Low Jack nous parle de Garifuna Variations, son nouvel album sur L.I.E.S.

Esclaves en fuite, rites chamaniques, écoute intégrale.

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févr. 26 2014, 1:45pm


Quand on vous dit que Low Jack sort son premier album sur L.I.E.S., vous vous attendez en gros à tout, mais surtout à une méchante dose, et pas tellement à un disque ambient-noise basé sur la musique et la culture d'un peuple méconnu des Caraïbes. Et quand on vous dit que vous allez écouter un disque d'ambient-noise basé sur la musique et la culture d'un peuple méconnu des Caraïbes, vous vous attendez à tout, mais surtout à vous faire gentiment chier, et pas tellement à entendre un truc totalement fascinant et addictif, qui sonne comme la BO d'un True Detective hondurien plein de naufragés et de danses funéraires et dont l'issue serait la fin du monde, avalé par un gigantesque mur de lave en fusion. Vous allez d'ailleurs pouvoir le constater par vous même, puisque Garifuna Variations est en écoute intégrale juste ici. J'en ai profité au passage pour poser quelques questions à Low Jack sur la conception du disque, les Garifunas, et la façon si particulière qu'à Ron Morelli de répondre aux questions en vous en posant deux autres.




Noisey : Quelle est l'histoire derrière Garifuna Variations ?
Low Jack : Tout est parti d'un live que j'ai fait pour le festival des Siestes Électroniques à Paris, au Musée du Quai Branly. J'avais eu la chance d'assister aux éditions précédentes en tant que spectateur, et j'espérais secrètement pouvoir y jouer un jour. Ce sont des live réalisés uniquement à partir du catalogue ethnomusicologique du musée, et c'est quelque chose qui m'attirait pas mal. Alors, quand Samuel Aubert, le programmateur du festival, m'a contacté, j'étais évidemment hyper motivé, même si je n'avais pas vraiment d'idée précise sur ce vers quoi j'allais me diriger. Je tenais en tout cas à faire quelque chose de différent de ce que je fais d'habitude. Généralement, les gens invités à jouer au musée font un mix, parce que le but, c'est un peu de mettre en valeur ce catalogue ethnomusicologique, que très peu de gens consultent.

Comment es-tu arrivé sur les Garifunas ?
Au début j'ai tenté un truc à partir de DVD, et puis j'ai décidé de suivre la trace de mes racines : je suis originaire du Honduras, mais je connais très peu la culture de ce pays, vu que j'ai été adopté à l'âge de 4 mois et que je n'y suis retourné que bien plus tard, et en tant que simple touriste, vu que je n'ai aucune attache familiale là-bas. Je ne connais donc ni le folklore, ni la musique de ce pays. Alors, je suis parti là-dedans, parce que que ça me permettait d'être totalement dans le sujet, tout en faisant un travail un peu introspectif. J'ai commencé par lire pas mal de livres et regarder plusieurs documentaires. Et à un moment, je suis tombé sur les Garifunas et j'ai été passionné par leur histoire, qui a un côté presque mystique, légendaire. C'est un peuple issu du métissage entre des esclaves évadés suite au nufrage de deux bateaux, et des tribus des Caraïbes. Et leur musique emprunte beaucoup à la musique et aux rites d'Afrique Centrale, avec des danses funéraires, des cérémonies chamaniques, avec une influence catholique par-dessus, vu que les esclaves avaient été auparavant colonisés par les Français et les Espagnols.

Mais tu ne t'es pas contenté de faire un mix des morceaux que tu as trouvé, tu t'es vraiment approprié le truc.
Oui, ça m'emmerdait de faire juste un mix, j'ai donc rejoué les morceaux, traduit les paroles... J'ai surtout repris les thématiques des morceaux. Il y a quelques samples mais c'est totalement méconnaissable, c'est découpé, recouvert d'effets, ralenti, accéléré, donc on ne retrouve vraiment aucun sample direct. Et du coup, j'ai donné une interprétation beaucoup plus littérale des paroles, vu que ce ce sont, à la base, des choses très dures, très sombres, mais sur une musique hyper positive. Ils ont par exemple une danse qui s'appelle la Punta, qui est festive, mais dont les chants racontent l'histoire d'un marin sur un radeau qui est sur le point de mourir. Mais c'est vécu de manière très joyeuse. Alors que dans mon disque, c'est plutôt la fin du monde. [Rires]

Et comment es-tu passé de ce live à Garifuna Variations, justement ?
Après le live, Samuel m'a encouragé à trouver un label pour transformer cette expérience en disque. Moi, je savais pas trop quoi en penser. J'étais déjà en contact avec Ron Morelli de L.I.E.S. parce qu'il aimait bien ce que je faisais et voulait qu'on bosse ensemble. Je lui en ai parlé, je lui ai fait écouter le live et il m'a tout de suite dit : « Je veux le sortir et je veux que tu en fasses un album. Réduis tes idées à 35, 40 minutes, débrouille-toi. » À ce moment-là, je bossais sur un album pour In Paradisum, qui était en chantier depuis un an, donc c'était un peu déstabilisant comme situation, mais je me suis lancé dedans, j'ai bossé le truc chez moi, raccourci pas mal de choses, mis en place une narration complètement différente et le disque a commencé à se mettre en place. Sur l'album, contrairement au live, il y a des samples, mais qui ne sont pas du tout des samples Garifunas pour le coup... Sauf que tout le monde croit que c'en est. [Rires]

Ques ont été les retours de ton entourage sur le disque ?
Les gens ont été forcément surpris, parce que quand ils ont su que je sortais un album sur L.I.E.S., ils ne s'attendaient pas du tout à ça, donc il y a eu quelques personnes un peu déroutées. Après, il y a les gens qui ont découvert le disque par L.I.E.S. et qui ne me connaissent pas. Pour eux, la surprise a été moins grande, c'est plus raccord avec l'estéhtique du label, même si c'est pas Delroy Edwards non plus, ça reste un disque assez difficile. Mais globalement, les retours sont plutôt bons. J'étais persuadé que personne n'allait capter le disque vu qu'il y a toute une histoire autour et que c'était devenu un délire très personnel au final.


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