Nothing est le groupe qui en a le plus bavé en 2015

Décès, passage à tabac, polémique, accident d'avion, implication dans un scandale international : rien ne leur a été épargné.

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déc. 14 2015, 11:25am

Domenic « Nicky » Palermo, le chanteur guitariste de Nothing a un nuage noir au-dessus de la tête depuis sa naissance. Il a dû faire face à la mort, à l'alcoolisme, à une condamnation pour tentative de meurtre, à la peine de prison qui est allée avec, et plus généralement aux épreuves que lui a imposé le quotidien à Philadelphie, la ville où il réside. Et si 2014 a été une plutôt bonne année pour Nicky, avec la sortie du très acclamé premier album de Nothing, Guilty of Everything, et une tournée mondiale, 2015 a été une toute autre limonade. Depuis le mois de mai dernier, la vie de Palermo et Nothing n'a en effet été qu'une longue descente aux enfers, faite d'os brisés, de tournées annulées, de décès, de polémiques et de scandales d'ampleur internationale. Mais des ténèbres ont enfin percé les premières bribes de lumière et d'espoir avec l'annonce il y quelques semaines d'un nouvel album, Tired Of Tomorrow, attendu pour l'été prochain.

Nous sommes allés passer un moment avec Nicky Palermo pour parler du prochain disque de Nothing et de tout ce que le groupe avait traversé ces 6 derniers mois, de la fracture du crâne de Nicky à la mort de son père en passant par leur accident d'avion, le scandale lié à leur précédent label Collected Records, et les sempiternelles prises de tête sur Twitter.

Noisey : Ces six derniers mois ont été un enfer pour toi. Tu n'as pas l'impression, parfois, d'avoir un nuage noir au-dessus de la tête ?
Domenic Palermo : C'en est à un point où ça devient presque comique. Le nombre de saloperies qui peuvent me tomber dessus en si peu de temps, c'est hallucinant. Mais pour être honnête, je n'avais même pas réalisé que ça faisait six mois qu'on en bavait comme ça.

Et ça ne date pas d'hier. Tu as eu pas mal de problèmes avec ton père, tu as été en prison et ton premier groupe, Horror Show, a été obligé de s'arrêter à cause d'un décès alors qu'il marchait plutôt bien...
Et trois moi après que je sois sorti de prison, mon meilleur pote Stony est mort dans un accident de la route. Il raccompagnait une copine à lui et il a été éjecté à travers le pare-brise. Sale période.

Après ça, j'ai essayé de refaire de la musique avec Josh, le mec avec qui j'écrivais les morceaux dans Horror Show. Il vivait à L.A. et a eu lui aussi un accident, il roulait à moto et est rentré dans une voiture. Enfin bon, à l'époque je me disais que je n'avais pas à me plaindre et que finalement je ne m'en sortais pas si mal. Mais ces six derniers mois ont été particulièrement difficiles. Il a fallu que je garde la tête froide et les idées claires, que je me concentre sur notre nouveau disque et faire en sorte qu'il soit aussi bon que possible.

Tu te décrirais comme quelqu'un de négatif ?
Je ne dirais pas que je suis une personne négative. Je vis juste au jour le jour en essayant de faire face aux épreuves qui me tombent dessus.

Et comment tu y fais face, justement ?
Eh bien principalement en buvant et en bossant. Pour ce qui est de l'alcool, c'est par périodes—ça peut m'arriver de ne pas boire du tout pendant deux mois, par exemple. En fait, c'est surtout en tournée que je picole énormément.

J'ai appris que ton père était décédé cette année. Tu as eu une relation assez particulière avec lui.
Je vais te raconter une histoire assez dingue sur lui. Une nuit, lui et ma mère dormaient et mon père s'est levé et a ouvert la fenêtre de la chambre. Il est allé dans la pièce à côté, à mis une cagoule sur la tête, a rejoint la chambre par la fenêtre, en passant sur le balcon, et a sauté sur ma mère en lui mettant un couteau sous la gorge. Ça a duré une minute ou deux, après quoi il a ôté sa cagoule et a éclaté de rire. Mon père était dingue. Vraiment vraiment dingue.

C'est pour ça que tu t'es éloigné de lui ?
Bon, il s'est toujours bien occupé de moi, hein, mais en grandissant, j'ai commencé à réaliser qu'il était vraiment tordu. Lui et ma mère ont divorcé et il est devenu born again et quand j'ai eu 13 ou 14 ans et que j'ai commencé à écouter du punk rock, il m'a emmené dans une église pentecôtiste. C'était une de ces cérémonies où on prétend te « guérir ». C'est là que j'ai commencé à prendre mes distances avec lui.

Mais quand je suis allé en prison, il a fait jouer quelques relations pour que je suis libéré sur parole. C'était une tentative de meurtre et c'était ma première condamnation sérieuse. Tu n'obtiens jamais de libération sur parole dans un cas comme celui-là. Il avait de toute évidence pas mal de contacts dans le milieu judiciaire. En gros, il est passé d'un taré agressif à un taré religieux passif avant de devenir juste un type cramé par la vie.

Après ma libération, j'ai repris le contact avec lui, principalement via le téléphone. Et c'est bizarre, mais un mois avant le Fun Fun Fun Fest, j'ai eu le pressentiment qu'un truc horrible allait m'arriver, du coup je suis retourné pour le première fois depuis 3 ans. C'était début novembre. On a passé un peu de temps ensemble et une semaine plus tard, on le retrouvait mort dans un fossé, sur le côté de la route.

Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
Il était toujours au prises avec l'alcoolisme, et il se rendait régulièrement aux rendez-vous des Alcooliques Anonymes. Il y allait en vélo parce qu'il n'avait plus le droit de conduire—il en était à sa quatrième condamnation pour conduite en état d'ébriété. Il revenait donc d'un rendez-vous des Alcooliques Anonymes en vélo et il pleuvait à verses. On l'a retrouvé avec une énorme blessure au visage. Il a dû glisser, se blesser et mourir là. On l'a retrouvé la tête dans la flotte, au fond du fossé.

C'est horrible. J'imagine du coup que tu considères ton addiction à l'alcool d'un autre oeil, vu les antécédents de ton père.
Complètement. C'est dans nos gènes, ça fait partie de la famille. J'avais un oncle qui avait tous ces sacs plastiques chez lui que j'utilisais pour trimballer mes jouets. Il en avait des tonnes. Ce n'est que plus tard, en grandissant, que j'ai réalisé que c'étaient des sacs Crown Royal [whisky canadien énormément vendu aux États-Unis]. Il est mort d'un cancer, mais je suis sûr que c'était lié à l'alcool.

Du coup, oui, j'y pense beaucoup, même si parfois, l'alcool est la seule chose qui me permette de supporter ma journée.

Il vous est arrivé, à toi et Nothing, pas mal de mésaventures cette année. Ça a commencé en mai, avec cette agression à Oakland, qui vous a obligé à annuler une partie de votre tournée avec Merchandise et Cloakroom. Il s'est passé quoi au juste ?
On venait de finir de jouer et je rangeais ma guitare. Tout le monde était dans la pièce à côté et du coin de l'oeil, j'ai vu cinq mecs s'approcher de moi. L'un d'entre eux m'a demandé s'il pouvait utiliser mon téléphone, ce qui pour moi signifiait qu'il allait me le voler et tout le reste avec. Du coup j'ai mis un pain au premier mec, mais à cinq contre un, je n'avais aucune chance et je me suis fait tabasser. J'ai vraiment cru que c'était fini pour moi. Ça a duré bien deux minutes non-stop. Et deux minutes c'est long quand tu te fais tabasser.

Les mecs de Cloakroom m'on conduit à l'hôpital, en m'appliquant des compresses sur la tête. Quand on est arrivés, je me suis dit « merde, je vais devoir passer la nuit à l'hosto ». Mais quand j'ai vu les médecins autour de moi, je me suis dit que c'était peut-être plus sérieux que je ne le pensais. J'avais le crâne fracturé, un orbite fracturé, deux petites fractures sur la colonne vertébrale, on m'a collé 12 agrafes et j'ai failli perdre l'audition.

Il y a ensuite eu cette histoire avec Whirr, un groupe dont vous êtes assez proches - votre bassiste, Nick Bassett, joue dedans et vous avez sorti l'an dernier un split avec eux [Whirr se sont ouvertement moqués du groupe trans G.L.O.S.S. dans un tweet - l'affaire à tourné à la polémique et a valu au groupe de se faire virer de son label].
Whirr ont toujours été des bourrins sur le net, leurs comptes Facebook et Twitter étaient connus pour ça - il répondaient directement aux gens qui les insultaient, les provoquaient. Nick aimait ça et je lui avais dit à plusieurs reprises de faire attention, même si ce n'est pas lui qui a lancé ce truc sur G.L.O.S.S. C'est devenu totalement incontrôlable et on s'est très vite retrouvés mêlés à tout ça, à cause de Nick et du fait que notre nom était souvent lié au leur. Les gens ont commencé à nous insulter aussi, sans raison. Alors qu'on est des gens ouverts et tolérants, qu'on a abordé ce sujet des tas de fois publiquement, qu'on a participé à des évènements allant dans ce sens et qu'on l'a même ouvertement mis en avant sur un T-shirt et une édition spéciale de notre premier album. Et tout ça bien avant cette histoire avec Whirr.

Et pour ne rien arranger, au moment où tout ça est arrivé, Nick venait de perdre sa mère, le seul membre de sa famille avec qui il était encore en relation.
On était sur le point de partir en tournée avec Failure et Hum, c'était la veille de la première date, on dînait tous ensemble et Nick a reçu un coup de fil. Il est passé dans la pièce à côté et il a appris que sa mère était morte depuis 5 jours et qu'elle venait seulement d'être découverte.

C'est horrible...
Oui. La famille de Nick est très restreinte, il leur a fallu du temps pour découvrir ce qu'il s'était passé...

Peu de temps après, vous avez également été mêlés au scandale autour de Martin Shkreli et du Daraprim [traitement contre le sida dont Shkreli a multiplié le prix par 55, le rendant totalement inabordable], lorsque vous avez découvert que Martin Shkreli finançait votre nouveau label, Collect Records, que vous avez immédiatement quitté.
On est vraiment heureux que ça ce soit bien terminé, qu'on ait pu partir sans que personne ne pose de problèmes et qu'on soit aujourd'hui entre de bonnes mains. Plusieurs labels nous ont contacté après cette affaire mais nous avons décidé de retourner chez Relapse, avec qui tout s'était très bien passé pour notre premier album.

NOTHING at Levitation


Nothing au Levitation Festival 2015

Vous avez revu Geoff Rickly [ex-chanteur de Thursday, fondateur de Collected Records] récemment ou reparlé avec lui ?
Oui, tout est OK entre nous. Il était aussi heureux que nous que tout s'arrange au final.

Vous êtes donc de retour sur Relapse et vous avez annoncé il y a quelques jours la sortie de votre nouvel album au titre assez univoque, Tired of Tomorrow.
J'ai trouvé le titre avant qu'on ait composé le moindre morceau. On en a tellement bavé pour que ce disque existe. Mais il ne faut surtout pas le prendre comme quelque chose de sombre et de désespéré—je ne suis pas suicidaire, ce n'est pas dans mon ADN.

Il m'est arrivé tellement de tuiles que ça en devient presque risible. Tiens, on n'a pas parlé du jour où a pris l'avion à Chicago et où on a traversé de grosses turbulences. Les compartiments à bagages se sont ouverts et les gens ont commencé à se prendre des valises sur la tête. J'étais assis à côté de Kyle, qui n'est déjà pas rassuré en avion en temps normal et qui est très porté sur la philosophie, qui parle sans arrêt du sens de la vie. La plupart des gens se sont mis à paniquer et j'ai été pris d'un fou-rire incontrôlable. Je ne pouvais plus m'arrêter. Je me disais « OK, c'est comme ça que ça va se finir ? Après tout ce qu'on a enduré ? Un putain de crash d'avion ? » J'ai regardé Kyle et il riait aussi. Tout le monde hurlait dans l'avion et nous on était là à rire comme deux cons.

L'avion a fini par passer les turbulences et tout s'est bien passé mais ça en dit long sur tout ce qu'on a traversé. Arrive à un moment où il vaut mieux rire de toutes les choses horribles et absurdes qui nous arrivent chaque jour.


Nicky pendant l'enregistrement de Tired of Tomorrow

Comme dans les paroles de « Certain People I Know » de Morrissey : « They look at danger and they laugh their heads off. » Revenons au nouvel album. Où est-ce que vous avez tourné le teaser ?
À Bushwick, Brooklyn. Il nous a fallu 14 heures et 60 litres de peinture rose pour peindre le titre. Chaque lettre fait environ 700 sur 600 centimètres et le type qui s'occupait de la maintenance de l'immeuble à voulu nous défoncer la gueule.

La sortie est prévue pour quand ?
Printemps ou été 2016. Au tout début de l'été, j'imagine. Et vous pouvez vous attendre à une tournée super-massive après ça. Brandon et moi avons composé la plupart des morceaux. Il y aura 10 titres en tout, plus 4 autres qui sortiront sur des singles ou des compilations. J'ai commencé à écrire les paroles quand je me suis retrouvé à l'hôpital à Oakland, ça m'est venu d'un coup. Et même les paroles que j'avais écrites avant ça, je les ai complètement refaites après. Ce qui m'est arrivé à Oakland, ça a eu un impact énorme sur moi.

Fred Pessaro est sur Twitter.