On y est, un type a composé un album ambient destiné aux chats

Universal vient de sortir officiellement « Music For Cats », un concept que le docteur David Teie aimerait aussi appliquer aux chiens, aux chevaux et à tous les animaux qui le méritent.

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09 novembre 2016, 3:37pm

Pour les millions de propriétaires de chats du monde entier, la vie n'est qu'une suite ininterrompue de petits mystères. Pourquoi mon chat se couche-t-il sur ma poitrine et me fixe pendant que je dors ? D'où vient cette manie de geindre devant une conserve de thon, pour ensuite faire la fine bouche et se sauver de la cuisine ? Comment une créature peut-elle être assez intelligente pour ouvrir une porte et apprendre la propreté, mais pas assez pour faire la différence entre une souris et un pointeur laser ? Viens ensuite l'énigme la plus frustrante de toutes : les chats écoutent-ils de la musique ?

C'est là qu'intervient le Dr David Teie, l'homme qui murmure à l'oreille des chats, et qui pourtant n'en possède pas (il est allergique). Soliste reconnu de l'Orchestre national symphonique des Etats-Unis depuis près de deux décennies, il enseigne actuellement le violoncelle à l'université du Maryland. Quand il n'est pas en train de corriger des copies ou de donner des cours, il tente de déchiffrer le rôle de la musique dans le royaume animal, guidé par une hypothèse vieille de 13 ans qu'il nomme « la théorie universelle » : l'affirmation selon laquelle les animaux, humains compris, trouvent un écho dans les rythmes qu'ils entendent au début de leur développement, en particulier la voix de leur mère et son rythme cardiaque.

Il a testé avec succès l'hypothèse sur les humains, dévoilant ses résultats dans le livre Human Music, paru en 2013. Il s'est ensuite intéressé à nos proches : les singes. Quand deux tamarins à crête blanche sont devenus fous de joie en entendant des compositions basées sur les sons qu'ils émettent pour communiquer, le professeur Teie a su qu'il était temps d'exploiter, pour ainsi dire, la carte mère de Mère Nature – il s'est alors intéressé aux chats et a composé et enregistré de la musique adaptée à ces bestioles aussi prudes que difficiles. Grâce au soutien des (nombreux) fadas de chats du monde entier, le professeur Teie a pu recueillir 250 000 dollars sur Kickstarter pour le point culminant de sa recherche : à savoir un album d'ambient de 40 minutes, comprenant des compositions félin-friendly telles que « Cozmo's Air » et « Spook's Ditty », et intitulé à juste titre – attention – Music For Cats. 

Bien que Teie l'aie lui-même sorti l'année dernière, Universal diffuse les fruits de son travail au grand public depuis le 4 novembre dernier – c'est un des rares cas où une maison de disques investit dans un marché non-humain. Le prémisse de l'album est simple : par le biais d'instruments faits par l'homme, comme les violoncelles et les synthés, Teie évoque des sons bien connus des chatons (le ronronnement de leur mère, par exemple, ou le gazouillis des oiseaux), afin de ramener l'auditeur non-humain à une époque plus simple. Quand je l'ai fait écouter à mon chat, Ella – une chatte ronchonne qui crache plus qu'elle ne miaule – j'ai été stupéfaite de l'entendre réellement ronronner et de la voir baver de bonheur. Évidemment, c'est un peu bizarre – et peut-être un peu décadent – mais Music For Chats est loin d'être une blague ; un article publié dans la revue Applied Animal Behavior Science a démontré que les félins sont plus susceptibles de réagir à de la musique adaptée à leur espèce qu'à de la musique ordinaire.

Teie entend bien prouver que la musique est une force de la nature, aussi intemporelle et universelle que la gravité ou les phases de la lune. « J'aimerais pouvoir un jour calmer les baleines en captivité et les chiens maltraités », écrivait-il l'année dernière sur la page Kickstarter de son projet. « Mais je dois d'abord créer une entreprise durable, une entreprise qui vend de la musique pour animaux que les gens achètent ». Après tout, l'obsession des internautes pour les chats étant loin de s'essouffler, ce rêve peut très bien être à portée de main.

Nous avons récemment discuté avec le professeur Teie au sujet de la genèse de Music For Cats et de ses projets à venir – dont un LP dédié à l'autre meilleur ami de l'homme. 

Comment vous est venue l'idée de ce projet ?
Dr David Teie : Tout a commencé lorsque j'ai voulu vérifier ma théorie selon laquelle la musique affecte les émotions. Si ma théorie s'avérait bonne, cela voulait dire que j'étais capable de composer de la musique efficace pour d'autres espèces. J'ai réalisé mon premier test sur les tamarins à crête blanche, et ça a été un succès. Étant donné que peu de gens possèdent un singe, j'ai décidé d'étendre mes recherches sur les chats et de composer de la musique pour eux.

Vous êtes violoncelliste et comme le révèle Music For Cats, les chats apprécient particulièrement le violoncelle. Quel effet cela vous a-t-il fait de découvrir un lien entre votre instrument préféré et votre recherche scientifique ?
Par chance, il se trouve que le violoncelle est sans doute l'instrument le plus élastique et modifiable. Encore une fois, il est probable que sans une connaissance pratique de la variété de timbres à la disposition du violoncelliste, je n'aurais peut-être pas pu faire les déductions et les connexions qui m'ont permis de compléter la théorie selon laquelle la musique nous affecte. J'ai été agréablement surpris par toutes les réactions des différents animaux.

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Quel a été le plus grand défi durant la composition de l'album ?
Je pense que ça a été l'attente des résultats [de la recherche sur les chats]. Je ne pouvais pas passer à l'étape suivante avant que les résultats n'arrivent. Ensuite, il y a eu un processus long et fastidieux pour obtenir les derniers résultats des examinateurs. Étant donné que les revues sont moins susceptibles d'accepter un papier dont les infos ont déjà été diffusées au public, nous avons dû y renoncer pendant un long moment.

Quelle a été votre réaction quand vous avez su que le CD allait sortir sur une maison de disques importante ? Quelles ont été les réactions des gens ?
Vous pouvez voir les réactions en lisant les avis sur Amazon ou Kickstarter. Quant à mon avis vis-à-vis de l'accord passé avec Universal, c'était un peu plus compliqué. D'abord, il y a eu les réactions de tous les artistes au sein de la maison de disques – principalement de la méfiance. Puis il y a eu les longues négociations qui coûtent une énorme somme d'argent, versée aux avocats. Au moment où le CD est sorti, mon euphorie était largement retombée.

Quand avez-vous su que vous étiez sur un gros coup ? Après le succès monstre remporté sur Kickstarter ?
Au moment où je me suis rendu compte que la compréhension de l'art était possible pour d'autres espèces. S'en est suivi un sentiment de responsabilité. Puisque je suis en mesure d'enrichir véritablement d'autres espèces, et puisque je suis le seul à le faire – créer la musique des autres espèces à partir de zéro – j'ai l'impression que c'est désormais ma principale mission.

Le dicton de E.M. Forster – « Il suffit de mettre en communication ! » – me semble encore plus vrai. Le fait de savoir que je peux créer de la musique capable de renforcer la communication entre les humains et les animaux me pousse à le faire. 

Prévoyez-vous de futures recherches ou enregistrements ?
Mon objectif, dans tout ça, est de créer un projet musical spécifique aux espèces qui enrichira un large éventail d'espèces en captivité. Étant donné que nous, les humains, contrôlons et saccageons de plus en plus la planète, de plus en plus d'espèces ne peuvent plus vivre dans la nature et leurs populations ne peuvent être maintenues qu'en captivité. Nous avons tendance à les coller dans une cage et à les nourrir. Je crois que le moins que l'on puisse faire est d'améliorer au maximum leur nouvelle existence, puisque nous sommes responsables d'avoir détruit leur espace de vie.

Avant ça, je vais me pencher sur la musique pour chevaux – [qui est] presque prête – et pour chiens. Je mène actuellement des recherches avec Alexandra Horowitz au Dog Cognition Lab de l'université de Columbia.

Je souhaite aussi lancer une version en streaming de Music For Cats destinée aux propriétaires qui ne sont pas chez eux. Elle alternera cinq minutes de musique et dix minutes de silence relatif – avec seulement quelques sons pendant les pauses – le long d'un « morceau » qui durera plus de trois heures. Les propriétaires de chats pourront lancer la chanson en boucle avant de sortir, afin de fournir un peu de réconfort à leur animal quand ils ne sont pas là.