Destroy All Movies ! Le guide des B.O. de 2013

Un peu de grâce, beaucoup d'embarras.

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déc. 17 2013, 11:00am



What the fuck les suckers ? Les tops de fin d'année sont tellement devenus un lieu de copinage intra-journalisto-musical que j'ai préféré m'abstenir. Qu'y a t-il de plus chiant que les tops, sérieux ? Qui les lit ? Où est l'œuvre ? Mais trêve de digressions, pendant ce temps, des artistes totalisent les arts, écrivent des films, et choisissent les sons et la musique qu’ils vont mettre dedans. J'ai ramassé les miettes de ma mémoire afin de me souvenir des moments de plénitude ou, à l’inverse, de malaises intérieurs, liés à la bande-son de tous ces films sortis durant l'année 2013.




YOU’RE NEXT
Je crois que le meilleur choix de « morceau fil rouge » entendu cette année provient de ce film déplorable, qui reproduit une fois de plus l’équation suivante : maison dans les bois + huis clos + week-end famille + tueurs sans mobile + masques d’animaux + super héroïne = machination. Heureusement, Dwight Twilley sauve le tout avec son putain de tube (oui, le seul) « Lookin’ For The Magic », qui retentit dès le début du film et qui me pousse à conclure que c’était un bon divertissement, finalement.



ONLY GOD FORGIVES
Je n’émettrai aucun avis sur le dernier film de Nicolas Winding Refn, non, aucun. En revanche, j'aimerais porter votre attention sur le fait qu'on assiste à plusieurs démonstrations de slow-rock-karaoké signées VithayaPansringarm, qui joue le rôle du flic ripou et maléfique dans le film. Et il faut bien reconnaître que tout le monde se tait quand Vithay’ empoigne ce micro qui lui va comme un tonfa.



THE INTERNSHIP
Tout concourt à faire de cette œuvre hollywoodienne une des choses les plus navrantes qui ait été diffusée en salle en 2013. Et sa bande-son ironique (qui comprend d’ailleurs le morceau « Irony » de Alanis Morissette, aussi dégoulinant de connerie que cela puisse paraître), composée de trucs aussi évidents que Flo Rida, The Cataracts, Calvin Harris ou « Lowrider » de War, ne fait qu'achever magistralement cette ode dégueulasse à l’esprit d’entreprise et au marketing émotionnel.



MUD
Ah, tu te mets bien dans le bayou avec ce petit morceau des Dirty Three, pas vrai ? Ta chemise graisseuse, déchirée et déboutonnée, laisse ton torse en proie aux hautes herbes des marais, tandis que ta chevelure vogue au vent des courants marins. T’es bien, Matthew. Et pendant 2 heures, nous, cinéspectateurs, souffrons d'un surplus d'émotions et d’une overdose de bonne volonté, pour finir par être aussi gênés que McKaye lorsqu'il s’est aperçu que vous aviez imprimé un T-shirt Fugazi pour la caution indie du film... Enculés !



LES APACHES
Quelle fut ma surprise quand, lors de la scène finale de ce petit film corse sans prétention, les notes de « City of Atlantis » de Molly Nilsson ont retenti dans la salle du MK2 Hautefeuille, laissant les 30 oreilles présentes littéralement stupéfaites. Je me demande d’ailleurs si le morceau était réellement celui qui passait à cette fête « à l’américaine », vu qu’aucun ado ne semble bouger la tête en rythme. Enfin, les gens qui sont nés après l’explosion de la Yougoslavie y connaissent-ils quelque chose en rythme ? Hein ? Ceci n’enlève rien au fait que Les Apaches est certainement le meilleur teen movie français sorti depuis un bail.



RAMPART
Eh ouais, vous êtes tous passés à côté du retour de Woody Harrelson, et je ne peux pas trop vous le reprocher. À mi-chemin entre Chute Libre et Bad Lieutnant, Woody campe un flic alcoolique pliant sous le poids du monde, rôle dont les américains tristes raffolent tout particulièrement. Ce film a mis tellement de temps à sortir en France que lors d’une scène de clubbing de type « ma femme m'a tej, ma gosse me hait, cette existence n’a plus rien à m’offrir », c’est bel et bien « Let There Be Light » de Justice qui nous explose les oreilles en Dolby-Surround. Véridique.



WORLD WAR Z
Marc Forster aurait bien aimé avoir U2 pour son blockbuster zombie (j’ai toujours souhaité la mort de ce genre relou et je suis bien content qu'il ait été tué par Hollywood) mais vu que U2 étaient trop chers, il a été obligé de se rabattre sur Muse. Voyons les choses du côté positif : avec la thune qu'il a économisé, il a pu rajouter quelques traveling en hélico. Ceci dit, je suis à peu près sûr que Robert Miles aurait été chaud pour le faire pour beaucoup moins. Le résultat est presque pire que Marco Beltrami et Hans Zimmer réunis.



THE PLACE BEYOND THE PINES
Je ne sais pas qui a eu l’idée de combiner à la fois Cryan’ Shames, Suicide, Daryl Hall & John Oates, Bruce Springsteen et Ennio Morricone dans un même film, mais il a plutôt confiance en lui, ce mec. Il porte des slips, c'est sûr. En revanche, pourquoi balayer d'un coup de serviette cette folle audace en laissant les rennes du reste de la B.O. à Mike Patton ? Qui s'est pris pour Cliff Martinez. Pédé ! Bon allez, ok.



SPRING BREAKERS
Ah le nouveau cinéma, parlons-en ! Cette bande-son ultra maline, qui illustre ce pavé dans la marre réalisé par le génie Harmony Korine, représente exactement le zeitgeist du moment : de l'expérimentation aventureuse et sans limite avec Skrillex et Birdy Nam Nam, de la rébellion sans compromis avec les Black Keys, de la violence ghetto avec Waka Flocka ou Gucci Mane et de l'émotion ghetto avec The Weeknd, du féminisme exacerbé avec Nicki Minaj et même une sensibilité pluridisciplinaire assurée par James Franco et son collectif reprenant une mélodie universelle de Britney Spears. Quelle époque !




SIGHTSEERS
Le compilateur fou s'est de nouveau fait plaisir en plaçant ici Neu! et Popol Vuh aux côtés de Soft Cell et Frankie Goes To Hollywood. Des choix qui parlent uniquement aux critiques, musicaux ou cinématographiques, qui de toute façon sont blanc bonnet et bonnet blanc dans cette mafia du copinage organisé, et des choix qui resteront incompris par les spectateurs lambdas. Un peu comme les films de Ben Wheatley d’ailleurs.




MICHAEL KOHLHAAS
L’adaptation ambitieuse (France oblige) du chef d’œuvre de Heinrich Von Kleist ne brille évidemment pas par sa sélection pointue de morceaux deep-disco, vous vous en doutez. Outre le souffle des ventilateurs qu'on entend lors de chaque scène de plaine, c’est le groupe de sista-folk baroque Les Witches qui s’est chargé d’illustrer les petits trajets de Mads Mikkelsen à cheval. Ce qui nous fait prendre du recul sur le moyen-âge, la dernière période valable de l'humanité, qui a lentement glissée sur un terrain cerné de hautes haies de fougères et surplombé d'un énorme panneau où sont inscrites les lettres « FRAGGLE ».




MAMA
Comme si cela ne suffisait pas d’avoir déguisé Jessica Chastain en Brody Dalle, musicienne tatouée et sincère qui traverse la vie à 200 à l'heure, et d’avoir imaginé une fin aussi riche en effets spéciaux « malins » et en pirouettes steampunk que la simple évocation du nom de Tim Burton, le réalisateur de Mama n’a rien trouvé de mieux que de laisser reposer sa bande-son sur deux artistes : Jack White et Junkie XL. Bordel. Fernando Velazquez n'a rien pu faire.




CARRIE
Haim, Krewella, Passion Pit, Cults, Lykke Li, Hanni El Khatib, Vampire Weekend... (Je laisse Marco Beltrami en dehors de tout ça, et pourtant...) Content de voir que cette bande-son blague corrobore parfaitement le potentiel blague d’un remake de Carrie 40 ans après. Qu’en pense Brian De Palma, lui-même blagueur invétéré (avez-vous vu Passion ?) ? Ce film a obtenu la note de 8/10 sur Pitchfork et de 6/10 sur DumDum.




ELYSIUM
Les textures sonores de ce long-métrage de science-fiction m’ont littéralement soufflé. Et malgré l’absence de lunettes 3D, j’ai clairement pris mon cyber-pied. La survie en milieu hostile, la dictature de la technique, le fossé riche/pauvre, je dois dire que tout est drôlement bien vu. La fin, bof par contre. Puis je me suis rendu compte que la B.O. avait été intégralement gérée par la tour de contrôle Ninja Tune, et qu'à chaque fois que je reprenais mon souffle en même temps que Matt Damon reprenait le sien, c'était au tempo de Burial, Lorn ou Eskmo. Il faut impérativement que je revisionne l’intégralité des Universal Soldier pour purger ma conscience.




THIS IS THE END
Attention : Séisme de magnitude 7,9 sur l'échelle de l'Ironie. Backstreet Boys, Black Sabbath, Whitney Houston, Deftones, Cypress Hill et… Psy, et puis quelques vibes modernes qui mettent bien, comme M.I.A., Theophilus London ou Cults ; je vous présente la BRO-B.O. par excellence, livrée avec une grosse douille et une playstation 4. Et force est de constater que ce film est aussi malin que ce choix à 25 entrées. Craig Robinson et Danny McBride sont les derniers mecs drôles de cette bande, seuls contre tous, le reste peut cramer en enfer.


Rod Glacial est en ce moment même en train de remplir un formulaire pour retourner sa carte UGC illimité. Il est sur Twitter @FluoGlacial