Photo: Quentin O’Bear / Oumar Samaké

Derrière les succès de Dinos, Dosseh et Joke, il y a Oumar Samaké

L'homme de confiance du rap français actuel nous dit tout sur l'état du rap français actuel.

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juil. 19 2018, 11:03am

Photo: Quentin O’Bear / Oumar Samaké

Derrière les plus grands succès, il y a souvent des hommes de l'ombre, des mecs (ou des femmes, on n’est pas sexistes) qui abattent un vrai travail de terrain et permettent aux artistes de se faire un nom - ou du moins de bosser dans les meilleures conditions. Oumar Samaké est de ceux-là : depuis son studio, situé dans le sous-sol d’un immeuble du côté de Boulogne-Billancourt, on lui doit les réussites de Dinos, de Dosseh ou encore de Joke, dont il ne s’occupe plus aujourd’hui. Bon, il y a eu d’autres faits marquants par le passé (la signature de Kaaris chez Def Jam ou la petite percée dans les charts d’Ol Kainry et Kennedy, par exemple), il y a même eu quelques échecs (la non-signature de Jul, par exemple), mais Oumar Samaké est clairement devenu une figure incontournable du rap français à l’heure actuelle.

Une sorte de Kenzy des années 2010 avec qui il reconnaît partager un « état d’esprit similaire », mais avec qui il ne préfère visiblement pas être comparé. Question de respect. De timidité peut-être également, même si Oumar Samaké n’est pas vraiment connu pour tenir sa langue. Ce qu’il a envie de dire, il le balance, sans filtre. Comme dans l’interview ci-dessous où le manager, entre souvenirs de l’époque Golden Eye Music, son label, et gestion de carrière, nous parle de l’importance des beatmakers, de l’argent dans la rap, d’Eddy de Pretto (oui oui !) et des concerts hip-hop, pas assez souvent mémorables.

Noisey : Il y a quelques années, dans une interview à l’Abcdr du Son, tu disais : « le rap est un domaine dans lequel énormément de personnes se disent managers, producteurs, rappeurs sans gagner une seule thune » . Comment tu expliques que toi, tu y arrives ?
Oumar Samaké : Au début, je n’en vivais pas non plus. Le truc, c’est que je gagnais déjà ma vie avant le rap, j’avais des ressources financières qui me permettaient de me lancer dans le milieu et d’investir. J’avais de quoi voir venir. Mais après, tu sais, c’est comme partout : j’ai managé des artistes avec qui ça a marché, j’ai monté de bons deals avec Warner/Chappell Music et ça m’a permis de faire de l’argent assez vite. Ou en tout cas, de récupérer la mise de départ. Ce qui n’est pas forcément gagné quand tu gères presque uniquement des beatmakers à la base.

Dinos dit que tu es très dur en affaires…
C’est un peu le rôle d’un manager : il faut protéger l’intérêt des artistes et, pour ça, il ne faut pas être tendre, sinon on n’arrive à rien. Au final, mon but, c’est de mettre bien mes artistes. Plus ils sont à l’aise, plus je le suis ! Mais je ne dirais pas que je suis dur pour autant, j’essaye simplement d’être le plus juste possible, de faire en sorte que mes artistes soient respectés à leur juste valeur. Être dur juste pour dire de l’être, ça ne mène à rien. D’autant qu’aujourd’hui les labels savent à qui ils s’adressent lorsqu’ils m’envoient un contrat. J’ai de l’expérience, je sais où je vais, je ne suis pas ce jeune manager qui débute et dont ils cherchent à profiter.

Ça t’est arrivé de te faire arnaquer quand tu as débarqué dans le milieu ? Ton entourage familial avait réagi comment quand tu t’es lancé ?
Il a dû y avoir quelques tentatives, mais les mecs comprennent vite quand ils tombent face à un mec sérieux, qui sait ce qu’il veut. Moi, ça m’a permis de m’affirmer, d’avancer et de rassurer mes parents. Bon, j’étais déjà grand à l’époque donc je n’avais pas vraiment de compte à leur rendre, mais la musique dans les familles d’origine africaine, c’est un peu comme le foot : c’est un truc de rêveur. Limite, ils auraient été plus contents si je leur avais dit que j’avais trouvé un CDI chez H&M, ça les aurait moins fait flipper. Mais bon, j’ai réussi à les rassurer assez rapidement.

L’économie dans le rap, tu trouves qu’elle se porte bien ? Malgré les ventes, on a l’impression que beaucoup n’en vivent pas réellement…
Déjà, il faut savoir si on parle des beatmakers, qui n’ont que la SACEM, ou des rappeurs, qui ont plusieurs sources de revenus différentes. Quoiqu’il en soit, tous les artistes qui fonctionnent sur YouTube, Spotify ou autre vivent du rap. Que ce soit Niska ou Hamza, qui sont des exemples très opposés quand on sait que le premier est double disque de platine et que le second est disque d’or, ils en vivent très bien. Dinos, c’est pareil ! Il n’a pas de job à côté du rap, comme tous les artistes que je manage de toute façon. Après, bien sûr que le mec qui débute ou qui vend 500 disques ne va pas gagner sa vie grâce au rap. Pareil : il y a certainement des contre-exemples, mais on ne peut pas résumer l’industrie à quelques figures underground. Là, aujourd’hui, tous les artistes signés en maison de disques, les Sadek, les Ninho, les Gradur, vivent de leur musique. Ceux qui sont dans le même cas qu’eux et qui n’y parviennent pas, c’est qu’il y a une couille dans leur contrat.

Lorsque tu as fondé Golden Eye Music, c’était avant tout un pool de beatmakers. Ta vision du rap, c’est d’abord la production, la qualité du son et des atmosphères, ensuite le propos et le fond ?
J’écoutais beaucoup de rap ricain quand j’étais jeune, sans forcément comprendre les paroles. Et puis, il faut le dire, je n’étais pas du genre à aller chercher les traductions sur internet… J’étais plus dans l’atmosphère, dans la qualité du son. C’était ça qui m’intéressait, à travers des groupes comme Wu-Tang et Mobb Deep dont je connaissais chaque détail de la production. Pour moi, ce sont les RZA, les Havoc, les Timbaland ou les Dr. Dre qui ramenaient de la nouveauté, ce sont eux les véritables chefs-d’orchestre, les moteurs du mouvement. Donc c’était normal pour moi de commencer aux côtés des beatmakers, de monter des projets avec eux. Tactiquement, ce n’était pas bête non plus : ça m’a permis de me forger un réseau assez large et de bosser avec beaucoup de rappeurs.

Ça va mieux aujourd’hui, mais j’ai quand même l’impression que les beatmakers manquent encore de reconnaissance de la part du grand public. Comment tu expliques ça ?
Je pense que les beatmakers devraient prendre le lead sur leur musique, s’imposer en tant que producteur à part entière et plus seulement comme beatmaker. Faire le tour des studios de Paris pour filer une de leurs instrus à droite ou à gauche, c’est bien si on veut se construire un réseau, mais ce n’est pas comme ça que l’on va sortir la tête de l’eau. Il faut qu’ils produisent eux-mêmes un artiste, qu’ils réalisent tout l’album, qu’ils soient à l’origine même d’un projet. Aux États-Unis, comme en France, ce sont ceux qui entreprennent ce genre de démarche que le grand public connaît : Dr. Dre, Timbaland, Swizz Beatz, DJ Kore, Kilomaitre, ils ont tous accompagné sur le long terme un ou plusieurs rappeurs. Et c’est ce que j’ai toujours cherché à faire également : avec Golden Eye Music, on avait d’ailleurs sorti We Made It #1 en 2012, une compilation entièrement produite par Blastar, Cannibal Smith et Richie Beats où on invitait différents rappeurs à croiser leurs univers. Mais j’avais aussi permis à Blastar de bosser sur tout une grosse partie d’un album de Mac Tyer. Pareil, j’ai toujours fait en sorte que les MC’s laissent la signature du beatmaker sur la prod. Certains l’enlèvent et c’est clairement un manque de respect : c’est son taf, ça lui appartient.

Est-ce que la carrière d’un beatmaker comme Richie Beats se gère de la même façon que celle d’un rappeur comme Dinos ?
Ça n’a rien à voir. Un beatmaker, ça te pousse à bosser avec beaucoup de monde. Moi-même, quand je faisais ça, je travaillais avec 90% du rap. Mais plus le temps passait, moins je ressentais d’envie. Je voulais travailler davantage dans mon coin et ne plus décrocher mon téléphone toutes les trente minutes. À force, c’est fatiguant. Sans compter toutes les embrouilles au sein desquelles tu te retrouves parce qu’untel ne veut plus collaborer avec untel, etc. Les rappeurs sont plus autonomes, ça permet de respirer un peu.

On te sent en tout cas très présent dans la conception des albums de Dosseh et Dinos. C’est important pour toi d’être omniprésent à chaque étape de l’enregistrement ?
C’est mon métier, je suis directeur artistique, c’est normal que je m’investisse autant ! Si je ne donne pas mon avis sur telle prod' ou tel texte, à quoi je sers ?

Ça n’a jamais posé de problèmes à tes artistes ? J’imagine qu’il faut établir une certaine relation de confiance pour être aussi présent.
Tu sais, il n’y a pas de vérité pure. D’un côté, oui, je bosse avec Dosseh, que je connais depuis longtemps étant donné que je tafais déjà avec son grand frère, Pit Baccardi. On a donc confiance l’un envers l’autre, on sait ce que l’on veut. D’un autre côté, je travaille également avec des gens que j’ai connu via leurs musiques. Là, ça marche davantage au feeling : s’il est bon, la confiance arrive assez vite.

Lorsque j’étais venu en studio pendant l’enregistrement d’Imany de Dinos, tu disais que ton but était de faire des disques d’or. Sinon, tu vois ça comme un échec ?
C’est un objectif, mais si ça ne se produit pas, ce n’est que partie remise. Pour moi, un échec c’est quand un artiste ne rencontre pas son public ou rate son album. L’important, c’est d’être dans la progression constamment, de grimper des marches à chaque nouveau projet. Pour Dosseh, on a fait 15 000 albums pour Perestroïka, plus de 50 000 pour Yuri. L’ambition, c’est bien sûr d’aller encore plus loin avec Vidalo$$a, qui vient de sortir. Mais je ne cours pas uniquement après les ventes : faire 500 000 ventes sur le premier album, ça fait bien évidemment rêver. Mais si c’est pour s’écrouler ensuite, ça ne m’intéresse pas.

Tu ne penses pas qu’il y a aussi une part de chance, qu’il faut trouver le bon moment entre un artiste et le public ?
Ce n’est pas de la chance… La chance, c’est quand tu stagnes artistiquement et que, sans réellement savoir pourquoi, ce que tu faisais déjà il y a dix piges finit par cartonner. Là, je parlerais plus d’un moment où le public est prêt à comprendre ce qu’un artiste fait artistiquement. Dosseh, c’est exactement ça ! Il était bon il y a quelques années, mais il est nettement plus complet aujourd’hui. Ses albums sont plus précis, plus aboutis et plus variés. Pareil pour un artiste comme Sofiane, qui est de la même génération que Dosseh et qui a longtemps galéré. Il leur a fallu du temps, mais ils ont fini par se trouver artistiquement et leur succès actuel est cohérent avec leur potentiel.

Dinos a mis trois ans à sortir son premier album. Tu es prêt à laisser le temps qu’il faut aux rappeurs pour trouver la bonne formule ?
Je sais laisser du temps quand c’est justifié. Certains cherchent la bonne formule ou la bonne rime et ont besoin de temps pour finaliser un projet cohérent, comme Dinos par exemple. D’autres, et là je suis moins d’accord, prennent leur temps parce qu’ils ont peur de sortir un nouveau projet.

Comme Joke, dont on attend toujours Ultraviolet, annoncé pour novembre dernier… ?
Je ne m’en occupe plus aujourd’hui, donc cette supposition t’appartient…

Tu ne trouves pas qu’on laisse de moins de moins de temps aux jeunes artistes de s’affirmer ? Je pense notamment à Angèle et Eddy de Pretto, qui ne sont pas vraiment rap mais que les médias associent au hip-hop malgré tout : tout va très vite pour eux et on sent les labels au taquet derrière.

Là, c’est au management de faire le tampon entre l’artiste et le label. C’est sûr que tout le monde panique quand un buzz est relativement soudain, mais ceux qui poussent les artistes à se dépêcher, c’est qu’ils n’ont pas assez confiance en leur talent. Ou alors, ils pensent qu’il faut surfer le buzz. Bien sûr, quand tu balances un morceau qui marche et que tu attends un an pour sortir le reste du projet, c’est risqué. C’est comme un repas : tu ne sers pas l’entrée à 20h si tu n’es pas capable de servir le plat de résistance avant 2h du matin. Mais bon, pas besoin de se précipiter pour autant. Il faut savoir être patient, laisser le temps à l’artiste de se trouver et faire les bons choix par rapport à son image.

Comme le fait de ne plus envoyer de rappeurs sur les plateaux télé ?
Alors là, oui, je n’enverrai jamais mes artistes au casse-pipe, que ce soit pour faire genre « les autres rappeurs sont nuls, moi, je viens défendre le vrai hip-hop » ou, pour certains de mes artistes, pour jouer le rôle du noir de service à la télévision. Les labels pensent que je suis con d’agir ainsi, mais au contraire : je ne veux pas être l’exception qui confirme la règle, aller chez des gens qui nous détestent et faire comme si on était les bons rappeurs de la scène hip-hop française. Je veux que mon artiste soit invité par respect pour ce qu’il produit, pas pour d’autres raisons, plus ou moins racistes.

Racistes ?
On ne va pas se mentir : Orelsan, Lomepal, Nekfeu ou Roméo Elvis sont de bons rappeurs, mais un tas d’autres artistes mériteraient la même couverture médiatique actuellement. Le truc, c’est que comme les médias et le grand public n’ont d’autres choix que d’écouter du rap aujourd’hui, ils sont obligés de faire un tri. Et là, le tri est vite fait : on le fait en fonction de la couleur de peau généralement. Certains le savent très bien : Nekfeu, par exemple, il l’a déjà rappé, et il sait pertinemment qu’il a eu plus de chances de percer que d’autres. Le problème, c’est que d’autres ne se l’avouent pas forcément… Alors que ça n’enlève rien à leur talent. C’est juste que l’accueil n’est pas le même : demain, si Vald dit « nique ta mère » sur un plateau télé, on va dire que c’est punk, que ça colle à son personnage. Si un black ou un rebeu fait ça, crois-moi, il sera traité de racaille ou je-ne-sais-quoi dans la foulée.

On a pourtant l’impression que les Français sont de plus en plus aptes à entendre des sonorités dites « urbaines » dans les morceaux des grandes figures de la variété…
Eddy De Pretto, je ne connais pas sa musique, mais je sais que son album a été produit par Kyu Steed & Haze et j’ai lu qu’il avait écouté beaucoup de rap étant plus jeune. Il a donc un peu cette culture en lui. Donc, oui, les musiques « urbaines » se popularisent et s’infiltrent un peu partout. Aujourd’hui, même ceux qui n’aiment pas le rap sont obligés d’en écouter, de près ou de loin. Le rap est partout, que ce soit dans la musique de ceux qui ont grandi en écoutant NTM ou IAM comme nous, ou dans celle d’une variété qui cherche à rester actuelle, à coller aux tendances.

Tu te verrais, toi, à l’avenir, t’occuper de grosses pointures de la variété ? Un peu comme Seb Ferran qui, après avoir géré NTM, s’est occupé de Johnny ?
Ma priorité, c’est de mettre la musique urbaine au plus haut niveau. Le reste ne m’intéresse pas artistiquement. Il y a beaucoup de gens qui pensent que c’est une évolution logique d’aller gérer des artistes de variété, mais pas pour moi. L’idée, c’est de faire progresser le rap, de défendre une culture et de la rendre encore plus populaire qu’elle ne l’est aujourd’hui.

Tu penses que c’est possible ? On sait que la musique est une éternelle histoire de cycle…
On n’est jamais sûr de rien. Quand on voit que des plateformes comme Spotify ou Deezer perdent de l’argent aujourd’hui, c’est difficile de se projeter et de savoir où on en sera dans dix ans. Ce qui est sûr, c’est qu’un mec de 20 ans n’a aucune excuse aujourd’hui de ne pas connaître connaître NTM ou Secteur Ä, qu’il a accès à toute la musique du monde en permanence et que les possibilités de développement sont extrêmement variées pour les artistes. Outre les albums, on sait que les rappeurs peuvent aussi exploiter le circuit des chichas, des showcases et même des concerts, où on a encore plein de progrès à faire.

C’est vrai que j’ai vu Orelsan en festival il y a peu, et ils sont rares les rappeurs à tenir un tel niveau sur scène…
Le problème, c’est que beaucoup ne travaillent pas assez cet aspect-là alors que les gens qui viennent en concert ne vont pas forcément accepter de voir plusieurs fois un artiste sur scène s’il est mauvais. Une place de concert, c’est quand même 30 balles pour un peu plus d’une heure d’un show que tu ne verras qu’une fois. Un disque, c’est deux fois moins cher et tu peux écouter les morceaux une quarantaine de fois si ça te plait. On ne peut donc pas se permettre de continuer à proposer des concerts aussi mauvais. Enfin, je dis « on », mais je ne m’inclus pas vraiment dans cette catégorie. Je sais que je ne suis pas un voleur : depuis toujours, je me prends la tête pour que ce qu’on présente soit au niveau.

Dosseh, par exemple, c’est un mec de studio à la base. Mais on fait tout ce qu’on peut actuellement pour qu’il se transforme en bête de scène. Il vient de faire Calvi On The Rocks, un festival pas du tout hip-hop, c’était son premier vrai concert, et il a tout déchiré. Mais pour ça, on répète, on fait des résidences et, pour être honnête, je me montre aussi exigeant avec eux pour l’aspect live que pour la partie studio. Après tout, si tu ne sais pas faire de scène, si tu n’es pas à l’aise avec ça, tu ne fais pas de tournées et tu te contentes de faire tes 7 ou 8 morceaux dans une chicha devant des mecs bourrés. Point barre. Sur scène, il faut être au niveau. Joke l’était, les gens kiffaient. Dosseh, c’est bien parti pour.

Et là, pour les prochains mois, tu bosses sur quoi ?
Je viens de signer trois nouveaux artistes totalement inconnus et j’espère que tu m’appelleras dans un an pour qu’on en discute ensemble. En attendant, Dinos prépare déjà son deuxième album, il est hors de question d’attendre quatre ans avant de le sortir celui-là ! Et puis Dosseh, comme tu le sais, est en train de prendre une nouvelle dimension, donc on ne chôme pas. Pas d’inquiétude de ce point de vue là.

Maxime Delcourt est sur Noisey.