Que va-t-on bien pouvoir faire de Nicolas Ker ?

Ingérable, drôle, brillant, insupportable, le chanteur de Poni Hoax, Aladdin et Paris, ne sera jamais une star mais aura toujours plus d'histoires à raconter que Kanye West.

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févr. 18 2015, 11:05am

Toutes les photos sont de Johanna Benaïnous & Elsa Parra

2015, la réputation de Nicolas Ker en interview n’est plus vraiment à faire : ingérable, drôle, brillant, insupportable, celui qu’on connaît comme le chanteur de Poni Hoax, Aladdin et aujourd’hui Paris (dont le premier album, There Is A Storm, est sorti en début d’année sur Ekler’O’Shock), n’est pas du genre à la jouer facile. Roi du dérapage contrôlé, le mec part globalement dans tous les sens, sauf le bon, et a tellement de choses à raconter qu’il me laisse rarement finir mes questions. Ticket pour 27 minutes et 11 d’hallucination, qui se poursuivront le lendemain, au Point Ephémère, pour un concert délirant de Paris, où l’on verra Arielle Dombasle débarquer en fin de soirée sur scène pendant le set des Micronauts, les bras en l'air. Oui, pas de doute, Paris est magique.


Noisey : Après toute ces années, tu n'en as pas marre de raconter les mêmes conneries pour promouvoir un nouvel album ?
Nicols Ker
: Non. Je suis toujours très content de donner des interviews. Bordel, j'ai été au RMI pendant 10 ans, alors râler quand des journalistes s'intéressent à mon travail, jamais.

Poni Hoax a toujours été perçu comme le groupe parisiano-branchouille par excellence. Baptiser ce projet Paris, c'était un pied-de-nez à tout ça ?
Il n'y a que des bretons dans Paris. Donc non. A un moment, il se trouve que la hype parisienne nous a aimé, mais on s'en fout complètement. Au départ, on devait d'ailleurs s'appeler Parade. J'adorais ce nom, qui faisait référence au ballet de Satie, avec un texte de Cocteau et des décors de Picasso. Mais un mec qui a déjà un groupe du même nom nous a empêché de l'utiliser, alors qu'il n'a jamais sorti le moindre album! Ensuite, j'ai voulu qu'on s 'appelle Dior. En étant RMIste, je trouvais le contraste assez génial. On avait même le logo du groupe : le même que Dior mais avec le D de ED l'épicier. Mon beau-frère, qui est mannequin, a fait écouter nos titres à John Galliano, qui a adoré. Mais il lui a dit que l'utilisation du mot Dior ne passerait jamais.

Aucun problème de droit pour utiliser Paris ?
On n'avait pas le droit de s'appeler Dior. J'étais un peu déprimé. Chez ma mère, je suis tombé sur bouteille de parfum, et sous le mot Dior, il y avait écrit Paris, parfum. Je me suis dit : va pour Paris. Et si on nous emmerde avec ça, on prendra Parfum !



La ville de Paris est représentée par une équipe de foot blindée de talent mais on sent bien qu'elle ne gagnera jamais la ligue des champions. Comme Poni Hoax en musique ?
J'en ai rien à foutre de rien, tu sais. Rien à cirer que ça marche.

Alors pourquoi fais-tu encore de la promo ?
Attends...Ce que je veux vraiment, c'est faire de la bonne musique. C'est hyper important. Que ce soit pour Poni Hoax, Paris, Aladdin ou mon album solo. J'essaye vraiment de faire de la bonne musique, mais mon avis sur mon groupe ou sur moi, j'en ai rien à faire.

Sur A State Of War, le dernier LP de Poni Hoax sorti il y a un an et demi, on a pensé que vous alliez enfin toucher un public un peu plus vaste, notamment avec le soutien de Sony. Et puis en fait non.
J'aime pas trop ce dernier LP de Poni Hoax. C'est même celui que j'aime le moins. Je le trouve un peu raté. Certains potes trouvent que c'est notre meilleur. Pour moi, notre premier LP était 100 fois mieux.

C'est souvent difficile d'égaler la fraîcheur d'un premier LP qui a mûrit pendant des années.
Pour moi, il y a des albums malades. Truffaut disait qu'il y avait des grands films malades. En musique, c'est pareil. A State Of War ou Aladdin, c'est des grands albums malades qui ne me plaisent pas trop.



Tu portes le prénom du chanteur d'Indochine et, à une lettre près, le nom de famille du chanteur de Simple Minds [Jim Kerr]. Tu as écouté ces groupes quand tu étais plus jeune ?
Indochine, j'adorais. Sinon, je connais très bien Marc Kerr, le petit frère de Jim, parce qu'on n'arrête pas de bosser ensemble. C'est mon pote depuis des années. Un jour, il m'a expliqué que son père était chômeur et que sa mère repassait des chemises pour les riches. Gamins, les Kerr ne mangeaient que des frites. Et d'un coup, Jim est devenu super célèbre avec Simple Minds. Du jour au lendemain, il s'est acheté une baraque immense du côté le plus riche de Glasgow. Dans le sous-sol, il y avait une salle immense avec une batterie Pearl. La meilleure batterie au monde, selon moi. Mais leurs parents continuaient à vivre comme avant, sans rien changer, alors qu'ils étaient devenus plus riches que les propriétaires des chemises. Quand Mark Kerr avait 15 ans, une limousine débarque devant la maison. Des mecs surexcités avec des talkie-walkies sortent de là en courant et en hurlant « Où est Jim ? Où est Jim ? ». Un mec ouvre la porte de la limousine : Nelson Mandela. Il venait de sortir de prison, avait été élu président, et une des premières personnes qu'il souhaitait voir, c'était le chanteur responsable du morceau « Mandela Day » qui avait beaucoup aider à faire parler de lui.

Tu fais de la musique malade, mais elle est parfois super efficace. « Up From The Distance », c'est du rock de stade.
Mais carrément. Entre nous, on l'appelle le morceau « Rock en Seine ». Cette chanson est totalement Rock en Seine. On s'est dit : on lâche tout, on y va.

Un morceau comme « Serve My Lord » est plus dans une veine The Fall. Mark E. Smith, c'est quelqu'un que tu admires ?
J'adore ce mec, mais c'est vraiment un connard. Tu savais que je l'avais remplacé dans Von Südenfeld, le projet qu'il avait monté avec Mouse on Mars ? Cet enfoiré de Mark E. Smith leur a dit d'aller se faire voir, et je me suis retrouver à le remplacer sur plusieurs dates. En chantant n'importe quoi, et surtout pas les paroles de Mark. E. Smith !

Parlons justement de tes textes, ils ne sont pas toujours très lisibles. Voire cryptés. Ça me fait parfois penser au Michael Stipe des débuts de R.E.M.
Mes textes, c'est de la merde. Enfin, non, ce n'est pas de la merde... Je comprends la comparaison avec Stipe, mais je me trouve meilleur. Les mecs dans Poni Hoax ou Paris savent très bien ce dont je parle dans mes textes. Mon truc, c'est de pousser le bouchon juste assez loin pour que les auditeurs puissent avoir plusieurs pistes de lecture possibles. J'ai envie que les gens interprètent à leur façon. Ne pas leur donner les clefs, mais ne pas être incompréhensible non plus. Sinon, ça devient de la merde. Tout est question de limite. Et Stipe faisait la même chose.



Ça fait plus de 15 ans que tu joues dans des groupes. Tu es fier de ton parcours ?
J'en ai rien à foutre de mon parcours. Ce qui m'intéresse, c'est que tu me poses des questions.

Et ça, ce n'était pas une bonne question ?
Si, au contraire. Mais j'ai tellement « losé »... C'est énorme que tu viennes t'intéresser à mon travail parce que pendant très longtemps, tout le monde se foutait des morceaux que j'écrivais. Le fait que des journalistes viennent me voir, c'est ça la réussite. Vraiment.

Qu'est ce que tu écoutes chez toi ?
Rien.

Ce n'est pas possible.
OK, j'écoute de la K-pop et du black metal. Mon groupe préféré, c'est 2NE1. Ils sont bonasses. Et en black, j'aime Mayhem. Mais en vrai, j'adore Cobra. C'est dément. Je connais ce groupe depuis super longtemps et j'hallucine qu'ils deviennent à la mode. Un pote m'a dit « Cobra, c'est très simple, c'est le parti socialiste ». Sans plaisanter, je suis vraiment à fond pour Valls et Hollande. Je suis fan de mon attachée de presse et centriste de gauche hardcore. [Il se lève et entame une longue déclaration d'amour à son attachée de presse]



Tu as la réputation d'être quelqu'un d'assez...
Débile ?

Non, intègre et assez incontrôlable. Tu ne penses pas que ça t'a parfois porté préjudice ?
J'en ai rien à cirer. Mon intégrité, je la bouffe en salade. [Il part s'acheter des clopes au comptoir, puis se lance dans une ode à Noisey dont je ne saisirai pas tous les mots].

Tu traîne pas mal avec Arielle Dombasle en ce moment. Vous avez un projet en cours ?
Rencontre improbable. Quand je lui ai présenté mon dealer de coke, il est venu avec son chien. Elle se met à vouvoyer le chien en lui demandant « Comment allez-vous, Scooby? ». Elle parle à Scooby.

Il faudrait penser à écrire tes mémoires.
Je suis trop jeune encore, je n'ai que 44 ans.


There Is A Storm, l'album de Paris est disponible depuis fin janvier sur Ekler'O'Shock.

Prochaines dates :
25/04 - Paris @ Nuba
22/05 - Brest @ La Carène

Albert Potiron la joue tranquille. Il est sur Twitter - @Albert_Potiron