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On a soumis notre « questionnaire connard » à Kaaris

Yérim Sar

Yérim Sar

Booba, Gradur, « Braqueurs », Gucci Mane, la limonade de chatte : on est allés cuisiner le rappeur de Sevran sur les sujets qui fâchent.

Photo - Fifou


- Si tu t'étais appelé Patrick Durant, ton album aurait eu quel nom ?
- Bah j'aurais appelé l'album… Hum… Pas mal, pas mal.

Vous l'aurez deviné, de toute façon c'est écrit en gros juste au-dessus : Kaaris a accepté de se plier à notre questionnaire connard, dans la joie et la bonne humeur. Son dernier album, O.G. (pour Okou Gnakouri, son vrai nom) était l'occasion de retrouver l'artiste et de se pencher avec lui sur son évolution, ses expériences dans le cinéma, sa vision de la musique en général et du rap français en particulier. Mais bon, on a surtout raconté beaucoup de conneries. Comme le public rap peut parfois être profondément stupide, on a fait en sorte de bien différencier les questions sérieuses du reste, et Kaaris a même tenu à faire une petite vidéo d'avertissement pour les deux-trois du fond, au cas où. C'est parti.


Noisey : Quand on entre dans les bureaux de ta maison de disques, il y a une grosse affiche de l'album de Gradur. J'imagine que tu te dis « ce salaud me pique mon travail ».
Kaaris : Bien sûr. Plusieurs fois je me suis dit « le jour où je vais l'attraper, je vais lui lever sa tête tellement haut qu'il va finir par avoir un cou ».

Sortir le 11 novembre, c'était histoire d'avoir une excuse en cas de flop ?
Bah ouais, fallait bien que je trouve une entourloupe. On m'a proposé plein de dates, j'ai dit non, trouvez-moi un jour férié. Si possible des vacances, ou un pont, quatre jours fériés de suite. Ça n'existait pas, y'avait pas non plus de semaine avec 5 dimanches, donc j'ai pris le 11 novembre.

Inviter Gucci Mane d'un côté et Kalash Criminel de l'autre, c'est pour montrer le retard de la France sur les USA ?
Exactement. La France, la baguette, le béret, pfff... C'est un petit village, tu vois ? Il faut qu'on rattrape la toute-puissance américaine. Ils maîtrisent le Monde, l'Univers, et sûrement au-delà. Ils sont déjà allés sur la Lune, tout ça. Ils veulent plus y retourner maintenant qu'on peut y aller, comme par hasard.

Pourquoi Kalash Criminel et pas Ixzo ?
Je suis pas censé te le dire, mais c'est tout à fait possible que Kalash Criminel et Ixzo soient une seule et même personne. Personne ne peut être sûr. C'est ça qui est fort quand on voit pas ton visage.

Quand Gucci a vu que tu parlais pas anglais, il t'a regardé comme un athlète étranger regarde Nelson Monfort ?
Franchement ? Quand je suis arrivé et qu'il a compris que je captais rien, d'abord il m'a mis un middle. Après il a essayé de me mettre une droite, vu qu'il est devenu un peu balaise en prison. J'ai esquivé, je l'ai attrapé, on est tombés par terre, on s'est un peu chamaillés avant d'être séparés.

« Je me suis trompé, bitch, mais tu vas kiffer même si c'est pas le bon trou » - ça marche encore cette excuse ?
Ouais, ça marche toujours. En tout cas moi, vu que j'aime bien… voilà. Je l'utilise tout le temps, et ça passe tranquille [Rires].

« Les BACeux courent partout comme des poulets fermiers » - ça passerait encore mieux si tu disais « les gendarmes », non ?
Oui. Les gendarmes sont encore plus dans la nature que la BAC, moins dans les villes. C'est des vrais poulets fermiers, élevés au grain, ils courent sur la pelouse sans rien comprendre… J'aurais dû dire les gendarmes.

« T'es la plus grosse pute qu'une schnek ait jamais expulsée » - t'as jamais pensé à être dialoguiste ?
Non, mais en fait j'aurais dû être gynéco.

Ou proctologue.
Ou proctologue, ouais. Pour faire des coloscopies. C'est mieux que tout le reste, la coloscopie. « Une bonne coloscopie, pour 15h, hmmm » ; « bonjour, je prendrais une coloscopie svp » [Rires].

« Je t'attrape la schnek par les extrémités » - ça te fait un gros point commun avec Trump et son « grab her by the pussy ».
C'est très important. Je dirais qu'il faut prendre deux pinces et… Pour être vraiment précis, avec une pince à cosse ça marche mieux. Tu en prends deux, et tu attrapes comme ça [il tend ses bras en mimant une matière invisible] en les plaçant bien aux extrémités de la foufoune.

Comment t'as trouvé le blase « Jeune Riche Paris » pour ta marque de sapes ? On dirait un peu le nom d'un skyblog d'ado qui prend des faux billets en photo sur son lit.
Franchement ? J'avais fumé je sais plus combien de joints, j'avais mis plein de beuh dans ma chicha et tiré v'là les taffes, et j'ai eu l'illumination : Jeune Riche Paris. J'étais mort dans le film. Comme à chaque fois que je cherche une idée.

Ça fait penser au fameux « Young Rich Nigga » mais francisé.
Forcément. A chaque fois qu'un Français cherche une idée de marque ou autre, il se réfère à un truc cainri. Faut bien comprendre qu'on n'a jamais d'idée originale nous. On se contente d'enlever ou modifier quelque chose sur un nom déjà existant. On se prend pas la tête, c'est bien connu.

Lors de notre dernière interview je t'avais dit que j'avais l'impression que tu t'adoucissais un peu, tu m'avais dit non. A l'écoute de O.G, on peut dire que tu t'es foutu de ma gueule.
Chaque interview avec toi est un dîner de con. Tu te crois super malin, tu penses que tu mérites ta place mais t'es complètement à côté de la plaque. Je te raconte n'importe quoi, systématiquement.

Très bien, tu peux me fredonner le refrain de « Nador » ?
« Je plane comme l'avion de Pablo, je plane comme l'avion de Pablo, des mi… »

Hé mais c'est pas le refrain de « Nador » ça.
Ouais mais c'est le questionnaire connard, je fais ce que je veux.

Faire un son super doux et l'appeler « Boyz In The Hood », c'est ta façon de dire que t'aimes pas le film ?
Je déteste ce film, c'est le pire qui a été fait sur la vie de rue des jeunes noirs américains. Mauvais acteurs, mauvais scénario, rien à sauver, je le conseille à personne.

Pour les fanatiques du Kaaris d'Or Noir 1 et 2, qu'est-ce qu'il faudrait pour que tu reviennes à ce style ? Si ta fille a un gros rhume et que ça t'énerve, tu peux refaire des sons comme ça ?
Faudrait qu'elle ait vraiment un gros gros rhume, que je sois énervé comme avant et tout, ouais, c'est jouable. Mais bon, entre nous, l'album Or Noir est nul à chier. C'est le pire projet que j'ai fait, zéro classique, il a pas apporté grand-chose au rap français. J'espère ne plus jamais refaire un disque comme ça.

Tu as dit dans une interview qu'avant, tu étais limite complexé par ton crâne. Des conseils pour les jeunes qui ne se sentent pas à l'aise dans leur corps ?
Alors s'ils sont complexés par leur crâne, c'est simple : tu t'achètes une scie et t'y vas direct, sur les côtés. J'étais aussi gêné par mon nez, donc pour les photos, faut mettre un maximum de filtres, avec les téléphones d'aujourd'hui c'est simple. Je fais aussi beaucoup de contouring, bien sûr. C'est très important pour faire croire que t'as les traits plus fins.

Tu as posé avec Sofiane…
C'est pas enregistré, au moment où l'on parle, mais ça va se faire très très prochainement. Il est venu à mon Planète Rap et a fait un gros freestyle.

Du coup il va probablement te plier sur votre morceau.
C'est évident, comme à chaque fois [il prend un air triste et soupire]. Dès que j'entends un son de Sofiane, il me plie, j'en peux plus. C'est simple : il m'éteint à chaque fois qu'il pose. Ça ne sert à rien d'espérer autre chose, j'ai pas le niveau.

Le titre « 2 Bigos », c'est un plagiat de « 2 Phones » de Kevin Gates ?
Attends, ça c'est une vraie question, par contre, parce qu'on m'en a parlé tout à l'heure. J'ai pas écouté son morceau, vraiment. Et je te réponds sincèrement, je te regarde dans les yeux. J'ai découvert ça tout à l'heure. Le truc c'est que je pense que le délire 2 bigos, 2 téléphones, c'est vachement répandu. Ça m'est déjà arrivé d'avoir deux téléphones, je pense que toi aussi.

Celui « normal » et celui pour une autre partie de ta vie, ouais.
Vu qu'on parle sérieux, je vais te dire un truc : ça m'est déjà arrivé d'écouter des sons, et inversement, des gens ont écouté des sons à moi, et on pense exactement à la même chose. La punch', elle est identique. Je raconterais même pas les anecdotes mais ça s'est produit plusieurs fois.

C'est l'association d'idées qui revient chez plusieurs personnes.
Voilà. Pareil pour les titres, ça arrive que deux artistes aient le même titre, même quand les sons n'ont rien à voir. Et ils sont même pas au courant.

« Contact » pompe un peu « Controlla » par contre.
Attends… [il fredonne] « Controoolla »… « Tous les jours j'te tchatche sur Snap »… Non, rien à voir, je suis pas d'accord avec toi. En plus on m'a apporté la prod avec le flow yaourt déjà un peu présent.

Donc c'est la faute du producteur ? [Rires]
Non, non, je suis pas d'accord du tout. Je connais bien « Controlla » et j'ai pas pensé une seule seconde à ce morceau. Donc c'est faux. Et de toute façon je ne parlerai qu'en présence de mon avocat.

Sur le tournage de Braqueurs, t'as essayé de lâcher un de tes gimmicks genre « puteuh » comme Gucci Mane dans Spring Breakers avec son « buurr » ?
Je sais pas comment ça s'est passé pour Gucci sur Spring Breakers. Dans le cinéma français, tu peux modifier le texte et y mettre tes mots à toi. Mais tu peux pas rajouter des trucs n'importe comment. Le script définit les personnages, je vois pas pourquoi en plein milieu d'une de mes scènes je crierais « pute ! », ça n' a pas de sens ! [Rires] Personne m'aurait laissé faire ça en plus, et de moi-même je l'aurais pas fait.

Quel est la pire situation : que ta fille grandisse et tombe par hasard sur ta vidéo sur la limonade de chatte ou qu'elle tombe sur l'insta de Booba et te dise « il est drôle le monsieur quand il parle de toi » ?
Alors première situation : quand ma fille sera en âge de voir tout ça, je pense vraiment que ce que nous on appelle « hardcore » aujourd'hui, sera complètement désuet. Les jeunes seront déjà passés à autre chose depuis longtemps. Tout va super vite de nos jours. Moi je suis quelqu'un qui a écouté beaucoup de rap hardcore, qui regarde les films de Tarantino, qui essaie aussi de s'intéresser à la culture un maximum. Ça me dérangerait pas que ma fille écoute du rap hardcore, parce qu'elle sera bien éduquée, tout simplement. Ce sera une fille bien, avec des diplômes, si Dieu veut. Si à côté de ça, elle écoute ce genre de rap comme un divertissement, je m'en fous. Je serai même fier de lui montrer ce que j'ai fait, contrairement à d'autres pères qui n'ont pas la chance d'avoir un métier lié au spectacle, avec des disques d'or, etc.

Pour la deuxième situation… [Sourire] ça m'étonnerait beaucoup que ça arrive un jour. C'est ma fille, c'est une Ivoirienne, c'est l'un de mes soldats les plus proches, mon soldat sûr de sûr [Rires]. C'est impossible.

Par contre cette naissance a complètement foiré ta punch' « mon fils va tirer sur ton fils  ».
Si je faisais ma vie en fonction de mes punchlines, j'aurais une vie TRÈS bizarre [Rires]. Les bébés c'est Dieu qui donne. Si je fais cinq filles, même dix, tant mieux. Et si je fais un fils, tant mieux aussi. Je prends ce que Dieu me donne et je suis très fier de ma fille.

Tu fais bien la différence entre l'artistique et la réalité.
À fond, sinon tu deviens fou. Chacun reste de son côté.

Quand on écoute « Tchoin » qui démarre comme de l'afro-trap puis redevient de la trap plus vénère, on a l'impression d'assister à une bataille entre un mini-Kaaris fan de MHD et le Kaaris normal.
C'est la particularité de « Tchoin » : deux instrus en une. C'est ce que j'ai kiffé. Après, MHD je trouve ça très bien. Dans le rap il faut du renouvellement, plusieurs palettes. Si tout le monde rappait pareil, ce serait un problème. Quand j'ai sorti Or Noir, tout le monde rappait comme ça, c'était un problème. Son truc c'est un moyen d'amener le rap vers d'autres horizons et d'autres milieux vers lesquels on pensait pas pouvoir aller. Je suis content de m'y être essayé. Bon, c'est vrai que moi, quelle que soit l'instru… ça reste toujours du Ris-Kaa, comme tu dis [Sourire].

La barbe en rouge, ça a été toi ou Dosseh le premier ?
Alors c'est vrai que quand tu fais du rap, t'essaies de ramener les trucs en premier. C'est important. Je porte la barbe depuis 2007, et la teinture je l'ai faite pour « Bambou ».

Mais c'est invérifiable, il est en noir et blanc le clip.
Ouais mais y'a des photos des avant-premières et j'ai la teinture, depuis mars. Si Dosseh l'a fait en premier tant mieux... mais j'en doute fort [Sourire].

Meilleure recette de poulet ? Tu en cites une dans chaque projet...
Hmm, le poulet, le poulet… Après je suis pas un spécialiste, je connais pas toutes les recettes, mais la base, c'est le Kedjenou. La sauce claire ! C'est celui qui passe le mieux. Non ?

Moi je suis Galsen…
Ah ouais, donc toi c'est Yassa. Attention, c'est très lourd ça aussi. Le Yassa est très dangereux.

On finit avec une question des internautes : « pourquoi adores-tu Satan ? »
[Rires] J'adore pas du tout Satan, jamais de la vie. Quand t'es artiste, on te colle plein de trucs sur le dos, en ce moment la mode c'est ça, demain on nous accusera d'autre chose. Je peux faire un clip où je marche dans la rue : un mec va venir, relever un détail de merde « vous avez vu il a pris le trottoir de gauche, c'est à la 34 e seconde et en plus la couleur de la virgule de sa basket est en réalité la couleur de l'enfer ». Je vais pas bloquer là-dessus toute ma vie hein. Si je pouvais voir chaque personne qui pense ça, et expliquer par A + B que c'est n'importe quoi, je le ferais, mais je ne peux malheureusement pas. Donc qu'ils restent avec leurs a priori. Chacun peut dire ce qu'il veut, je sais qui je suis. D'où la phrase… [Il lance un regard appuyé]

Heu… « Fuck ce que tu penses, on sait qui on est » ?
Voilà, merci ! [Rires] T'as mis du temps quand même, t'as bugué !

Merci de ne pas avoir parlé des mes fringues cette fois.
Ah frère, ça fait je sais pas combien de fois qu'on se voit, t'as pas bougé. Je sais reconnaître une cause perdue.


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