Photo : Metal Chris surFlickr

Vous voulez devenir fan des Misfits ? Ok, mais alors ça va vous coûter cher

Un guide pratique pour apprivoiser l’un des groupes les plus emblématiques de l’histoire du punk.

par Dan Ozzi; traduit par Stephen Sanchez
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déc. 3 2018, 10:00am

Photo : Metal Chris surFlickr

Vous avez dû croiser le célèbre logo « Crimson Ghost » imprimé sur des T-shirts, et tatoué sur de nombreuses personnes dans différentes fêtes à travers le monde. Mais saviez-vous que le célèbre crâne souriant était le logo d’un groupe de punk tout droit sorti du New Jersey qui porte le joli nom de The Misfits ? Eh oui ! Depuis sa formation, en 1977, le groupe a réussi à mélanger son amour du punk rock et des films d’horreur et d'incarner l’une des identités les plus singulières de l’histoire du rock. Mais si, pour quelque raison que ce soit, leur musique vous a jusqu'ici échappé, ce guide pratique va vous apprendre tout ce qu’il faut savoir pour être introduit dans leur club des monstres, aka « the Fiend Club. »

Première étape pour devenir un véritable fan des Misfits : procurez-vous leur discographie complète. En vrai, ce n'est pas grand-chose pour 40 ans d'existence - sept albums studio, quelques lives, quelques compilations et une poignée d’EPs qui traînent par ci par là. Une fois en possession de tout ça, plongez-vous dedans et mettez de côté les enregistrements datant d’avant 1984. Mettez-les tous dans un sac, fermez bien ledit sac, et tentez un panier à 3 points dans la poubelle la plus proche.

Normalement, vous me demanderez si vous n’auriez pas pu économiser un peu d’argent en n'achetant PAS ces albums dès le début. Et je vous répondrai que oui, mais que vous rateriez un truc. Parce qu’être un fan de Misfits implique de goûter à la frustration liée au fait d’être souvent pigeonné par tout ce qui porte un logo Crimson Ghost. Et c’est une leçon importante si vous voulez faire partie des véritables fans de Misfits. Vous devez avoir connu la souffrance que l’on ressent lorsque l’on a payé plein pot l’album American Psycho (de 1997) ou le Famous Monsters (de 1999), et que l’on appuie sur play. En général, la première idée qui vous passera par la tête, c’est « c’est quoi cette merde ?! » Mais vous devez outrepasser votre jugement et donner au groupe une nouvelle chance et acheter The Devil’s Rain (de 2011). Normalement, en lançant la lecture, vous vous demanderez si ce monde est sérieux. Mais là encore, ne cédez pas à la tentation, soyez indulgent, allez au-delà de cette mauvaise impression. Offrez-vous le DeA.D. Alive! (de 2013) et lancez la lecture. Là, vous remarquerez qu’il s’agit simplement d’une compilation de versions lives des 3 albums mentionnés précédemment. Cette leçon vous marquera sans doute à tout jamais, mais il faut parfois surmonter des épreuves pour profiter du plaisir qui vous attend derrière, les grands classiques de l’un des groupes de punk les plus fous du monde.

Donc vous voulez vous plonger dans : les chansons de Misfits qui parlent de tuer des bébés, de déterrer des cadavres et de promenades en enfer ?

Maintenant qu’on a écarté ces tristes galettes de notre route, passons aux bonnes choses. Il est désormais l’heure de devenir un True Misfits Fan en réalisant une imitation au moins potable de Glenn Danzig. (Danzig était le chanteur originel des Misfits, et lorsqu’il l’a quitté, le groupe a entamé une longue descente aux enfers alors que lui-même poursuivait ses rêves de se transformer en litière pour chat.) La voix de Danzig ressemble à celle d’un Elvis diabolique, donc pour l’imiter, il convient de relever un peu la lèvre supérieure d’un côté, de prendre une voix de fond de cale, et de pousser depuis le bassin. Cette imitation doit venir du plus profond de vos couilles – et j’insiste particulièrement sur ce point. Il vous faudra pas mal d’entraînement, et pour ce faire, vous pouvez utiliser la chanson « Mother », qui n'est pas un morceau des Misfits, mais le morceau le plus le connu (à vrai dire, le seul) de la carrière solo de Danzig. Ressentez le vibrato qui gronde de manière troublante dans votre diaphragme. Vous tenez un truc.

Maintenant que vous avez bien capté le timbre de Danzig, il est temps de vous en servir. Il va falloir apprendre l’art du bredouillage à la Misfits. Chanter tout seul sur une chanson de Misfits ne demande pas de connaître les paroles sur le bout des doigts ni ni même de tenir la cadence rythmique. Leurs paroles sont de fait plutôt malléables et sujettes à interprétation. Un peu à l’image de la vie, les paroles de Misfits sont ce qu’on en fait. Par exemple, dans l’un de leurs plus célèbres morceaux, « Where Eagles Dare, » il y a un refrain clairement destiné à être gueulé en choeur avec vos potes les plus cons :

« I ain’t no goddamn son of a bitch! You better think about it, baby! »
(Je ne suis pas un putain de fils de pute ! Tâche de t’en souvenir, baby !)

C’est simple. C’est fun. Ça n’a pas vraiment de sens. La chanson n’est qu’un vague prélude décousu à ces deux phrases. Il n’existe littéralement personne sur cette planète qui connaisse les paroles au mot près, même si on peut les trouver sur les Internets comme suit :

« An omelet of decease awaits your noontime meal,
Her mouth of germicide seducing all your glands »
(Une omelette de mort t’attend pour le repas de midi,
Sa bouche de germicide séduit toutes tes glandes)

Lorsque vous arrivez à ce moment-là, deux options s’offrent à vous : vous pouvez marmonner tout le long, bredouiller les mots de manière plus ou moins claire jusqu’au refrain, ou alors, pour les logophiles les plus courageux, vous pouvez inventer vos propres paroles en chemin. Par exemple, lorsque le one-man band Atom & His Package a repris cette chanson, ça a donné tout autre chose :

“The omelet of disease awaits my frying pan,
Yesterday I was walking around and then I decided that I ran”
(L’omelette de maladie attend ma poêle à frire,
Hier, je me promenais et j’ai décidé de me mettre à courir)

La version d’Atom est-elle moins « correcte » que l’original ? Non. Et la vôtre non plus. Il n’y a pas de vérité universelle dans le catalogue de Misfits. Leurs chansons ne sont qu’une toile vierge sur laquelle vous pouvez coucher ce qui vous chante. Et chanter une chanson de Misfits juste, c’est la chanter faux. Alors ne perdez pas de temps à potasser les « paroles. » Leurs mots sont comme des sables mouvants – plus vous luttez pour les comprendre, plus vous vous enfoncerez dans la confusion.

Donc vous voulez vous plonger dans : les chansons de Misfits qui parlent de démons, de Martiens et d’autres trucs totalement flippants ?

La prochaine étape pour devenir un véritable fan de Misfits ? Vous inscrire dans une salle de sport et commencer à soulever de la fonte. Parce qu’une bonne condition physique est indispensable pour être un membre des Misfits, mais également pour en être fan. Il va falloir travailler dur si vous voulez que votre petit corps ressemble à celui du guitariste Doyle Wolfgang Von Frankenstein, avec ses pectoraux bodybuildés de bouffeur de steaks végétariens, ou à celui du leader Glenn Danzig, dont la carrure semble gueuler à la face du monde : « Je suis incapable de faire du cardio à cause d’une vieille blessure contractée en jouant au football alors je me contente de travailler les biceps. » Autant vous dire qu'un petit tour chez Fitness Park ne sera pas suffisant. Il faudra aussi s’inscrire dans la salle des darons et daronnes du quartier. Et choisissez la moins glamour. On est là pour transpirer ! Le mieux, ce serait de tomber sur ce type, il y en a toujours un, qui a des altères dans son garage, et qui laisse ses potes pousser de la fonte avec lui. Si vous le croisez, ça doit devenir votre nouveau meilleur pote. En général, il s’appelle Mike, Franky ou un truc comme ça. Mike la menace, Franky Fit. Bref. Vous allez devoir adopter une routine quotidienne proche de ce qui suit :

Lundi : on bosse le haut
Mardi : on bosse le haut
Mercredi : on bosse le haut
Jeudi : on bosse le haut
Vendredi : biceps
Samedi : lavage de la Camaro torse nu
Dimanche : on bosse le haut

Aussi, pensez à couper les manches de vos T-shirts. Portez toujours des mitaines en cuir noires. Trimballez toujours sur vous un shaker de protéines. Commencez à apostropher les gens en disant « chef. »

Donc vous voulez vous plonger dans : les chansons de Misfits qui parlent de célébrités mortes des années 60, de films d’horreur et de Halloween ?

Bon. Maintenant, vous devez être une de ces machines à la Misfits, capable de lever des altères comme on lève un enfant de 3 ans, de tenir toute une conversation sans qu’aucun mot intelligible ne sorte de votre bouche et avec une dégaine à peindre des mammouths sur les murs de votre salon. Il est temps de passer à l’étape la plus coûteuse. Celle qui fera de vous un véritable fan de Misfits : vous devez acheter un tas de conneries de mauvais goût et suprêmement inutiles.

The Misfits est certainement le groupe le moins avisé lorsqu’il s’agit du merchandising. C’est un peu comme si KISS était dirigé par leur oncle Hank, celui qui bosse comme vendeur de voitures d’occasion. Ainsi, le groupe a prêté son nom et son logo à tout ce que vous pourrez imaginer, et à tout un tas d’autres trucs. On parle, entre autres, d’après-skis et de bikinis. Et si vous pensez pouvoir résister à la fascination que vous provoqueront ces objets et à l’idée de claquer de l’argent péniblement gagné dans ce genre de goodies aussi utiles que de la crème solaire indice 50 pendant l’hiver au Nord de la Laponie, sachez que vous n’êtes pas à l’abri de vous retrouver dans un magasin de souvenirs, attendant que quelque chose se produise, et de tomber sur un porte-encens Misfits et de sentir germer l’idée : « Je crois qu’il sera bien sur cette table que j’ai chez moi. » C’est la brindille qui faisait tenir le barrage… Maintenant, il vous faudra tout posséder. Le matelas de yoga Misfits, le test de grossesse Misfits, le permis de conduire Misfits. Honnêtement, le plus simple c’est d’assumer et d’y aller de bon cœur.

Félicitations, vous êtes désormais au point pour devenir un fan du légendaire groupe de punk Misfits. Maintenant, sortez dans la rue et allez « là où les aigles se défient »( Where eagles dare). Plongez dans le consumérisme outrancier ! Portez plainte contre vos potes ! Déterrez votre grand-mère, celle qui a été enterrée avec son caniche Daisy ! Déposez la moindre de vos idées ! Pervertissez les petites filles ! Investissez dans des T-shirts noirs en maille ! Tâche de t’en souvenir, baby !

Cet article a d'abord été publié sur Noisey US.

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