Despo Rutti ramène la folie dans le rap de rue

On a demandé à Despo ce qu'il s'était passé dans sa vie depuis la sortie de « Convictions Suicidaires ».

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avr. 27 2015, 4:00pm

Aujourd'hui, Despo Rutti sort son nouveau projet, Clé Boa, un EP disponible gratuitement sur le site Haute Culture. Celui qui avait fait une entrée remarquée dans le rap français avec Les Sirènes du Charbon puis Convictions Suicidaires a connu une période d'absence avant de faire son retour aux côtés de Mokless et Guizmo, laissant un peu ses fans sur leur faim. Entre temps, il a également tourné un film, FLA (ne cherchez pas, vous ne l'avez pas vu), prenant encore tout le monde au dépourvu. On est revenu avec le rappeur des Pavillons-sous-Bois (93) sur son parcours en dents de scie, ses projets pour l'avenir et surtout sur ce qui rend son style si particulier. Un bon moment avec celui qui interrogeait l'auditeur de la façon suivante : « faut-il que je t'enfonce un thermomètre dans le cul pour que tu distingues le second degré ? »

Noisey : Quel bilan tu tires de Jamais 203, ton projet commun avec Guizmo et Mokless ?
Despo Rutti : Un bon bilan, dans la mesure où le public de Guizmo et Mokless n'était pas forcément composé de gens qui me suivaient. Ça a permis une ouverture etça a donc été enrichissant pour moi. Je pense que la confrontation positive avec d'autres artistes m'a permis de progresser. Avant ce projet, j'étais dans une période de vide artistique, je ne savais pas quoi faire... Ça m'a permis de me lâcher.

Il y avait quelques réticences dans ton public non ?
Ouais, c'est sûr. Mon public, c'est pas nouveau, ce sont des gens très fermés. En même temps, ils aiment Despo donc on ne peut pas leur en vouloir. Mais c'est vrai qu'ils voulaient que du Despo. Sur ce coup, j'ai été un peu égoïste, mais ce que je peux leur dire c'est que je vais revenir avec un vrai nouvel album, et qu'il ne faut pas s'arrêter à Jamais 203, ni à ce projet de 6 titres d'ailleurs, que j'ai fait vite fait. Derrière, il y a un album quasiment fini qui arrive.


Tu as aussi un album fantôme que tu n'as pas validé et qu'on n'entendra jamais, c'est ça ?

Je sais pas si personne ne l'entendra jamais, mais ce que je peux te dire c'est qu'à cette période là, j'étais pas vraiment inspiré. Fallait produire un album dans un délai assez court et j'ai pas tenu, tout simplement. J'ai un peu craqué au niveau créatif, j'avais rien de bien à proposer. Donc ouais, c'est un album fantôme, peut-être qu'il sortira un jour si le producteur le décide... Faudra quand même mon accord. Mais c'est pas le meilleur de Despo Rutti. Niveau label actuellement je suis chez Y&W.

Clé Boa devait être une mixtape ou ça a toujours été prévu comme un 6 titres ?
Non c'était un EP en fait. Ces morceaux-là sont des titres qui étaient le début d'un nouvel album, conçu avec un ami à moi ; on a pas pu aller jusqu'au bout mais ça nous tenait à cœur de sortir ces sons. Ils datent de 2012 mais pour moi ils ont encore une fraîcheur aujourd'hui, ça ne ressemble pas à ce qui se fait. C'est une bonne palette à proposer aux gens avant de partir sur un album qui sera encore d'une autre couleur. Là pour le EP c'est Nerubi qui a produit tous les morceaux. Il produit un peu sur l'album aussi.

C'est vrai qu'on voit à l'intro de « Débat » que ça date, vu la phrase sur Obama... ça revient souvent chez toi d'ailleurs, tu parles de lui dans « Roodster », « Innenregistrable »...
Ouais, ça date. J'ai toujours le même regard, je ne suis pas du tout quelqu'un d'utopiste. Avant d'être un black, c'est un Américain le mec. Il sera Américain dans toutes ses décisions. Il a beau être d'origine afro, ce n'est pas pour ça que l'Amérique va aider qui que ce soit là-bas à se développer. Ils dominent la Terre et ils dominent l'Afrique. Bon, peut-être qu'au niveau du symbole, ça peut aider des gens à se défaire d'un passé difficile pour le peuple noir, mais c'est juste psychologique. Pour moi, c'est une illusion. Plusieurs fois par an les gens se disent aussi « et si je gagnais au loto ». Et pendant 10 minutes ils parlent, « ouais on s'achèterait ça, ou ça », plutôt que d'être dans la réalité. C'est toujours bien de rêver un peu, mais avec mon rap, j'ai les pieds sur terre et la tête sur les épaules.

Tu te fais rare niveau feats, c'est un choix ?
Oui. Je mise tellement sur mon album, je veux que ce soit un classique du genre. Les feats, j'en fais quand je sens un challenge. Faut savoir que j'écris pas beaucoup. Les idées que j'ai, je les garde : si je faisais 15 feats, y'aurait pas d'album ! Ou alors je bâclerais les featurings et j'aime pas ça.

Sur certains, comme « J'escroque pour être propre », je trouvais perso que tu te relâchais un peu...
Ah... Bah je me suis adapté au concept du mec, je pense que c'était une bonne prestation. Je suis rentré dans l'univers escroc... Après il y a des titres qui parfois ne prennent pas. Mais je pense quand même que c'est un bon morceau.

Le titre « Clé Boa », il sort d'où ? Ça ressemble beaucoup à Ebola, phonétiquement.
C'est pas fait exprès du tout. Ça fait des années que cette maladie existe, j'en ai déjà parlé, on est dans la continuité de trucs que je dénonçais, y'a des choses qui n'évoluent pas. Quel intérêt de le répéter tous les ans. Y'a des trucs à dire sur des sphères où j'ai plus d'impact que la politique internationale. Non, sur Clé Boa, ce sont les chanteurs congolais qui m'ont inspiré. C'est souvent des chansons sur des relations hommes-femmes sulfureuses, très sexe. Clé Boa, d'après ce que j'en ai compris moi, c'est une étreinte un peu dangereuse. Y'a la notion de clé comme dans un combat avec des clés de bras, etc. Donc par rapport à moi, ça concerne le rap : je l'étreins mais je le tue en même temps. Ou dans l'autre sens, c'est lui qui me serre dans ses bras et qui me tue. Quand un boa commence à s'enrouler autour de toi, en général tu t'en sors pas !

Ton style de rap est très différent de ce qu'on entend ailleurs. On dirait que tu connais très bien les bases mais que t'as très vite cherché à t'en éloigner.
Bah ouais ! Moi au début, je rappais comme un bon écolier du rap français. C'est à dire une rime riche sur toutes les mesures... Et je me suis rendu compte que les rimes riches c'était un terrain trop petit pour moi. Quand je me suis dit ça, le rap existait depuis facile 20 ans déjà. Les rimes riches, pour moi, elles ont déjà été retournées dans tous les sens. J'avais besoin de me différencier. Tu vois, j'ai un amour pour les assonances, je kiffe ça, je trouve qu'il n'y a pas de limite au niveau des déformations des rimes. J'aime aussi les rimes riches hein, mais je trouve que c'est ce qui rend un peu le rap uniforme. Tout le monde en fait, tout le temps.

Il y a aussi le choix de t'affranchir un peu du beat parfois, ce que les gens comprennent pas forcément quand ils te découvrent.
J'ai toujours mis la priorité sur le fond, mais j'avais besoin d'avoir ma forme à moi. C'est ça que les gens ne comprennent pas, ils se disent « comment il se donne le droit de s'affranchir de ça, y'a des règles, faut les respecter ». Je sais rapper dans les règles, mais c'est pas ce qui m'amuse. Ce qui m'amuse c'est de déborder sur une phrase, faire une rime et la rattraper sur une demi-mesure plus loin, de revenir sur une assonance... De ne pas être téléphoné, comme un rappeur où tu sais quand la rime va s'arrêter, limite tu devines la rime qu'il va faire... A partir de ce moment là, je trouve qu'il n'y a plus de magie.

L'autre caractéristique de Despo, ce sont les phrases-choc.
C'est vrai que souvent, des gens m'en parlent dans la rue, me ressortent des phrases, qui auraient pu passer inaperçues, mais non. Ils me disent qu'ils en ont parlé avec leurs potes, etc. Pas forcément de la polémique à chaque fois mais des trucs qu'on retient. Ce qui résume Despo, c'est ça. Clairement. Des prises de position différentes de la masse du rap game, une philosophie différente, même par rapport aux mecs de quartier en général. Mais c'est naturel : je suis comme ça. Je me vois mal parler de rien. Ce que j'aime c'est rapper quelque chose que la masse n'a pas pensé ou qu'elle a pensé mais sans oser le dire.

« Des fois j'aimerais être rebeu juste pour faire plus peur que pitié », elle était sympa celle-là.
Bon, si je rappais ça aujourd'hui, j'aurais BFM au cul ! [rires] Mais cette phrase, c'est surtout parce que si tu regardes bien, même aujourd'hui dans la façon dont on parle de l'Islam, certains font un peu plus attention qu'avant. Juste parce qu'ils ont peur. C'est peut-être un effet placebo, mais j'ai cette impression là. J'ai toujours pensé qu'on obtenait des trucs plus facilement en tapant du poing sur la table. Quand tu regardes les représentations de la communauté africaine dans les reportages c'est Châteaurouge, les habits, « regarde ces nègres comment ils s'affichent », et les rebeus sont plus dans l'opposition, par rapport au respect de leurs droits. Après, attention, ça ne veut pas du tout dire que je cautionne la manière dont c'est fait, mais eux réussissent à se faire entendre.

Dans tes textes on trouve aussi pas mal d'humour et d'autodérision, là encore tu as sorti des phrases comme « la bague de mariage est l'anneau gastrique de la bite » ou « je suis peut être sorti avec des maghrébines par goût du danger ».
[rires] Pourtant ce sont des thèmes graves, tu connais. Mais ouais, c'est ma personnalité, je me prends la tête avec plein de gens de mon entourage à cause de ça parce que... je dis ce que je pense. Et on me sort souvent « tu peux le penser, mais tu ne peux pas le dire ! » Je ne fonctionne pas comme ça. Si je ne peux pas changer les choses en grand, c'est à dire que ce que je rappe n'a aucune incidence sur la réalité, il faut au moins que je fasse avancer les choses à mon échelle. Même quand je parle de moi, je ne suis pas spécialement tendre... C'est ce qui fait ma force. Que les autres continuent à ne pas rapper ce genre de phrases ! Ça fera de la place à la transparence et ils la trouveront chez moi.

Tu n'as jamais eu peur que ce style devienne un gimmick ? Genre « ok, lui il va faire 3 phrases provoc et basta ».
J'avais cette vision-là après l'album Convictions Suicidaires. C'est là que j'ai fait des morceaux comme « Débat » ou « Lettre à France », qui sont dans la même ligne. Je me demandais à quoi menait mon discours. Je me suis dit que j'attendais peut-être trop, avec ce côté revendicateur. Limite j'attendais que les gens se soulèvent en m'écoutant [sourire]. J'écoutais du rap et il y avait peu de gens qui disaient des trucs comme ça, sur notre avenir, notre vécu. Quand ça n'a pas trop marché, j'ai dû me repositionner, en tant qu'artiste et en tant que... « leader d'opinion », si on veut. La musique c'est vaste. Tu peux revendiquer, tu peux faire passer du bon temps aux gens, tu peux les faire rire. Aujourd'hui, je suis dans une optique moins revendicatrice. Beaucoup moins. Et je veux surprendre.

Par exemple, parler de Charlie Hebdo, venant de moi ça aurait été trop attendu. J'aurais dit quoi ? Je déplore les morts, et d'un autre côté je n'aime pas ce journal, j'avais le cul entre deux chaises. Ça fait des années qu'ils font des caricatures en sachant qu'ils blessent des millions de gens, caricatures qu'ils ont repris après le drame comme pour dire « on ne va pas s'arrêter ». Mais s'arrêter de faire quoi, au juste ? Si tu dis ça, on va dire que tu cautionnes le terrorisme. Moi je respecte la vie humaine en général. Quand on en arrive à tuer des gens, dans n'importe quelle situation c'est une extrémité qui est malheureuse. Je pense que si tu dois critiquer la religion, il faut toutes les mettre sur le même plan. Dans « Arrêtez », on m'avait pris la tête pour la phrase « avant d'me casser les couilles avec ta religion fais-moi voir tes photos-souvenirs du Paradis », parce que vu qu'on est dans le rap, les mecs s'imaginaient que je ciblais que les musulmans. Alors que non, c'est tout le monde ou personne. Quand je me pose des questions ça englobe toutes les religions. Inversement, quand j'ai fait des démarches pour me rapprocher de la religion, c'était toutes les religions aussi, pour savoir laquelle disait vrai. Faut laisser le libre-arbitre aux gens.

Vu toute l'effervescence qu'il y avait autour de toi à une époque, comment as-tu vécu l'accueil de l'album Convictions Suicidaires avec le recul ?
J'ai l'impression que l'album a été bien accueilli, il faisait partie des meilleurs albums de la période. Mais niveau format, j'avais travaillé sur un album tellement sombre, que j'ai pas pris le public en compte. Les gens aiment bien les morceaux où ils s'évadent. J'ai essayé d'en faire un mais ça a donné « Rédemption » ! Tu vois ? J'en ai parlé avec un gars de mon quartier, qui me disait qu'ils avaient besoin de morceaux plus légers parfois, je lui ai dit que « Rédemption » c'était ça, il m'a dit « t'es fou, c'est un des plus hardcore ! » [rires] Et moi-même, quand je suis à la maison, je n'écoute pas des trucs qui me font cogiter, en ce moment en tous cas. J'écoute du Aznavour et des musiques de fête. Si je dois faire de la musique revendicatrice ce sera quand même un peu plus dans cette direction-là. Avant, mon truc dans mon rap, c'était de casser. Alors c'est bien, tu t'éclates mais tu t'éclates tout seul. Quand tu fais du rap engagé et que t'es suivi, c'est super, mais quand en plus t'as un style qui est dur à assimiler pour les gens, bah... À la période où j'ai débarqué, ce qui marchait c'était déjà Sexion d'Assaut ! C'était pas trop la mode du rap dur, capuché. Maintenant oui. Que ce soit moi ou Nessbeal, on ne faisait pas rêver les gens, on les ramenait dans la réalité. Mais je ne regrette rien, parce que j'aime cet album.

Tu as aussi été le premier rôle d'un film, FLA, où tu joues un mec qui est un rappeur et qui est particulièrement insupportable au quotidien.
On dirait que je le suis vraiment hein ? [Rires] C'était marrant, le réal me briefait et lui-même se marrait, moi je lui disais « t'es fou, on va vouloir le tuer ce personnage » ! Mais en vrai je suis pas comme ça, je respecte les femmes qui m'aiment, je suis peace moi. Faire des sales trucs comme ça aux gens, ça ne m'arrive pas. La partie sur ses rapports compliqués avec son label, ça se rapproche déjà plus de ce que je peux connaître. À une différence : il est en major, moi j'étais en indé, donc on ne parle pas des mêmes sommes ! J'aurais peut-être pu réagir comme lui si j'avais signé en maison de disque. Mais en indé, ce sont des signatures à 5000, 10 000, même 2000 euros. Dans sa situation à lui, quand tu signes pour 20 000 et que tu as un souci de santé, c'est moche et tu ne sais pas quoi faire, ça peut te rendre un peu dingue. Ca reflète quand même un peu la réalité du milieu.

Tu définis ta musique comme du rap engagé ?
Oui. Là où je me suis lâché, c'est dans Jamais 203. J'avais besoin de faire autre chose. Mais ça m'a donné de la force pour faire un album plus riche ensuite : Majster. Pour revenir au côté « louper le coche » : pendant la période que tu décris, où j'étais « partout », vers 2008-2010 je dirais, les gens avaient besoin d'entendre ce genre de rap. Mais l'album est arrivé trop longtemps après Les Sirènes du charbon. Il aurait sans doute fallu le sortir plus tôt. Et encore, je ne sais même pas si ça aurait marché commercialement. Au final cet album a pris mais pas autant qu'il aurait pu.

Je me rappelle que Lalcko t'avait défini comme « un peu punk », par rapport à ton style. C'est un raccourci mais je trouve que ça te correspond pas mal finalement.
C'est une bonne analyse de Lalcko, c'est quelqu'un de très intelligent. Si je dois me définir c'est vrai que je dirais que je suis « en décalage ». J'apprends beaucoup en écoutant du Lalcko, et je pense que je suis pas le seul.

D'ailleurs beaucoup de fans rêvaient d'un projet commun avec Lalcko et Escobar Macson à une époque.
Franchement, c'est un de mes regrets. J'aurais aimé faire ce projet. À la base, il devait aussi y avoir Seth Gueko. Mais aujourd'hui chacun a ses occupations. Ceci dit on a toujours de bonnes relations tous ensemble, donc rien n'est impossible, dans le futur.

Tu te verrais faire un feat avec Casey ?
J'aimerais beaucoup. D'ailleurs, c'est un des noms qui a été le plus sorti sur les réseaux sociaux à chaque fois que j'ai demandé aux gens avec qui ils me verraient en feat. Il y avait Nessbeal et Casey. J'aime beaucoup ce qu'elle fait.

Que penses-tu de l'évolution de Fababy, que t'as contribué à mettre en avant à ses débuts ?
Je pense qu'il y a eu une période où la punchline est morte, vers 2011-2012. C'est devenu des jeux de mots qui ne voulaient plus rien dire. On dirait maintenant une cour de récré avec des enfants qui vont trouver des liens entre 2 mots et c'est tout. Fababy, son évolution, je la respecte. Bien sûr, je le voyais évoluer vers un rap plus dur, mais en même temps, le rap qu'il a fait, c'est le rap qui a marché, avec La Fouine et tout. J'ai pas envie de lui dire « non, rappe sombre, ça va te rapporter moins d'argent ». Il fait parler de lui, c'est un mec talentueux. Si même avec des projets comme Team BS il arrive à toucher des gens de différents âges, c'est qu'il a du talent.

Un dernier mot ?
Faut attendre mon album. Clé Boa c'est 6 titres de bonne facture. Sur l'album, attendez-vous à un autre Despo, peut-être plus surprenant.

Tu vas faire du dance-hall ?
Non [sourire]. Un Despo-surprise dans le rap dur ! Dans ce rap-là, il faut surprendre. Et c'est ça qui prend parfois beaucoup de temps. On est dans une période où tous les beatmakers font la même chose. C'est difficile de trouver un album qui ne sonne pas comme un autre. Dans le rap dur, j'ai déjà fait le job, maintenant il faut ramener plus de folie.


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