge & DANCE, Postcoïtum, Chinese Man, rayez la mention inutile) sont fidèles au poste, mais globalement, la scène marseillaise est plus occupée à pousser des disques au-dessus de centre-commerciaux ou au fond de gargotes de bord de mer tout aussi pourraves, plutôt qu'à enregistrer de la bonne musique.

Par chance, comme toutes les vieilles tapineuses, Marseille a quelques bottes secrètes. Comme ce studio planqué en ville, où campent Oh! Tiger Mountain, Kid Francescoli, les deux frangins du binôme électronique Diapositive, le all-star band local Husbands ainsi que Date With Elvis. Homme-clef de ce terroir pop et racé : Simon Herner, aka French 79. Un architecte qui – enfin disent beaucoup ici – vient de lâcher son premier projet solo. L'album s'appelle évidemment Olympic et il tue.

Noisey : Ton album défonce, bravo. Tu nous racontes un peu sa genèse ?
French 79 : En fait, moi ce que j'aime, c'est composer. Je suis un boulimique de studio. J'y passe ma vie. Produire, je le fais parce que je dois remplir mon frigo, mais le vrai kif c'est de me retrouver face à la feuille blanche. Pour composer. Je m'y astreins, tous les matins. Et je suis pas bien si je ne suis pas parvenu à me donner ce temps créatif à la fin de la journée… Résultat ? J'empile depuis quelques temps déjà pas mal de chutes de studios, deux accords qui fonctionnent bien, bref, une matière à mettre en forme. Et en même temps je te dis tout ça mais initialement ce projet d'album, j'étais pas vraiment pour. J'avais le sentiment de partir dans tous les sens, de livrer quelque chose d'informe.

Déformation professionnelle liée à ton taf de producteur surement…
Carrément. Après je pense avoir lié les différents tracks avec des teintes et une palette sonore cohérentes.

C'est tout ce qu'on devrait être en droit d'attendre d'un vrai album. Des variations. La merde c'est que les scènes électro-pop ou purement électronique ne lâchent désormais quasiment plus que des EP's. Avec un ou deux remix signés par des têtes de gondoles, histoire de flamber sur Facebook pendant quinze jours…
Si je m'étais plié au modèle musical que tu décris – et qui constitue effectivement aujourd'hui un chemin de production quasi-traditionnel dans l'électro –, cet album, je ne l'aurais jamais sorti. Je ne suis pas prêt à tout sacrifier sur l'autel du dancefloor. Ça me dégoute un peu tout ces formats EP en fait. Si ce ne sont pas les morceaux qui sont dansants, alors ce seront les remixes qui seront à coup sûr super cheesy. Jusqu'à faire monter un buzz qui te fera signer sur un label en attendant un format plus long…

Et souvent décevant. Plein de mecs ne vont pas jusqu'à l'album soit dit en passant. Et c'est d'ailleurs une spécialité des Marseillais de ne sortir presque que des EPs digitaux...
Ouais... Moi ce que j'aime dans l'électro, ce sont les mecs qui font des albums. Des Flavien Berger, des Brodinski. Des albums où le temps est laissé à tout un univers pour se déployer. Avec un artwork, des clips, de l'image... Après, Olympic est farci de mélodies, de thèmes, de chant, d'une dimension pop bien assumée qui m'éloigne de façon naturelle de ce drôle de game… Je ne compose et ne produit pas exclusivement pour le club. J'espère avoir fait un album accessible, capable de parler à plus d'une génération. Un album que tu puisses écouter au casque, pourquoi pas à la radio, sur le dancefloor.

French Touch quoi.
Écoute, je suis de 79, ça t'a pas échappé. De fait, j'appartiens comme toi à une génération marquée par le film du dimanche soir. Et sa bande-son. Pendant qu'on regardait Belmondo faire le con, on s'enfilait inconsciemment des heures de François de Roubaixs. Pareil pour les films documentaires de Cousteau qui étaient de véritables pépites en terme de synthés. Daft Punk et la première vague French Touch sont issus de cet héritage. Un héritage qui consiste à avoir la classe avec un Moog entre les mains. Un son qui flirte avec le mauvais goût, mais sans jamais franchir la limite. Un mec comme Breakbot passe son temps à jouer avec cette frontière. Les Anglais ont leur truc, les Allemands aussi, les Ricains sont dégueulasses et je trouve les Français toujours classieux. C'est la raison pour laquelle un Kanye West va, à un moment donné, chercher Bromance pour une prod. Qu'Hollywood réclamait le « Nightcall » de Kavinsky et que Skrillex passe ses interviews à dire son amour pour le catalogue Ed Banger. La liste des Français qui s'exportent en studio aux States est longue et brillante. La musique électronique hexagonale fonctionne quasiment comme un garde-fou musical pour les Américains qui viennent nous demander notre avis genre : « ça je peux le faire ou j'ai pas le droit ? »

Et puis désormais on est débarrassés du côté versaillais qui rendait cette scène grave élitiste, au moins à ses débuts…
Je pense que c'est Bromance qui est le mieux parvenu à décloisonner le genre et les publics. La dimension crossover, on la leur doit. L'album de Brodinski sorti l'année dernière n'a pas bien marché, pourtant il est dingue dans sa prise de risque.

Dans le genre il vient de signer une prod pour 21 Savage bien burnée... Quand Myd de Club Cheval produit pour Sch, ça t'inspire ?
À fond. Ça me parle ces chemins de traverses. Mec, moi ça me plairait grave de rencontrer JUL et de sortir un ou deux morceaux avec lui ! Vraiment. Pareil pour Soprano, qu'on connaît mieux. Sopra qui fera un Vélodrome en octobre 2017. C'est énorme sérieux. Je pense que c'est précisément ce genre de rapprochements qui participeraient à l'émergence de cette fameuse scène marseillaise.

Une scène que les gens continuent d'attendre...
Nan, on est dedans mec. On sait tous qu'il va se passer quelque chose ici, et c'est maintenant que ça se joue. Munk qui avait posé ses valises quelques temps ici disait que Marseille avait un parfum du Barcelone ou du Berlin des années 90, avec une énergie ainsi qu'un courant alterno très puissant… J'aime cette idée. J'espère même qu'on pourra profiter de ce bouillonnement créatif encore longtemps.

La Villa Méditerranée transformée en casino c'est puissant aussi.
Ouais… Si ça se fait, symboliquement, ce serait hardcore. En même temps on est la seule grande ville de France à ne pas avoir de casino. Tu peux également le voir ainsi. Tout comme on est la seule ville de plus de 200 000 habitants à ne pas disposer d'un Zénith. Demain si Snoop fait une tournée des Zénith, Marseille ne figurera pas sur sa carte. Tu trouves ça normal toi ?

Olympic est sorti chez Alter-K.

French 79 joue au Repaire VICE à Marseille le 28 avril.

Théophile misera tout ses jetons sur French 79. En attendant, il est sur Twitter.