J'irai jouer de l'épinette chez vous

Emile Sornin de Forever Pavot a débusqué les vendeurs d'instruments chelous sur Le Bon Coin, est allé leur rendre visite et en a tiré un disque et un documentaire qu'on vous présente en intégralité.

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mars 1 2016, 12:45pm

L'été dernier, pendant que vous vous la donniez tranquillement à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, Bormes-les-Mimosas ou à Vieux-Boucau-les-Bains, Emile Sornin, le leader-multi-instrumentiste de Forever Pavot, sillonait les routes du Poitou-Charentes dans un but bien précis : rendre visite à des vendeurs d'instruments chelous préalablement débusqués sur Le Bon Coin et se poser un moment chez eux pour enregistrer quelques minutes de bombarde, de guimabarde thailandaise, de balafon, d'orgue à bouche, de scie musicale, de vibraphone, d'épinette et même de bonhomme gigeur. Un projet initié par le Confort Moderne, incontournable salle de concert de Poitiers dans laquelle on vous a déjà baladé une paire de fois, qui a donné lieu à un documentaire de 26 minutes, Le Bon Coin Forever, réalisé par François-Xavier Richard, et à un 45-tours 9 titres édité par Born Bad. L'un comme l'autre sont disponibles en intégralité totale ci-dessous pour la première fois dans l'Histoire du bonhomme gigeur, et on a profité de l'occasion pour passer un coup de fil à Emile histoire d'en savoir un peu plus sur le projet.

Noisey : Comment est-ce que ce projet a démarré ?
Emile Sornin :
 L'idée est venue de Guillaume Chiron qui s'occupe de tout ce qui est performances musicales au Confort Moderne. On avait quelques amis en commun, vu que je suis originaire de La Rochelle, et il m'a contacté directement pour me proposer cette idée, d'aller rendre visite à des vendeurs d'instruments insolites du Poitou-Charentes, trouvés sur Le Bon Coin. On s'est dit que ce serait pas mal d'aller jusqu'au bout du truc et d'en faire un documentaire. C'est comme ça que j'ai contacté par la suite François-Xavier Richard, un ami à moi qui est réalisateur, avec qui on a tourné  Le Bon Coin Forever. Au total, j'ai rencontré entre 30 et 40 personnes sur 3 week-ends entre juillet et septembre 2015.

Ça n'a pas été trop compliqué à mettre en place ? Les gens vous ont laissé entrer chez eux facilement ?
Non, c'était loin d'être évident. On était dans une position un peu délicate. Je devais expliquer aux gens que j'allais venir chez eux, que je n'allais pas acheter leurs instruments et qu'en plus j'allais les filmer [ Rires]. Donc forcément, on a eu des réaction très différentes. Des gens qui étaient partants au départ et qui finalement ne voulaient plus, et puis d'autres qui connaissaient ma musique et qui du coup étaient très enthousiastes. C''est principalement Guillaume qui a géré ça et c'était un sacré boulot. Il contactait les gens, prenait la température, voyait si les gens étaient chauds ou pas... On a eu plein de refus de gens qui avaient parfois des instruments incroyables.

Justement, j'ai vu la liste des instruments. J'imagine qu'il y en avait certains que tu ne connaissais pas du tout, sur lesquels tu n'avais jamais joué. Comment as-tu procédé ? Tu as totalement improvisé ? 
J'ai pris des cours de batterie quand j'étais plus jeune, mais sinon je suis totalement autodidacte à la guitare, à la basse et aux claviers, j'ai appris ces instruments tout seul. Du coup, j'ai fait ce que je fais depuis toujours, d'une certaine façon : j'ai improvisé. L'orgue à bouche ou le vibraphone, je n'en avais jamais joué de ma vie. J'ai parfois demandé aux gens de m'expliquer un peu comment ça fonctionnait. Comme je te le disais, le seul instrument que j'ai appris, c'est la batterie, du coup je joue un peu de tous les instruments comme je joue de la batterie, j'ai une approche très percussive, très bruitiste. Je joue beaucoup au feeling, je ne suis pas un très bon musicien, donc je bidouille, j'essaie de trouver des sonorités qui me plaisent.

L'idée du disque était là dès le départ ou c'est venu après ?

Non, c'était là dès le début, mais je n'avais aucune idée de ce que ça allait donner, parce que d'une visite à l'autre, les choses se passaient de manière très différente. Parfois, je n'avais pas l'inspiration, parfois ça ne se passait pas super bien. Moi, je fais de la musique seul chez moi, je n'ai pas l'habitude de bosser avec des gens qui me filment, me regardent. Et puis, faire une chanson ça peut être assez long. Il fallait que je teste des trucs. J'enregistrais quelques notes de piano une semaine et la suivante, j'ajoutais du vibraphone ou du clavecin, puis encore plus tard de la guitare, et ainsi de suite. Après quoi, j'ai du faire le tri entre ce qui fonctionnait et ce qui ne marchait pas du tout.

Cette contrainte, tu l'as abordée comme un défi à surmonter ou au contraire comme quelque chose d'excitant, de stimulant ?
Un peu des deux. Parfois, je me sentais hyper mal à l'aise, parce que j'étais chez des gens et que je n'avais pas envie de m'imposer chez eux ou bien que je galérais avec l'instrument. Et parfois on m'autorisait à prendre tout le temps que je voulais et j'étais inspiré et je pouvais jouer pendant 2 heures en m'amusant comme un fou. Tout dépendait de l'instrument, du temps dont je disposais et du feeling avec les gens. Parce que les histoires de tout ces gens ont vachement nourri l'expérience aussi. Ce que l'instrument représentait pour eux, la place qu'il avait dans leur vie, s'ils l'avaient construit ou juste acheté, tout ça avait un impact.




Est-ce qu'il y a eu des rencontres qui t'ont marqué, aussi bien du côté des gens que des instruments ?
Oui, un truc qui m'a marqué, c'est que j'ai rencontré des gens qui étaient globalement plus âgés que moi, et qui m'ont fait voir ma musique autrement. J'ai toujours trouvé que je faisais une musique un peu puérile, un truc d'adolescent qui bidouille dans sa chambre. Et j'ai réalisé qu'il y avait plein de gens qui abordaient la musique de cette façon. Ça m'a vachement rassuré. Je me suis dit en voyant ces gens qui avaient la soixantaine ou plus que finalement j'allais peut être pouvoir continuer comme ça, après tout.

Pour ce qui est des instruments, j'ai pu découvrir des tas de choses que je ne connaissais pas. J'ai notamment été chez un type qui collectionnait les violons populaires et qui en avait plein le plafond de son salon, des modèles complètement fous. J'ai aussi pu jouer sur une epinette, un petit clavecin d'étude. C'était un grand moment pour moi parce que j'adore le clavecin, c'est un de mes instruments préférés, mais je n'ai jamais eu l'occasion de jouer sur un vrai clavecin. Ceux que tu entends sur mes disques, ce sont des samples. Du coup, ça m'a rendu fou de tomber sur cette épinette [Rires].


Le Bon Coin Forever est un documentaire réalisé par François-Xavier Richard et initié par le Confort Moderne visible plus haut. C'est aussi un 45-tours disponible chez Born Bad.


Forever Pavot sera en concert ce samedi 5 mars à Paris, au Café de la Danse, dans le cadre du festival Big Mo, aux côtés de Marietta et Julien Gasc.