LIM s'en bat toujours les couilles

Après un featuring avec Véronique Jannot pour un album de comptines, le rappeur revient avec Violence Urbaines IV.

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juin 10 2014, 9:45am


À l'occasion de la sortie du double-album Violences Urbaines 4, on a rencontré LIM, la tête pensante du label Tous Illicites. Depuis ses débuts au sein du Beat 2 Boul, le bonhomme s'est construit une solide discographie (mixtapes et albums cumulés, on arrive à une bonne quinzaine de projets). Les années passent mais certaines choses ne changent pas, comme le rappeur, qui nous explique entre deux éclats de rire sa vision du rap, de la France et des fesses d'Alicia Keys.


Noisey : Est-ce qu'en faisant le premier Violences Urbaines sur k7 à l'époque tu pensais que ça irait aussi loin ?
LIM :
Non, mais puisque tu me demandes ça je vais te répondre qu'à l'époque, j'aurais bien aimé recevoir le journal du lendemain... Donc non, j'en savais rien mon pote, on a tout donné et on est encore là aujourd'hui.

Pas mal de rappeurs qui sont passés chez toi ont percé depuis, ça te fait plaisir ? Y'a eu La Fouine, Seth Gueko, Al K-Pote...
Ouais, ils sont tous passés par Violence Urbaine, c'est un peu la mixtape de référence de la street. On a réussi à y arriver de cette façon là. Et c'est aussi grace à tous les gens qui ont participé, c'est grâce au peuple : Tous Illicites, mon gang c'est le peuple. Franchement, je ne pense pas avoir participé à les exposer, ils ont eu une exposition avec moi, certes... mais ce qu'ils ont accompli, ils le doivent à eux-mêmes uniquement. Après... ça fait toujours plaisir de voir qu'un frère de la rue s'en sort un minimum, tout simplement.

Tu étais dans le rap de rue à une époque où ce n'était pas trop répandu. Maintenant c'est limite devenu une mode. Quel regard portes-tu sur cette évolution ?
Moi je porte toujours le même regard, je regarde ce qui se passe devant ma porte, ce qui se passe chez moi, le reste j'en ai rien à foutre. Je m'en bats les couilles mon pote, tu peux même pas t'imaginer... J'évite de trop suivre. Mon objectif, c'est pas de faire un clip, de ramener quelques pom-pom girls, de louer des grosses voitures, de faire ça une journée et de te retrouver au quartier le lendemain en train de te gratter les couilles tu comprends. Comme je dis tout le temps, mon pire ennemi c'est l'ego. Nous dans le rap on essaie d'apporter des choses vraies. Je ne vois pas l'intérêt de me mettre devant et de laisser les autres derrière. On est tous sur la même ligne de départ et si tout le monde n'arrive pas à la ligne de départ, on tabasse l'arbitre ! [Rires] C'est une thérapie, le psychiatre m'a dit « c'est bien, faut extérioriser », alors j'extériorise.



Ton côté impro, c'est comme le vélo, ça s'oublie pas ?

Je suis obligé d'être bon dans l'impro parce que mes textes, je ne les connais pas. Des morceaux j'en enregistre à la pelle, tout est impulsif, j'écris sur un papier et j'enregistre direct. Donc je me rappelle pas trop. Bon, pour les concerts je sélectionne les morceaux, j'apprends mes textes et tout, y'a un côté professionnel derrière, mais c'est surtout que dès que j'enregistre un morceau je passe direct au suivant, j'ai la chance d'avoir mon studio c'est pour ça. En freestyle, je fais que de l'impro du coup, c'est pas évident pour moi de rebalancer un couplet précis. Je pense que c'est ça le rap. C'est un truc que j'ai gardé de mes débuts, parce que nous on a eu l'école Beat 2 Boul tu vois. La technique c'était l'impro, on a toujours travaillé ça.

Tu es nostalgique de cette époque ?
Comme je le dis dans un morceau : « Beat 2 Boul ça me manque... mais au lieu de rapper j'aurais dû braquer des banques », directement. On est quand même nostalgiques, on a passé de très bons moments, avec Salif, Exs, Zoxea, Booba, Ali, Malekal Morte, Less du 9, Sir Doum's... tout le monde. Tous ces bons moments sont gravés dans nos têtes. Maintenant, on ne peut être que fiers de l'évolution de chacun. On essaie de se soutenir de près ou de loin, pas besoin de s'afficher pour savoir qu'on supporte.

Quel bilan tu tires du label Tous Illicites aujourd'hui ?
J'évite de le faire ! Le fisc va me péter [Rires] Mais ça va là on est bien, on est content de ce qu'on a fait, on ne peut être que fier. On n'est pas à plaindre. Si on se plaint c'est juste de nos conditions de vie, de la manière avec laquelle on est traité et considéré aux yeux de la société. Tu resteras qu'un banlieusard. Si tu sors un bolide t'es soit rappeur, soit dealer, soit footballeur. En plus les médias veulent tous arrondir les angles. Mais qu'ils aillent tous niquer leur mère la reine des putes. Tous Illicites est là pour rester, on est solidaires, on arrive avec tout le monde et on va foutre la merde. C'est comme si je te disais « faut que tu t'intègres » mais je suis né ici mon frère, m'intégrer où ? Dès ma naissance on me demande de faire des efforts et d'arrondir les angles, allez niquer vos mères. Voi-làààààà [Sourire] Après on respecte les autres même si c'est pas notre style de son. Parce que c'est du boulot de sortir un disque. Bon c'est vrai qu'on arrive un peu violemment, avec le bordel, les conneries, les problèmes... Mais c'est notre vie. On va pas changer parce qu'on a un disque dans les bacs : se mettre un coup de peinture sur la gueule, une plume dans le cul ou je ne sais quoi... sortir une grosse liasse d'argent que je brûle bêtement, non.



Niveau texte, t'es un peu plus dans la description que l'apologie avec le temps...
On n'est pas fier. On n'est pas fier d'avoir été dealers ou voleurs. Si on avait pu aller à l'école en évitant tout ça, ça aurait été quelque chose de bien.

Tu as aussi écrit un morceau pour un album de comptines pour enfant, ça a surpris certains par rapport à l'image qu'ils avaient de toi.
Avec Véronique Jannot ouais, d'ailleurs bonjour Véronique, j'espère que tu vas bien. Le morceau que j'ai écrit s'appelle « Mon Bout'chou ». La connexion s'est faite naturellement, tout s'est bien passé, ça montre qu'aujourd'hui on n'a pas besoin de s'intégrer, on l'est déjà. Après, mon image... quelle image ? Ma bite dans leur bouche s'ils sont pas contents.

Toujours fan du boul' d'Alicia Keys ?
Ah ouais j'aimerais bien... faire de l'argent avec, hein. Ça reste professionnel, je cherche des vitrines là. Bon après on s'éclate, tout ça c'est... C'est pas une priorité, on s'en bat les couilles d'Alicia Keys, qu'elle se fasse égorger ou autre, ça me regarde pas. Je suis là pour mes frères de la rue, ceux qui nous soutiennent et font de bonnes choses pour qu'on avance dans tout ça. Mais dédicace à Alicia Keys si tu veux [Rires] J'aime bien Kylie Minogue aussi.



Comment tu vois l'évolution des quartiers ?

A l'époque IAM avait une bonne phrase : « c'est toujours la même merde derrière la dernière couche de peinture ». Ils avaient raison, c'est la vérité. L'évolution elle est où ? Tu la vois toi ?

Pas vraiment.
Bah alors ? Y'a juste le RMI qui est devenu le RSA. Y'a aucune évolution, à croire qu'on est à l'époque des castes en Inde. C'est nous aujourd'hui qui construisons la France, dans la diversité, il faut que cet Etat merdique et ces trous du cul nous respectent un minimum. Faut être réaliste un petit peu, qu'ils fassent des choses correctes. On dirait qu'on n'existe pas, wesh y'a pas que les campagnards. Même si on n'a rien contre, moi les campagnards ils m'ont aidé, ils m'ont hébergé, ils m'ont appris à traire une vache, c'est bien... Ah, si on pouvait acheter nos diplômes, hein.

Un mot sur les élections ? [L'interview a eu lieu avant les résultats]
Tu veux que je te dise un truc, moi je vote pas, même si beaucoup de gens me disent « tu devrais »... Je vote pas parce qu'il n'y a personne qui me représente, leur connerie je me reconnais pas dedans. On s'est dit la gauche est passée, ça ira peut-être un peu mieux : non. A part Taubira qui a fait quelque chose de bien au niveau judiciaire, par rapport aux peines plancher etc, je ne vois rien de bon. J'ai sorti « Moi aussi je veux baiser la pute de la République » en 2002, je demandais aux ministres s'ils pouvaient me la faire tourner, mais j'ai eu aucune réponse. En plus tu vas dans une boutique, tu dis : « mais les prix tu les as augmentés ? » et le mec te répond « C'est Hollande ». Bah moi je vais aller en Hollande alors. Si l'Etat légalise le cannabis, j'ouvre une chaîne de coffee shops et j'offre un gramme à toute la France... C'est pas facile, ce bled est l'un des plus taxés. En plus, pour revenir à Taubira, ils cherchent une solution à la surpopulation carcérale. Ils favorisent les bracelets électroniques, ça veut dire que même chez toi ça va être la taule ! Faut qu'ils arrêtent, on sera toujours là, quoi qu'il arrive. Si je meurs, demain y'aura un autre LIM.


Yerim Sar en veut toujours à Julien Dray d'avoir revendu sa marque de casques à Apple. Il est sur Twitter - @spleenter


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