Tour de France : Toulon

De Bob Marley à Sabine Paturel en passant par Hifiklub, Mina May, Smohalla et Keygen Kaotic.

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nov. 6 2014, 12:45pm



Parce qu'à l'époque où les supermarchés vendent des bananes en sachet individuel, il est important de renouer avec ses valeurs et ses racines, nous avons proposé à des contributeurs Noisey et des invités de nous présenter une playlist exclusivement constituée d'artistes de leur ville d'origine, dans le cadre d'une rubrique intelligemment baptisée « Tour de France ». Après Bayonne, La Rochelle, Reims, Brest, Lyon, Tours, Poitiers, Rouen et Bordeaux, voici Toulon présenté par notre collaboratrice Claire Bam.


Photo : DR

BOB MARLEY AU STADE MAYOL
Le 26 mars 1980, Bob Marley a foulé le sol de Toulon, avec ses Wailers sous le bras. Ils ont joué au stade Mayol, celui du RCT (Rugby Club Toulonnais) construit en plein centre ville. Ma mère, mon père, ma tante, ma future belle mère et 22 000 autres personnes y étaient. Il parait que pendant les balances, l'air de la ville a subitement changé, la barre d'immeubles qui longeait le port faisait caisse de résonance et c'était complètement dingue. Apocalypse Reggae. Tout le monde en parle comme d'un jour heureux, où les vibes étaient bonnes et où l’on a vu Bob Marley jouer au foot avec les gamins de la basse ville. Même ceux qui n'y étaient pas s’en souviennent. C'était son dernier concert en France et le dernier qui a eu lieu au Stade Mayol. Un an plus tard, Bob mourrait. Et pendant les trois décennies qui ont suivi, les Toulonnais on dû tripler leur consommation en THC pour supporter une programmation musicale à 80 % faya. Donc Bobby, on te remercie pas.

METOD MC
C'était la toute fin des années 90. En plein mois d'août, le Mont Faron avait brulé, le jour de l'éclipse totale de soleil. La mairie était FN depuis un moment et beaucoup d'artistes évitaient la ville. Certains gardent en tête une période sombre sur le plan culturel alors qu'on a pourtant vécu un certain âge d'or de la scène locale. Ça se passait dans des anciennes bergeries ou des forts abandonnés, dans tous les coins un peu paumés autour de Toulon. Il y avait des enceintes partout où elles pouvaient se poser et des mecs comme Metod passait des nuits entières à chanter avec le POS crew. Plus tard, avec Stalefish, il a monté un label, Step Express et pressé le premier morceau drum’n’bass chanté en français. Certains diront que ça ressemble à du Benny B en accéléré, mais nous on en est fier, le chauvinisme toulonnais n'a pas de frontière. Boo-ya-ka !

KEYGEN KAOTIC
Je n'arrive plus à me souvenir quand j'ai rencontré Keygen Kaotic, lui non plus. C'était l'époque de la temporalité altérée et des souvenirs confus. Il a commencé à mixer en 1998, c'est à cette période que notre génération d'ados à commencer à « bouger en teuf », en caisse ou en stop, on avait entre 15 et 20 ans, ça grinçait souvent des detns. On passait souvent plusieurs heures à chercher l'écho des basses dans le maquis pour aller écouter le boum boum des Flyosquais, Turbulence ou les Kaotic. Keygen faisait parti des quelques uns pour qui on faisait des kilomètres, parfois des centaines en galère pour les voir. Depuis une dizaine d’années, il a quitté la France pour Prague, amendement Mariani oblige, et il continue de jouer aux quatre coins de l'Europe et sort des disques sur les labels Undergroundtekno, Le Diable Au Corps et Astrofonik.

SMOHALLA VS FIXIONS
Si pendant des années des hordes de lockseux disaient Babylone pour parler du centre-ville, le côté obscur de la force s'est lui aussi développé en secret. Attendez un peu que je vous parle de la bande sélect des métalleux tout-en-noir que je cotoyais au lycée, et qu'on surnommait les maudits. La musique de Smohalla, le groupe qu'ils ont formé plus tard, est parfaitement à leur image, sombre, torturée et élitiste. Plus tu écoutes, plus tu comprends et tu finis par aimer ou détester. Quoiqu’il en soit la sensation est violente. Compositeur prolifique, prophète du post-black-metal aux Etats Unis, Slo distille ses prêches cauchemardesques principalement online. Son autre projet, Fixions, représente le côté fluo néon de son âme, de l'electrosynth avec compos, remix, etc. Un mélange de béton, de spots bleus et de palmiers, comme la basse ville. Puissante Toulon quoi.

HIFIKLUB
Hifiklub s'est formé en 2006. Je les ai découvert après l'occasion de leur projet Plans Make Gods Laugh tourné au parc national de Joshua Tree où ils ont collaboré avec, entre autres, Alain Johannes, Joey Castillo (Queens of the Stone Age) et Jack Irons (Pearl Jam, Red Hot Chili Peppers). Ce sont les ambassadeurs de Toulon, ils expérimentent, s'exportent et se produisent partout, en prenant parfois des virages à 183° entre deux projets. Ils sont capables de passer du chant Corse au stoner à l'électroacoustique. En ce moment, ils finalisent « On dirait le Sud », une série de portraits musicaux-vidéo-architecturaux de lieux scellés, oubliés et parfois interdits des alentours. La Tomate par exemple, fameuse boîte des années 70, le môle de Pipady, un centre de mise à l'eau de torpilles, une ancienne prison dont les murs des cellules ont été peints par les artistes du Reich, etc. S'il y a des mecs dans le coin qui ont les clefs du château, ce sont eux.

MINA MAY
Mina May s’est séparé en 2012, après 10 ans de services loyaux. Ils reflétaient bien l'ambiance hivernale des bords de la Méditerranée, la nostalgie du large, la grisaille, mais aussi les éclaircies dans une transe désabusée et entêtante. Au début des années 2000, c’était un peu l’ovni de la scène toulonnaise comme dirait Longueur d'Ondes. Aujourd'hui, le chanteur est toujours actif sous le nom de Flashing Teeth. Et Dahu rassemble à trois autres membres du groupe. J'imagine qu'ils continuent à jouer dans les premières églises qu'ils croisent.

INDUST & EON
Indust, c'est un vieux groupe toulonnais, à l'origine du sigle THC, pour Toulon Hardcore. Vous suivez ? J'ai des potes qui les suivent depuis leur 12 ans. Ils existent depuis 1996 et ont traversé toutes les époques. C'est LA curiosité locale à voir en concert. Ils ont depuis peu une chanteuse aux yeux fous, qui terrifie autant qu'elle fascine. Ils jouent à la Valette fin novembre pour ceux qui seraient tentés de se faire peur et de se faire mal en même temps. Eon sont un peu leurs petits frères, ils n'aiment pas la société de consommation, ils ne sont pas d'accord avec plein de choses. Le seul truc qu'ils ont l'air d'aimer c'est le melo, le metal, et puis les bières et les baleines aussi. Les deux derniers me vont.

LE MIDI FESTIVAL
Le Hyérois apprécie rarement d'être confondu avec le Toulonnais. Sachez-le. Le Midi Festival l'annonce lui même, c'est à Hyères, c'est la French Riviera, c'est chic, c'est pas Toulon quoi. C’est pourtant dans la zone que la première édition du fest a eu lieu en 2005, à la Seyne sur Mer, port industriel de la banlieue toulonnaise. Depuis, le festival s'est installé à la Villa Noailles. Ca sonne mieux. Le fest réunit à la fois des groupes locaux et des trucs indie internationaux. Après quelques bières, quand il fait 40° à l'ombre, même les groupes les plus chiants parviennent à nous faire dodeliner de la tête. Il y a toujorus un moment où tu as envie d'hurler aux mecs sur scène d'envoyer la sauce, mais ce n'est ni le moment, ni l'endroit, alors tu retournes t'asseoir et tu apprécies. On n’est pas à Calvi On The Rocks non plus.

SABINE PATUREL
Quand gamine je chantais que j'avais fumé « toutes les Craven A », j'étais loin d'imaginer que Sabine Paturel était du coin. « Le seul au courant c'est déguin ». Il était pourtant évident qu'elle faisait référence au dicton le plus connu de la région. « Qu se levo de Touloun se levo de la rasoun » - Qui part de Toulon, perd la raison. Sans commentaire. Mais tenez-vous bien, en février dernier elle a sorti un nouvel album, Atmosphère, au sein duquel elle rend une fois encore hommage à notre belle ville en faisant référence à la scène mythique d’Hôtel du Nord où Arletty propose à son jules de partir pour Toulon. Sabine représente.


Claire Bam n'est pas sur Twitter mais elle a un site.