Pour Alexander Robotnick, l'italo disco suit un mouvement perpétuel

Le producteur italien nous a parlé de ses années 80 à Florence et de sa dernière compilation, Vintage Robotnicks.

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18 juillet 2014, 11:45am


Maurizio Dami alias Alexander Robotnick est un producteur italien qui a fait et fait toujours partie de la face respectable de l’italo-disco. Son tube de 1983, « Problèmes d’amour », l’a fait accéder au statut de mec culte dans la musique électronique, et est toujours présent dans les esprits bien des années plus tard ; contrairement aux hits de Ken Laszlo ou Den Harrow ! La preuve, si vous connaissez ce type c’est sûrement grâce à The Hacker et Kiko, les DJ’s de Grenoble et Valence, qui l’ont fait redécouvrir au public français au début des années 2000. En mai dernier, le très bon label de Seattle Medical Records a sorti Vintage Robotnicks, une compilation de 11 titres du Florentin sans aucune fausse note qui comprend entre autres « I Wanna Believe », « Cette vache de ma mère » ou le rare « Appuye sur le champignon ». On a posé quelques questions à Maurizio au sujet de sa place dans la musique italienne et de la théorie du genre italo.




Noisey : Tu crois qu’il y aura un revival italo disco cet été ?
Maurizio Dami :
Il y a toujours un revival italo quelque part. Quand ça se tasse en Europe, ça repart aux Etats-Unis ou en Amérique du Sud, et ainsi de suite…

Comment as-tu vécu le comeback homo-érotique du genre à la fin des années 90 ?
Je ne suis plus un « homo-érotique » depuis un moment maintenant. Donc je ne peux pas trop t’en parler. Mais en gros, je trouvais la majorité de la dance music des années 90 relativement chiante à l’époque. A ce moment là, j’écoutais et je composais exclusivemen de la world music, surtout orientale. Et aujourd’hui, je joue de la deep-house dans mes sets.

La « théorie du genre » continue de faire débat. T’en penses quoi toi ?
Je n’ai jamais considéré le genre comme un facteur important dans mes rapports sociaux. En plus de ça, à Florence il y a toujours eu une sorte de tolérance. En tous cas, ce désir de mariage des gays est étonnant. Quand j’étais jeune, moi et mes potes, on parlait toujours d’aller au-delà de ça, que de dépasser la famille était la seule vraie façon de changer le système… Et aujourd’hui chaque personne gay veut fonder une famille…



Dis m’en plus sur les groupes dans lesquels tu jouais dans les années 80, Avida et « Giovanotti Mondani Meccanici ». C’était quoi le concept ?
Avida était un groupe de cabaret-dance. Un truc très Italien. Chanté en italien avec des paroles sans aucun sens, c’était impossible d’exporter ce qu’on faisait à l’étranger. Giovanotti Mondani Meccanici était un groupe multimédia futuriste avec lequel on produisait des installations artistiques, des vidéos, des performances, de la musique. Encore une fois c’était un truc très Italien, une version anglo-saxonne aurait été impossible…

Ton premier et plus grand succès date de 1983, le fameux « Problèmes d’Amour » chanté en français. C’était une tactique commerciale ce changement de langue ?
Dans un certain sens oui. On voulait sonner différemment des autres artistes de disco italiens du début des années 80. C’est pour ça que j’ai pris un nom russe, Alexander Robotnick (qui signifie Alexandre l’ouvrier) et que j’ai choisi de chanter en français. Je ne connaissais quasiment rien du disco français excepté le morceau « C’est la Ouate ». Mais je pouvais parler très correctement la langue parce que ma mère était prof de français.



Tu as travaillé pour le cinéma aussi. C’était une bonne expérience ?
Mes rapports avec les réalisateurs n’ont jamais été fantastiques.C’est pour cette raison que j’ai abandonné d’ailleurs. Peut-être que j’étais trop critique envers leur travail, je ne sais pas. Quoiqu’il en soit, j’ai appris pas mal de choses et pas seulement d’un point de vue technique ou musical. J’étais fasciné par la Moviola et j’admirais l’habilité de la plupart des monteurs, qui étaient plutôt des types ordinaires mais de grands artistes dans leur discipline. Quand il y avait débat entre eux et les réalisateurs, ils avaient toujours raison.

Durant les années 90, tu as été un élément clé dans la popularisation de l’ambient music en Italie. Tu organisais un festival à Florence d’ailleurs.
Je suis toujours curieux de nouvelles musiques. J’étais vraiment intéressé par ce style parce que je travaillais sur des installations sonores pour des défilés de mode, etc. Tu peux retrouver des trucs de cette période sur ma chaîne mixcloud.

En 2002, tu as fait un retour au vrai electro en collaborant avec des gros noms de la techno française comme The Hacker ou Kiko. Tu les as rencontré comment ? Ca t’a surpris que, 20 ans après, des producteurs puissent être intéressés par tes disques ?
A l’été 2003, Kiko et The Hacker m’ont invité à jouer dans un club à Aix-En-Provence. Après ça, j’ai passé quelques jours avec eux, au studio de Kiko et on a fait le morceau « Viens Chez Moi ». On a vraiment passé du bon temps ensemble. Et ce comeback de ma musique ne m’a pas vraiment surpris finalement. C’est le cycle des 20 ans !



Parle-moi un peu de Vintage Robotnicks, le dernier disque que tu as sorti. C’est un best-of c’est ça ?
Je ne serais même pas capable de compiler un « best of » moi-même parce que je suis passé par trop de phases musicales différentes dans ma vie. Je préfère laisser cette tâche à d’autres, qu’ils compilent des disques selon leurs propres goûts. Dans le cas de Vintage Robotnicks, c’est mon pote Troy qui s’en est chargé, il s’est particulièrement penché sur le coté underground de ma musique.

Tu vis toujours en Italie ? Des plans pour les mois à venir ?
Oui, toujours, à Florence. Je vais bientôt sortir deux EP’s. Music for an imaginary club sous le nom Alexander Robotnick et un 4 titres sous le nom The Analog Session avec mon pote Ludus Pinsky.


Rod Glacial écoute « Les grands voyages de l’amour » en boucle depuis une semaine. Il est sur Twitter - @FluoGlacial