Jarvis Cocker le sait mieux que personne : la vie se résume à la bouffe et au sexe

À l'occasion de l'avant-première du documentaire consacré à Pulp, Jarvis Cocker nous a parlé du dernier concert du groupe, de sa phobie des poules et du sens de la vie.

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08 août 2014, 10:00am

Jarvis Cocker, du haut de ses trois mètres cinquante, ondule des hanches et balance des confettis directement de son entre-jambe, le tout en slow-motion. Non, ce n'est pas un rêve. C'est l'avant-première à Los Angeles du documentaire consacré à son groupe, Pulp: A Film About Life, Death & Supermarkets, qui se déroule dans le mythique United Artists Theatre, aujourd'hui propriété du Ace Hotel. Inutile de préciser que les fans de Pulp et Jarvis Cocker seront comblés par ce film consacré au dernier concert de Pulp à Sheffield, leur ville natale. Dans ce documentaire, les membres du groupe confient leur dégoût profond pour la célébrité - « c'est comme être allergique aux arachides » -, parlent de leur background, du fait qu'ils ont veilli et de la question de l'appartenance ou non de Jarvis Cocker à la classe des « Common People ». Non, je ne vous donnerai pas la réponse. Si le film se concentre sur le groupe, il est aussi un hommage à tous leurs fans de Sheffield et à ceux venus de l'étranger pour les voir, une dernière fois.

Suite à cette avant-première, Jarvis a participé à un Q&A organisé par l'association Cinespia de Los Angeles, aux côtés du réalisateur Florian Habicht. Il y a abordé le problème des poulets nymphomanes, la question de l'écriture ou non d'un roman érotique et la possibilité d'une reformation de Pulp. Voici quelques-unes des informations qu'il a bien voulu nous donner durant la soirée.

1. Jarvis Cocker se méfie des poules et refuse de s'en approcher
« Les poules ? J'aime pas ça. Je n'en ai jamais beaucoup côtoyé mais un pote qui travaillait dans une ferme m'a raconté une histoire vraiment dégueulasse à leur sujet. Là où il travaillait, un poulet était mort, il a retrouvé un poulet en train de baiser son cadavre pendant qu'un autre lui picorait les yeux. Depuis j'ai un peu de mal avec les poulets. »

2. Jarvis a accepté que ce documentaire soit réalisé surtout par curiosité, pour voir ce à quoi ses fans ressemblaient.
« Ce documentaire a été en partie filmé pour montrer ce à quoi Sheffield ressemblait, parce que c'est là que tout a commencé. Je me suis toujours demandé, quand j'étais sur scène, ce que les gens dans le public allaient faire après, ce qu'ils feraient demain, et pourquoi ils étaient venus, en fait. J'ai pensé que ce film pourrait m'éclairer. C'était l'idée, et tu peux découvrir des personnages super intéressants, par exemple cette fille de Géorgie qui a fait tout le chemin jusque Sheffield pour nous voir. Mon rêve s'est réalisé : je vois ce à quoi mon public ressemble. »

3. L'importance qu'a pu avoir un Red velvet cake dans la décision de Jarvis de participer à ce documentaire.
« Florain Habicht voulait faire un film sur Pulp, mais je lui ai dit qu'il s'y était pris trop tard, parce que notre dernier concert était dans deux mois et qu'il n'aurait jamais le temps de réaliser son film d'ici là. Il a insisté un peu et m'a donné une part de Red velvet cake. À ce moment-là, je me suis dit que ça pourrait être cool d'avoir un souvenir de ce concert. »

4. Jarvis a été très impressionné lorsqu'il a rencontré les fans que l'on peut voir dans le film.
« Je n'ai rencontré personne avant la première du film à Sheffield. J'ai ressenti des choses bizarres. J'ai été très impressionné quand j'ai rencontré Joséphine. Ça fait bien longtemps que j'ai quitté Sheffield, et quand on m'a montré les cuts, j'étais agréablement surpris par les personnes que Florian avait choisies. Enfin depuis le début de ce Q&A, je n'ai eu que des paroles désobligeantes pour Sheffield, mais je vais être un peu sentimental et dire que cette ville occupe une place toute particulière dans mon coeur. »

5. Jarvis a quitté Sheffield parce que les gens y étaient trop renfermés.
« Il y a une ambiance particulière à Sheffield, différente de celle des autres villes d'Angleterre. Sheffield a sa propre patte, ça a un certain charme. J'étais assez impressionné que Florian soit parvenu à interroger des gens, les ai amené à se confier et à dire des choses sincères. C'est en partie pour ça que je suis parti de Sheffield, les gens êtaient très renfermés, très isolés les uns des autres. Dans le film, on peut voir que c'est toujours le cas et ça m'a fait très plaisir. »

6. Enfant, Jarvis avait peur du free jazz.
« Dans le film, on peut voir ce disquaire [Rare & Racy Records], il a toujours été là. J'y allais quand j'étais enfant. C'est un endroit intéressant : c'est là que j'ai écouté pour la première fois du free jazz. Le type du disquaire écoutait du free jazz à longueur de journée, quand j'étais enfant je trouvais ça fascinant, qu'un type puisse rester assis tranquillement en train de fumer sa cigarette en écoutant ces bruits complètement flippants. Le disquaire est encore ouvert, et le type est toujours là. Chapeau ! »

7. Pulp ce sont des potes à l'origine, pas des musiciens.
« Personne dans le groupe n'a été choisi pour ses compétences musicales. Ça peut peut paraître débile, mais j'ai pris la décision de monter Pulp quand j'étais à l'école, pour ne pas devoir faire du sport et avoir mon propre petit truc. C'était comme un genre de vieux fantasme. Notre premier bassiste était vraiment mauvais en sport, et pour lui, nos morceaux étaient un peu comme des courses - et c'est exactement ça, je me rappelle quand on essayait de jouer, on se donnait à fond le temps du morceau et après c'était bon, c'était fini, on soufflait. Lui ne jouait jamais toutes les notes, il s'arrêtait pendant le morceau et disait qu'il était crevé. Il n'était pas très endurant. On n'a jamais été des musiciens, juste une bande de potes qui aimaient traîner ensemble. Le groupe nous permettait de nous sentir puissants. Mais ça a pris beaucoup de temps, on a répété pendant environ un an avant de donner nos premiers concerts, c'est dingue qu'on s'en soit sorti avec un son plutôt correct. »

8. Jarvis n'avait jamais réalisé, avant de se voir dans le film, que ses dents étaient beiges. Il n'a jamais aimé se regarder à l'écran.
« Quand nos concerts étaient filmés, je refusais toujours de les regarder parce que la réalité qu'ils reflètent est si différente de ce que tu imagines dans ta tête, et je préfère cet imaginaire. En voyant ce film, j'ai aussi vu ce qu'était la réalité. J'ai un exemple marquant : avant que je n'aille chez le dentiste, j'avais toujours les dents vraiment très beiges. J'ai découvert qu'elles étaient si beiges en regardant le film, je ne m'en étais jamais rendu compte avant. J'aurais certainement dû regarder des vidéos avant. »

9. Peu d'auteurs dans le monde peuvent se vanter d'écrire sur le sexe aussi bien que ne le fait Jarvis Cocker. Cela dit, il n'a pas prévu d'écrire le prochain 50 Shades of Grey pour autant.
« Si je peux écrire une nouvelle version de 50 Shades of Grey ? C'est une question très intéressante. J'ai toujours fait référence au sexe dans mes chansons - je pense que c'est un sujet clé de la musique. Mais c'est difficile d'écrire sur ce sujet, parce que dès que tu en parles, ça met mal à l'aise les gens et ça les fait glousser. Pourtant, c'est la force motrice de tous les êtres humains, on se demande toujours si on le fait bien ou mal, trop ou pas assez. C'est un sujet fascinant et sans limites, on n'en viendra jamais à bout. Je n'ai écrit que des recueils de poèmes. Je peux écrire sur deux pages, mais c'est déjà trop long pour moi. J'aime les textes narratifs et les histoires, mais je suis un peu trop fainéant. »

10. Jarvis et le naturaliste anglais Sir David Attenborough se sont mis d'accord, lors d'une discussion, sur le fait que la vie se résume à manger et à baiser.
« Vous avez déjà entendu parler de Sir David Attenborough? Il a fait pas mal d'émissions sur la BBC, je l'ai rencontré récemment pour enregistrer une émission radio et je lui ai parlé de l'origine de mes chansons et de ma musique. Il disait que tout ça était en rapport avec le sexe, que tout n'est fait que pour mettre en évidence le sexe. Je lui ai demandé si tout tournait vraiment autour du sexe, il m'a répondu qu'on aimerait bien croire que la musique dépasse le monde physique pour permettre à l'esprit de s'éléver, loin de la bouffe et de la baise, et de toutes ces basses préoccupations. Mais selon lui, c'est de la foutaise : tout ce qui importe, c'est de manger et de baiser. Il m'a définitivement convaincu. »

11. Le dernier concert de Pulp à Sheffield pourrait faire l'objet d'un film à part entière.
« J'ai écouté l'enregistrement et en fait, on a bien joué. Pour la vidéo, on a énormément de séquences à regarder. Ça pourrait presque être un film à part entière… Un peu comme The Last Waltz de Scorsese. »

12. On n'en a peut être pas encore fini avec Pulp.
« Il ne faut jamais dire jamais. On ne s'est pas réunis pour célébrer un anniversaire. C'était davantage un besoin personnel. Il faudra donc attendre qu'on ressente à nouveau ce besoin pour que Pulp se reforme. En fait, j'en sais vraiment rien. C'est une question qu'on nous pose souvent. On ne sait pas combien de temps cette pause va durer. »

Marissa aimerait vraiment que Pulp se reforme. Elle est sur Twitter. - @marissagmuller.