DJ Rob a inventé le son gabber et il vous raconte comment

Le Parkzicht, Rotterdam, les vestes de jogging et ce putain de hakken !

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mars 19 2014, 12:45pm

Entre 1989 et 1991, Rob Janssen, alors DJ résident du club Parkzicht à Rotterdam, décide subitement d'accélérer et de saturer les sons qu'il joue en agrémentant ses mixes d'une boîte à rythme. La hard-house n'est visblement pas assez extrême pour lui. Il ne le sait pas encore, mais il vient de créer ce que DJ Paul baptisera plus tard le gabber (« pote » en yiddish), le style de techno hardcore le plus violent disponible sur le marché.

Après les sorties de ses compatriotes Holy Noise, et deux premiers maxis (Feel The Noise et 1992 Is For You), la réputation de Rob s'impose définitivement en 1993, lorsqu'il s'allie à MC Joe pour le classique « The Beat Is Flown », qui fera exploser le gabber dans le monde. Bien sûr, DJ Rob n'était pas seul, d'autres DJ, labels et organisateurs de rave ont ajouté leur paire de Air Max BW à l'édifice, mais c'est lui qui jouera à La Bellevilloise à Paris, ce vendredi 21 mars, pour la soirée Gabber – A Parkzicht Night ! organisée en amont de l'exposition qui aura lieu au Point Ephémère du 1er au 13 mai prochain. On a profité de cet événement et du retour du gabber sur tumblr pour lui poser quelques questions et finalement se rendre compte qu'il était, contrairement à sa musique, un mec plutôt cool et tranquille. Il nous a également filé ses huit morceaux gabber préférés. Dam !




Noisey : Comment as-tu découvert le gabber ?
DJ Rob : Je ne vais pas te raconter la version longue mais le résumé ! Ce n'est pas vraiment comment j'ai découvert le gabber, mais plutôt comment j'ai apporté un son totalement nouveau au club Parkzicht, où j'étais DJ résident à l'époque. Il y avait d'autres clubs à Rotterdam et dans le reste de la Hollande, ils jouaient tous la même musique. Moi, j'ai créé ce truc pour apporter quelque chose de nouveau au son club, j'écoutais beaucoup de DJs hollandais, allemands, belges, français. J'achetais ma musique un peu partout et la ramenais en Hollande, et elle sonnait complètement différemment des autres.

Les réactions du public étaient incroyables, ils ont tous adoré et le buzz s'est répandu au fur et à mesure que les gens affluaient au Parkzicht. Ils venaient pour l'atmosphère et la musique, parce que c'était un truc qu'ils n'avaient jamais vu ou entendu auparavant. À partir de là, tout a pris de l'ampleur… Mes potes et moi, les DJs et producteurs de Rotterdam, des gars comme Paul Elstak, Michel de Hey, Gizmo, Speedy J, Maurits Paardekoper, V-Room, Ferry Corsten, on a commencé à proposé notre propre vision du truc, en utilisant des sons et des beats qui repoussaient les barrières musicales établies. Ça a commencé avec la house et la techno, des labels comme Warehouse et Plus8... Bref, en l'espace de deux ans, on avait créé un nouveau truc… Le son de Rotterdam ! Le Gabber était né !

Si tu devais résumer l'esprit de ce mouvement ?
On était des mecs qui faisaient leur propre truc, spécialement moi ! C'était nous contre le reste du monde. On oubliait nos problèmes, à la maison, à l'école ou au taf, on vivait pour la musique et on se lâchait complètement ! On ne peut pas vraiment dire que ça s'apparente au punk mais plutôt que nous étions gabbers et fiers de l'être. C'était une grande famille et tout le monde y était accepté, peu importe sa couleur ou sa religion, nous étions les Gabbers ! Au début du mouvement, il n'y avait aucun code vestimentaire ou truc du genre, tout résidait dans les basses, les sons et les lumières ! Un an plus tard, les fameuses « aussies » (de la marque Australian) ont débarqué et elles tombaient bien, parce que le tempo et la danse qu'on pratiquait nécessitaient ce genre de fringues.

Le look hooligan, crâne rasé, devait générer pas mal d'incompréhensions, non ?
La raison pour laquelle les mecs se rasaient la tête c'était premièrement parce qu'avec les cheveux longs tu transpirais comme un dingue sur le dance floor ! Surtout de la façon dont ils bougeaient. Ensuite, les gens ont suivi la tendance, plus pour l'image je pense. Les skinheads se sont mélangés aux gabbers, dans les énormes raves, mais les gabbers ne voulaient rien à voir à faire avec eux, à cause de leurs idéaux politiques.

D'ailleurs, les références à la terreur, la violence, où aux clubs de foot ont l'air d'être un truc récurrent dans la scène.
Oui, il y a un rapport très fort entre Rotterdam, Amsterdam et le football, Feyenoord et l'Ajax ! Tous les hooligans étaient dingues de ces clubs et ils sont devenus aussi fous avec le gabber ! Le phénomène était hyper gros entre 1994 et 1997. Après ça, des supporters d'autres équipes se sont aussi pointés dans les clubs, créant d'autres rivalités. Donc les hardcore hooligans sont un fait ! À l'origine, ça n'avait strictement rien à voir avec le gabber, mais l'étiquette hardcore hooligan avait cette image dure et cool. Et en tant que DJ et producteur, tout ce que tu voulais, c'était être le fils de pute le plus dur qui soit ! [Rires].

Tu te souviens de ta rave la plus mémorable ?
C'est une question difficile parce qu'il y en a eu des tonnes mais je pense qu'une des meilleures était sûrement celle qui a eu lieu à Paris, à l'Underdome, en 1995. Vraiment underground ! La première fois où j'ai joué à un gros festival comme le Thunderdome aussi, et la fois où j'ai été invité en Italie, le hardcore était numéro 1 à Brescia, à Milan, cette nuit était dingue ! Je peux t'en citer encore plein, chaque soirée a sa propre histoire. Je pourrais aussi te parler de trucs bizarres qui me sont arrivés où les trucs que j'ai expérimenté, mais on verra ça une prochaine fois…

Le gabber est encore important en Hollande ?
Oui, le gabber est toujours important ici, mais l'époque et les circonstances ont fait évoluer l'esprit du hardcore dans les grosses raves. C'est dû aux nouvelles possibilités de production et à l'argent que tu peux faire avec. Certains producteurs ont changé de direction parce que les mecs ont vieilli et ont des familles à nourrir et il y a aussi des jeunes producteurs qui copient certains sons et se font plein d'argent. À cause de tout cet argent et du fait de jouer et de travailler pour d'énormes compagnies comme Q-Dance, ID&T et B2S, ils ont commencé à réfléchir à de nouveaux concepts de fêtes, ce qui me va assez. Et il y a toujours des connexions entre ces grosses compagnies et le public.





Tu penses que le hardstyle est son plus fidèle descendant ?
Oui, on pourrait dire ça, le hardstyle a été créé par des vieux producteurs hardcore qui, il y a quelques années, avaient besoin de sons nouveaux et d'une évolution vers des styles de musique plus durs. Beaucoup d'influences de la house et de la scène rave ont aussi leur part dans le hardstyle. C'est plus commercial et c'est un genre maintenant important dans les festivals, l'argent est toujours là !

Justement, tu sens que le regain d'intérêt autour du genre est sincère ? Pas juste focalisé sur son style excentrique.
Ouais, quelque part, j'ai l'impression que c'est vrai et sincère mais comme je l'ai dit, l'argent est devenu tellement important aujourd'hui… Tu peux carrément devenir une grosse star en tant que DJ/artiste de la scène hardstyle. Donc les producteurs de gabber aujourd'hui ne continuent que pour une seule raison : ils suivent ce que leur dicte leur cœur !

Quels sont tes nouveaux projets ?
Je m'occupe d'un site internet, et de notre label hardcore Coolman Records qui nous prend beaucoup de temps. On a des productions à venir, je le gère avec Na-Goyah, qui est mon maître pour tout ce qui concerne le genre ! Je prépare aussi un nouveau concept de festivals, les Oldschool Gangsters, (des soirées gabber pour les jeunes qui ne peuvent pas forcément renter en club), j'organise et je produis des évènements, comme le Sunglow, avec plein de styles de musique différents. Et on a aussi notre propre club/scène de concert à Rotterdam, juste à côté du Maas, entre les deux célèbres ponts. La vie est courte ! PEACE !


Vous pouvez vous mettre bien dès à présent avec la playlist gabber de DJ Rob :

1. MARSHALL MASTERS – « Stereo Murder »
2. COALITION – « 9mm »
3. KNIGHTVISION – « Who is It »
4. BALD TERROR – « Drummachine »
5. NEOPHYTE – « Braincracking »
6. PILLDRIVER – « Pilldriver »
7. NAKED STEAL – « Vive la France »
8. BUZZ FUZZ ‎– « Frequencies »


Rod Glacial ne peut plus écouter de musique mid-tempo. Ter-mi-né. Il est sur Twitter - @FluoGlacial